Un voyage satirique de survie et de bureaucratie, de la Palestine à la Suisse
Je suis né au siècle dernier, dans un camp « pittoresque » au bord d’une plage, situé dans les Territoires occupés palestiniens – un endroit où les vues sur la mer étaient gratuites, tout comme celles sur le chaos.
La vie là-bas ressemblait un peu à celle d’une star d’un drame pour lequel vous n’aviez jamais passé d’audition – avec des luttes familiales, une touche de résilience et un décor interminable de conflit.
Au siècle dernier également, j’ai fait un pas audacieux vers l’âge adulte en me mariant et en fondant une famille. Nous avons eu avec ma femme deux filles et deux fils – un bel accomplissement, compte tenu de la difficulté d’élever une famille dans un endroit où la « normalité » est un concept étranger. La moitié de mes enfants ont pris leur envol : l’un vers l’Allemagne et l’autre vers l’Égypte, poursuivant leurs études et y trouvant peut-être une brève échappée hors de l’intensité de notre terre natale. Quand la violence a atteint des niveaux qu’un film à gros budget rejetterait comme irréaliste, ma famille a fui en Égypte. Leur périple a été éprouvant, mais la survie a tendance à révéler le héros d’action qui sommeille en chacun de nous.
Par la suite, j’ai suivi leurs traces en empruntant un itinéraire mémorable : de Gaza à l’Égypte, puis finalement jusqu’en Suisse. Imaginez cela comme un tour du monde sans ses avantages mais avec tous ses tracas administratifs. Quitter sa patrie n’est pas tout à fait une bonne affaire. À 5’000 dollars par personne, c’est un peu comme réserver une croisière de luxe, sauf que la destination est la survie. Sans aéroport ni port dans mon pays, la seule option était l’aéroport du Caire – un labyrinthe logistique où la patience, et parfois la dignité, se rendent pour mourir.
Peu de temps après, on m’a accordé l’asile politique en Suisse, ce qui a ouvert les portes à… plus d’attente. Réunir ma famille est depuis devenu un travail à temps plein. Ma femme et mes filles restées en Égypte sont coincées dans les limbes administratifs, tandis que j’essaie de construire un nouveau chapitre de ma vie ici en Suisse. L’idée de retourner dans mon pays – où notre maison est désormais un souvenir sous les décombres – semble aussi improbable qu’un rêve irréalisable.
Et dans tout cela, je m’accroche à l’espoir. Un jour, nous nous retrouverons, non pas comme des survivants dispersés à travers les frontières, mais comme une famille enfin réunie. D’ici là, nous vivons pour les petites victoires, comme un pas en avant dans une démarche administrative ou un appel téléphonique qui nous rappelle que l’amour ne connaît pas de distance.
Wael Afana
Contributeur externe à Voix d’Exils



