Retour sur quatre décennies d’engagement et de collaborations
Du 13 au 16 septembre dernier, l’association SOS Asile Vaud a célébré ses 40 ans en mettant en lumière celles et ceux que l’exil rend souvent invisibles. L’événement, qui s’est tenu au centre socio-culturel Pôle Sud à Lausanne, a offert un espace de solidarité, de partage et de bienveillance pour les personnes issues de la migration. Par le biais d’une exposition et de plusieurs ateliers d’expression libre, l’association a rappelé que derrière chaque dossier se cache un espoir, une voix.
L’histoire de SOS Asile Vaud commence en 1985, dans un contexte de durcissement du droit d’asile en Suisse. Face à la montée des inégalités et à la fragilisation des droits fondamentaux, des citoyennes et citoyens lausannois ont décidé de s’unir pour défendre la dignité et les droits des personnes en exil. Depuis quarante ans, cette association indépendante œuvre avec constance pour informer, soutenir et protéger celles et ceux que la société rend souvent invisibles. Elle s’est imposée comme une voix essentielle du canton de Vaud dans la défense du droit d’asile et dans la sensibilisation du public à la réalité des migrants.
Quelques années plus tard, pour répondre à la complexité croissante des procédures juridiques, SOS Asile Vaud a mis en place avec d’autres ONG le Service d’aide juridique aux exilé·e·s (SAJE), basé à Lausanne. Celui-ci est devenu par la suite le service juridique de référence pour les requérants d’asile du canton de Vaud. Le rôle de ce service est d’offrir des conseils gratuits, d’accompagner les personnes dans leurs démarches administratives et, dans la mesure du possible, de prendre en charge leurs dossiers auprès des autorités suisses. Le SAJE se démarque non seulement par sa compétence juridique, mais aussi par son approche humaine, ancrée dans la réalité quotidienne des personnes qu’il soutient.
En 2011, une nouvelle étape a renforcé cette chaîne de solidarité : le SAJE a rejoint l’Entraide Protestante Suisse (EPER), tout en gardant son équipe, ses locaux et son ancrage à Lausanne. L’EPER est active dans toute la Suisse et soutient des projets qui visent à promouvoir la justice sociale, les droits humains et la solidarité internationale. Grâce à cette intégration, le SAJE a pu pérenniser ses actions et renforcer son réseau de soutien, profitant du cadre institutionnel, du financement et de la portée nationale de l’EPER.
Aujourd’hui encore, les trois structures travaillent main dans la main afin de rendre la dignité à celles et ceux que le monde de l’asile oublie parfois. De plus, SOS Asile Vaud poursuit son action associative et politique sur le plan cantonal, collaborant avec d’autres associations telles que Caritas Vaud, le Collectif Vaudois de Soutien aux Sans-Papiers (CVSSP), Droit de Rester pour tout·e·s Lausanne, le Collectif R et bien d’autres. Sur le plan national, SOS Asile Vaud est membre de Solidarité sans frontières et participe à des campagnes afin de soutenir les initiatives sur le terrain.
Quatre fois par an, l’association publie également un journal dédié à l’information du public et à la sensibilisation de la population aux causes de l’exil. Ces publications mettent en lumière les réalités vécues et les droits des personnes migrantes.
Exposer l’invisible
Pour célébrer cet anniversaire marquant de SOS Asile Vaud, l’art s’est mêlé à la mémoire durant deux semaines à Pôle Sud. L’installation immersive « Papier blanc », organisée par l’EPER, a plongé les visiteurs dans le quotidien invisible des personnes vivant à l’aide d’urgence à travers des photographies et des carnets. Mais ce qui m’a le plus marquée, c’est la reconstitution à taille réelle d’une chambre de foyer, avec ses deux lits, sa petite table et sa lumière froide. En entrant dans cet espace, j’ai ressenti une bouffée d’émotions difficiles à contenir : cette pièce m’a rappelé ma propre période passée en foyer, faite d’incertitude, d’attente et de peur. Cette reconstitution simple mais poignante a ravivé des souvenirs que je croyais enfouis, des moments de solitude, mais aussi de résistance, et cette petite flamme d’espoir que rien n’a pu éteindre.
Ce que j’ai vu et ressenti dans cette exposition allait bien au-delà d’une installation artistique. Chaque détail a permis de montrer sans dénoncer, tout en soulignant l’humanité des personnes que l’on réduit trop souvent à un statut administratif.
Les ateliers « Hear my story »
L’exposition a été accompagnée de deux journées d’ateliers créatifs nommés « Hear My Story », organisées par le SAJE. Ces ateliers ont offert un espace d’expression libre pour les personnes migrantes. Chacun pouvait y participer à sa manière : écrire, dessiner, coudre, filmer, créer un podcast ou simplement s’asseoir autour d’un café pour échanger. Ces moments simples ont donné naissance à une atmosphère d’écoute et de bienveillance où les mots venaient naturellement, sans barrière ni jugement. C’est à cette occasion que j’ai rencontré Karine Povlakic, juriste au SAJE. Attentive, bienveillante et à l’écoute, elle m’a permis de découvrir un aspect plus humain du droit d’asile. Cette rencontre m’a beaucoup touchée.
En quittant les lieux, je me suis sentie à la fois bouleversée et apaisée. Bouleversée par les souvenirs réveillés par cette exposition, mais apaisée par la bienveillance et la solidarité que j’ai ressenties lors de mes rencontres. Au-delà des murs, des papiers et des procédures, il nous reste donc ce qui ne peut être effacé : cette humanité que l’on partage.
Malika Khiari
Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils



