Migrations | Sociétés

Migrations | Sociétés

Se retrouver grâce à l’écriture

Se retrouver grâce à l’écriture

Illustration de Tuba Demir

Deux textes créatifs de Tuba Demir

Ecrire représente pour moi bien plus que mettre des mots les uns après les autres. C’est l’espace où je peux exprimer le mieux mes émotions, mes pensées et mon monde intérieur. Dans le tourbillon de la vie, nous oublions parfois certaines parts de nous-mêmes que l’écriture nous permet de redécouvrir. C’est pour cette raison que j’ai décidé de transformer ce que je ressens en mots et de partager mes textes.

Ecrire m’apporte de la sérénité et m’aide à mieux me connaître. Dans ce voyage, j’ai l’intention de trouver ma propre voix et de créer un lien émotionnel avec mes lecteurs. J’espère que chaque ligne que je partagerai ici vous apportera, à vous aussi, un peu de douceur.

Patientez encore un peu

Je suis au milieu d’un chemin. À ma droite, le silence, à ma gauche, le vide.

Est-ce le passé qui me pèse ? Est-ce l’incertitude de l’avenir ? Je ne sais pas.
Mais au fond de moi, il y a toujours cette petite voix qui me dit : « tiens encore un peu ».
Parfois, j’ai envie de m’arrêter, de m’asseoir et de respirer.
Que personne ne me pose de questions, que personne n’attende rien de moi.
Mais la vie, elle n’attend pas. C’est comme ça.
Elle veut que je continue d’avancer, que je sois forte, toujours.
Et je marche encore. Parce que j’ai peur de m’effondrer si je m’arrête…

Güle güle Jinda

En 2024, j’ai assisté aux funérailles d’une jeune fille que je ne connaissais pas — Jinda Ummel — morte d’un cancer. Ce jour-là, c’était la première fois que je voyais d’aussi près à quel point la vie pouvait être cruelle. Les pleurs de ses proches, le moment où le cercueil a été descendu dans la terre, ce silence et cette lourdeur — tout cela est encore gravé dans ma mémoire. Des mois ont passé, mais je n’ai jamais oublié ce jour. Parfois, je vais sur sa tombe sans raison particulière, comme si je devais y aller.

Je ne connaissais pas Jinda ; je n’avais aucun souvenir, aucune conversation, aucun lien avec elle. Pourtant, son enterrement m’a profondément marquée, comme s’il s’était imprimé dans mon esprit. Peut-être parce que c’était la première fois que je voyais de si près la mort d’une jeune personne. Peut-être parce que c’est ce jour-là que j’ai compris, de la façon la plus claire, la fragilité de la vie. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais la trace de ce jour ne s’est jamais effacée.

Aujourd’hui encore, quand je vais sur sa tombe pour prier, je ressens un attachement que je ne peux décrire. Le fait de ne pas l’avoir connue ne diminue pas ce lien ; au contraire, il le rend encore plus étrange. Peut-être qu’à un moment de ma vie, une porte s’est ouverte sans que je ne m’en rende compte et je ne l’ai réalisé que plus tard.

Quoi qu’il en soit, les funérailles de Jinda Ummel sont davantage qu’un vague souvenir, c’est un tournant qui a marqué ma vie. Si une personne dont j’ignorais le nom a pu toucher mon destin, alors cela signifie que parfois, les marques les plus profondes ne viennent pas de nos proches, mais des étrangers qui passent silencieusement dans nos vies.

Tuba Demir

Membre de l’équipe neuchâteloise de Voix d’Exils

Chanson que Tuba a souhaité partager avec ses textes: Louane – Je vole

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *