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Une femme, un combat

Une femme, un combat

Maryam présentant son œuvre, hommage aux femmes géorgiennes immigrées

Le destin invisible des migrantes géorgiennes

Du dessin personnel à la parole publique

Je m’appelle Maryam Khazaradze, je viens de Géorgie et je vis en Suisse depuis 2022. Je suis architecte-designer de profession, mais depuis toujours, le dessin occupe une place particulière dans ma vie.

À travers mes croquis, j’essaie de poser sur le papier ce que les mots ne suffisent pas à exprimer : une mer d’émotions, souvent difficile à contenir. Pendant longtemps, je n’ai jamais pensé montrer mon travail. Ces dessins appartenaient à mon monde intérieur, comme un journal intime du cœur.

Ce sont les encouragements de mes professeurs qui m’ont donné la force de franchir une étape : transformer ces croquis en peinture, et accepter de les partager avec d’autres regards.

Un pays marqué par l’histoire

La Géorgie est un petit pays d’environ quatre millions d’habitants, mais son histoire est immense. Au fil des siècles, elle a traversé de nombreuses guerres. Grâce au courage et aux sacrifices de nos ancêtres — femmes et hommes — nous avons pu préserver notre identité, notre langue, notre religion et nos terres.

Mais aujourd’hui, les défis ont changé. Les combats ne sont plus toujours visibles, et pourtant ils continuent, d’une autre manière.

L’exil comme lutte silencieuse

Au XXIe siècle, beaucoup de Géorgiens sont contraints de quitter leur pays. Non pas à cause de la guerre, mais à cause des difficultés économiques. Ils partent pour survivre, pour soutenir leurs familles, pour offrir un avenir meilleur à leurs enfants. Parmi eux, il y a de nombreuses femmes.

Ces femmes quittent tout : leur métier, leur maison, leurs proches, parfois même leurs enfants. Elles arrivent dans un pays étranger, avec une langue qu’elles ne maîtrisent pas, dans un monde où elles doivent tout reconstruire.

Chaque jour devient un combat : un combat pour s’adapter, un combat pour travailler, un combat pour rester debout. Elles rencontrent parfois la solitude, l’incompréhension, et ne savent pas toujours à qui faire confiance. Pourtant, elles continuent, portées par une seule chose : l’espoir.

Car elles ne vivent plus seulement pour elles-mêmes. Elles deviennent l’espoir de ceux qui sont restés.

Après des années passées à l’étranger, certaines reviennent. Mais rien n’est plus comme avant. Le pays a changé. Les enfants ont grandi. Les liens se sont transformés. Et parfois, une douleur silencieuse apparaît : celle de ne plus trouver sa place, ni ici, ni là-bas.

Un hommage aux femmes invisibles

Le tableau que je présente (voir photo de couverture) est une représentation symbolique de cette réalité. On y voit une reine, debout après une bataille. Elle tient une épée. Elle a gagné. Elle a protégé son pays, sa famille, son avenir. Mais à quel prix ?

Derrière la victoire, il y a les sacrifices : la vie personnelle laissée de côté, les rêves abandonnés, les blessures invisibles. Cette reine, c’est pour moi l’image de la femme géorgienne immigrée : forte, courageuse, mais profondément marquée par son parcours.

À travers cette œuvre, je veux rendre hommage à toutes ces femmes. Des femmes souvent invisibles, mais essentielles. Des femmes qui portent leur famille, leur histoire, et parfois tout un pays, sur leurs épaules.

Elles sont, à mes yeux, combatives, intrépides et invincibles.

Maryam Khazaradze

Membre de l’équipe neuchâteloise de Voix d’Exils

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