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Les exilés burundais dénoncent les renvois forcés

Les exilés burundais dénoncent les renvois forcés

Photo de Yahya Nkunzimana

Manifestation à Lausanne et appel à la protection des demandeurs d’asile

Plusieurs collectifs se sont mobilisés à Lausanne le 6 février 2026 pour dénoncer les renvois forcés de demandeurs d’asile vers le Burundi, un pays en crise. À travers des témoignages poignants et des appels à la solidarité, la communauté burundaise en exil affirme son refus de l’exil forcé et rappelle l’urgence de la protection des droits humains.

Le 6 février 2026, une manifestation a eu lieu à Lausanne pour dénoncer la reprise des renvois forcés de demandeurs d’asile burundais. Le rassemblement s’est tenu devant les bureaux de la conseillère d’État vaudoise en charge de la migration, organisé par le Collectif des Burundais en Suisse avec le soutien de Droit de Rester Vaud. Sous une pluie fine et persistante, les manifestants se sont rassemblés devant le bâtiment officiel, malgré le froid et le ciel gris. Parapluies ouverts, manteaux trempés et banderoles humides, les participants sont restés debout, parfois longtemps, sans quitter les lieux. Des femmes et des hommes burundais, soutenus par des associations, se sont rassemblés en brandissant des pancartes et en scandant des slogans. Ils ont dénoncé les renvois vers le Burundi, un pays qu’ils estiment dangereux.

Cette pluie n’a pas affaibli la mobilisation. Au contraire, elle a renforcé la détermination de celles et ceux qui, déjà éprouvés par l’exil et l’incertitude administrative, ont tenu à être présents pour rendre visibles leurs craintes et leur refus d’être renvoyés vers l’insécurité.

Cette mobilisation faisait suite à l’absence de réponse des autorités cantonales aux demandes de dialogue, alors que plusieurs renvois avaient déjà été exécutés ou préparés depuis 2025. Les collectifs alertent sur les conséquences dramatiques pour les personnes concernées, dans un contexte burundais marqué par des violations persistantes des droits humains.

Des renvois malgré le danger

En 2025, la Suisse a procédé au renvoi forcé d’au moins trois ressortissants burundais. Parallèlement, d’autres personnes originaires du Burundi ont reçu des convocations administratives les sommant de se préparer à un départ, parfois sous la menace d’une détention en vue du renvoi. Ces décisions ont suscité une vive inquiétude parmi les personnes concernées et celles qui les soutiennent, d’autant plus qu’elles interviennent dans un contexte international alarmant.

En effet, de nombreux rapports d’organisations internationales et d’ONG font état de violations graves et persistantes des droits humains au Burundi. Détentions arbitraires, actes de torture, disparitions forcées et exécutions extrajudiciaires continuent d’y être documentés, en particulier à l’encontre de personnes perçues comme opposantes politiques ou critiques du régime. Dans ce contexte, un retour forcé expose les personnes renvoyées à des risques sérieux pour leur intégrité physique et psychique.

Face à cette situation, la mobilisation s’est étendue au-delà des frontières suisses. En décembre 2025, plusieurs associations de la société civile basées à l’étranger ont adressé une lettre à Mme Karin Keller-Sutter, Conseillère fédérale et cheffe du Département fédéral de justice et police, à Berne. Par cette démarche, elles ont exprimé leurs préoccupations quant aux renvois vers le Burundi et ont appelé les autorités suisses à respecter pleinement leurs engagements internationaux en matière de droits humains.

En Suisse aussi, des collectifs et associations se sont mobilisés. Ces collectifs estiment que les renvois vers le Burundi sont en contradiction avec les positions officielles de la Suisse qui a, à plusieurs reprises, exprimé son inquiétude quant à la situation des droits humains dans ce pays, notamment dans le cadre des discussions devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.

Selon ces associations, ces pratiques violent également le principe fondamental de non-refoulement, inscrit dans le droit international de l’asile. Ce principe interdit à un État de renvoyer une personne vers un pays où elle risque d’être soumise à des persécutions, à la torture ou à d’autres traitements inhumains ou dégradants. Les collectifs demandent ainsi un moratoire immédiat sur les renvois vers le Burundi et un réexamen attentif des situations individuelles à la lumière de la situation actuelle dans le pays.

Le témoignage de Sixte Vigny Nimuraba

Parmi les prises de parole marquantes de la mobilisation figure celle de Sixte Vigny Nimuraba, ancien président de la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme du Burundi (CNIDH), en exil depuis dix mois. Présent lors de la manifestation du 6 janvier 2026, il a livré un témoignage sans ambiguïté sur la réalité de son pays.

« Le Burundi est un pays qui ne respecte pas les lois », a-t-il déclaré. « On ne peut pas dire : “Je vais rentrer au Burundi pour me défendre”, car personne ne vous écoutera. Les autorités font comme si les lois existent, mais en réalité elles ne sont pas respectées. Une personne qui a fui le pays est déjà considérée comme coupable. Ce qui lui arrivera n’aura rien à voir avec la loi. »

Il a également mis en garde contre le caractère différé et imprévisible des représailles : « On peut rentrer aujourd’hui sans problème, mais personne ne sait ce qui peut arriver après deux ou trois mois. Dans six mois, on commencera à entendre parler de problèmes graves arrivés à ceux qui ont été renvoyés. »

Ces propos ont été appuyés par Pacifique Nininahazwe, défenseur burundais des droits humains, qui a souligné la portée de cette prise de parole. Il a rappelé que, par le passé, Sixte Vigny Nimuraba faisait partie des responsables qui présentaient la justice burundaise comme fonctionnelle auprès de la communauté internationale. Selon lui, le fait qu’il reconnaisse aujourd’hui publiquement l’absence réelle d’État de droit constitue un tournant important.

Pacifique Nininahazwe estime que Sixte Vigny Nimuraba « ose enfin dire la vérité qu’il connaît de l’intérieur ». Il appelle les pays d’accueil à tirer toutes les conséquences de ces déclarations et à protéger les réfugiés burundais, rappelant que leur renvoi les exposerait à des risques graves : disparitions forcées, assassinats, torture et emprisonnements arbitraires.

Ces prises de position confirment la gravité de la situation dénoncée par les collectifs et renforcent les appels à la suspension immédiate des renvois vers le Burundi.

Les revendications des collectifs

Face à ce constat, les collectifs exigent :

  • La suspension immédiate de tous les renvois vers le Burundi
  • La reconnaissance du Burundi comme pays non sûr
  • Un réexamen équitable des dossiers des personnes déboutées
  • La fin de la détention administrative en vue de renvois

Selon ces associations, sans protection effective de la part des pays d’accueil, les réfugiés burundais continuent d’être exposés à des risques très graves, notamment la disparition forcée, l’assassinat, la torture ou l’emprisonnement arbitraire s’ils sont renvoyés dans leur pays d’origine, où les violations des droits humains sont documentées par de nombreux rapports internationaux.

Une mobilisation qui se poursuit

Les actions menées à Lausanne ne sont qu’une étape. Les organisations engagées continuent de réclamer un dialogue avec les autorités et la mise en place de mesures concrètes pour protéger les personnes vulnérables. Les témoignages de ceux qui ont fui le Burundi, dont celui de Sixte Vigny Nimuraba, montrent que derrière chaque décision administrative se joue la vie et l’intégrité de personnes réelles.

Le respect des droits humains et le principe de non-refoulement restent les enjeux centraux. Les autorités suisses sont appelées à agir : protéger les réfugiés burundais est une obligation morale et juridique. Toute expulsion expose des individus à des dangers documentés dont la gravité ne peut être ignorée.

Mossi Bigirimana

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils

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