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Peindre une nation

Peindre une nation

Paysage d’hiver avec rivière et oiseau (Pejzaż zimowy z rzeką i ptakiem), Julian Fałat, 1913

« La Pologne rêvée » à la Fondation de l’Hermitage à Lausanne

Du 27 juin au 9 novembre 2025, la Fondation de l’Hermitage à Lausanne présente l’exposition « La Pologne rêvée ». Cette dernière, rassemblant plus de 100 œuvres qui retracent l’histoire de la peinture polonaise et de ses différents courants, est le fruit d’une collaboration exceptionnelle avec le musée national de Varsovie.

L’exposition évoque l’image de la Pologne comme elle s’est construite dans la conscience collective au XIXe et au début du XXe siècle. Certains thèmes historiques, populaires et naturels ont créé une vision romantique de la patrie – une « Pologne rêvée » – enracinée à la fois dans la mémoire nationale et dans l’imagination des artistes. On y trouve des œuvres représentant les principaux courants artistiques de l’époque : romantisme, réalisme, impressionnisme, symbolisme et modernisme.

À travers les quatre étages du musée, les visiteurs ont l’occasion de découvrir des thématiques variées, allant de la vie quotidienne et privée à la symbolique de la nature, en passant par une exploration de « l’âme de la nation ». La magie slave et les symboles d’identité nationale constituent également une partie importante de l’exposition, tandis qu’une section est dédiée spécifiquement à la rencontre entre tradition populaire et modernité.

Une expérience émotive et personnelle

Les artistes exposés m’étaient déjà familiers, ayant étudié l’histoire de l’art en Pologne. Mais si les images et les styles présents me rappelaient mes cours, le fait de les voir enfin en vrai leur donnait une dimension nouvelle. Les couleurs, les textures, la taille des œuvres – tout prenait vie devant moi.

Il n’y avait pas de foule, mais un mouvement régulier de visiteurs. J’ai pu observer des gens très différents : des couples, des étudiants, des personnes âgées. Certains dessinaient dans leurs carnets, assis face aux tableaux. Être témoin de cet intérêt pour l’art polonais, ici, en Suisse, m’a remplie de joie.

Cette exposition m’a permis de redécouvrir l’art polonais avec un regard plus mûr. Ce que j’avais appris autrefois comme une simple matière est devenu quelque chose de plus personnel et vivant.

J’y suis restée environ une heure et demie, à marcher lentement entre les salles. Je suis revenue plusieurs fois vers certaines œuvres, surtout Nous et la guerre (My i wojna) d’Edward Okuń. Je ne l’avais vue qu’en ligne : de près et dans sa taille réelle, elle était impressionnante. Les détails, la lumière, la tension dans les visages — tout semblait respirer. C’est une de ces œuvres dont on n’a pas envie de s’éloigner trop vite.

Une artiste hors du commun : Zofia Stryjeńska

Ce qui m’a le plus impressionnée, ce sont les fresques de Zofia Stryjeńska. Son style décoratif et coloré, plein de tempérament et d’énergie, m’a semblé étonnamment moderne, presque comme une illustration contemporaine.

Née à Cracovie, Stryjeńska était peintre, illustratrice et décoratrice. Entre les deux guerres, elle a participé à de nombreuses expositions et projets artistiques et a fait partie du groupe « Rytm ». De son mariage avec l’architecte Karol Stryjeński, dont elle a pris le nom, sont nés trois enfants.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’artiste a pris la décision difficile de quitter la Pologne, bien qu’ayant longtemps hésité, incapable d’abandonner son pays. Elle est montée dans des trains pour ensuite en redescendre, jusqu’à réussir enfin à partir. Le chemin vers la Suisse était compliqué et réservé à quelques personnes seulement. Sa décision d’émigrer était aussi liée au fait que ses enfants vivaient déjà en Suisse. Elle s’est installée à Genève, mais la vie d’exil n’était pas facile : elle n’était pas connue dans cette région et a dû accepter des travaux sans rapport avec l’art.

Stryjeńska a mené une vie modeste, soutenue par sa famille. Son œuvre n’a pas trouvé un large public en dehors de la Pologne, où elle a été – et reste – très appréciée. Aujourd’hui encore, ses œuvres peuvent être admirées dans plusieurs musées.

Personnellement, j’ai été particulièrement marquée par un tableau de sa série Pascha – Rencontre avec le fils (Spotkanie z Synem z cyklu Pascha). Ce tableau au style art déco et d’une modernité puissante m’a rappelé certaines œuvres contemporaines qui ont forgé ma passion pour l’art. J’ai aussi été surprise par le fait que Stryjeńska utilise l’aquarelle, la tempera et la gouache, alors que la plupart de ses contemporains travaillaient à l’huile. Il s’agissait d’une artiste très talentueuse, originale et versatile, qui exprimait également ses idées dans le design de jouets en bois ou en réalisant des projets d’intérieur.

Les histoires d’un art

Cette exposition m’a donné envie d’en savoir plus sur la vie des artistes présentés. J’ai voulu comprendre qui se cachait derrière chaque tableau, quelle était leur histoire, comment il ou elle avait vécu et créé ses œuvres. J’ai commencé à lire les biographies de certains artistes qui m’ont fasciné.

Ce processus, partant des œuvres pour découvrir les personnalités qui se cachent derrière, m’a passionné. Il m’a fait réaliser que ce que les gens cherchaient souvent dans l’art, c’était de pouvoir s’identifier et de retrouver une partie de leur propre vécu.

Derrière chaque peinture, il y a une vie, une émotion, un contexte. J’ai découvert, durant cette exposition, autant d’œuvres que d’histoires et d’artistes. Et moi aussi, je me suis mise à rêver de ma Pologne.

Dariia Daineko

Membre de la rédaction de Voix d’Exils

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