Entre intégration et préservation des liens familiaux, un équilibre parfois difficile à trouver
Lorsqu’une famille arrive dans un nouveau pays, les relations entre ses membres peuvent se complexifier au cours du processus d’intégration. Cela peut notamment entrainer une redistribution des rôles au sein de la famille et remettre en question l’autorité parentale. En résulte une question délicate : comment trouver un équilibre entre la volonté de favoriser l’intégration de ses enfants et le besoin de maintenir la cohésion familiale ?
Les enfants peuvent vivre l’exil différemment de leurs parents. À leur âge, s’adapter à un nouvel environnement peut se faire plus naturellement. En communiquant chaque jour avec leurs camarades, à l’école ou lors d’activités sportives, ils peuvent s’immerger dans leur nouveau cadre de vie. Ces interactions répétées les amènent à apprendre la langue et à comprendre les normes du pays, ce qui peut favoriser leur sentiment d’appartenance et faciliter leur épanouissement personnel. Cependant, cette adaptation ne se fait pas sans obstacles, les enfants étant aussi confrontés à la barrière de la langue, aux différences culturelles ou encore à la difficulté de trouver leur place parmi leurs camarades.
Malgré tout, un décalage d’intégration entre les parents et leurs enfants peut apparaitre, leurs situations respectives étant souvent différentes. Les parents sont confrontés à de nombreux défis : trouver un emploi et un logement, subvenir aux besoins de la famille et accomplir les démarches administratives. De plus, leurs qualifications professionnelles ne sont pas toujours reconnues dans le nouveau pays. Malgré ces problèmes et ce décalage, ils doivent trouver un moyen de préserver des liens familiaux harmonieux dans un environnement qui leur est encore inconnu.
Une autorité parentale parfois mise à l’épreuve
Face aux difficultés rencontrées par leur famille en termes de communication, les enfants cherchent souvent à aider leurs parents, que ce soit dans les administrations, les établissements médicaux ou dans la vie quotidienne. Il arrive souvent que les enfants jouent le rôle d’interprète pour leurs parents lors de divers rendez-vous. Cela renforce l’importance de leur rôle dans la famille, une importance dont ils prennent davantage conscience et qui les amène parfois à aller trop loin. Il leur arrive par exemple d’estimer que ce sont eux qui comprennent le mieux le fonctionnement des choses dans le nouveau pays. Ainsi, ils considèrent parfois que c’est à eux d’assumer le rôle de chef de famille et de prendre les décisions.
Pour les parents, la situation peut être déstabilisante : eux qui prenaient auparavant toutes les décisions nécessaires se voient désormais contraints d’accepter de nouvelles règles. D’un côté, leur autorité parentale s’effrite et les rôles au sein de la famille sont remis en question ; de l’autre, ils sont fiers de leurs enfants et de leur intégration épanouissante. Voilà où réside le dilemme. Face à ces difficultés, il est important de garder à l’esprit qu’il s’agit de leurs enfants, et qu’en tant que parents, ils ont responsabilité de construire des relations saines avec eux.
Témoignage : la perte de repères
Je me souviens de notre arrivée en Suisse à cause de la guerre en Ukraine. Nous étions désemparés et stressés, notre enfant aussi. Nous avions perdu nos repères. Heureusement, je parlais un peu anglais, ce qui m’a aidée à communiquer avec l’assistante sociale. Petit à petit, les choses ont commencé à s’arranger. Notre petit est allé à l’école, tandis que mon mari et moi suivions des cours de français. Au début, cette intégration parallèle s’est révélée particulièrement enrichissante : notre fils corrigeait nos erreurs lorsque nous parlions français et nous donnait des conseils. Cela nous faisait très plaisir.
Cependant, nous avons commencé à remarquer qu’il exagérait dans ses remarques. Elles sont devenues plus fréquentes et ne se limitaient plus uniquement aux problèmes linguistiques. D’abord, c’était à la fois étrange et drôle. Nous n’arrivions pas à comprendre pourquoi il se comportait différemment, pourquoi il franchissait les limites de l’autorité parentale. Nous ne trouvions pas de réponse. Nous lui avons alors expliqué qu’il ne devait pas se comporter ainsi, mais il ne nous a pas écoutés. Il continuait à nous faire des remarques, en jouant le rôle du chef de famille. La situation est devenue imprévisible. Nous nous sentions perdus et tristes.
Nous avons finalement compris qu’il nous fallait faire appel à un psychologue pour trouver des réponses. Les rencontres et les échanges avec un spécialiste nous ont aidés à mieux comprendre le comportement de notre enfant dans cette nouvelle réalité. Nous avons essayé de passer plus de temps ensemble. Petit à petit, la situation a commencé à s’améliorer.
Préserver l’harmonie familiale
Afin de préserver l’équilibre familial, une communication mutuelle et respectueuse, ainsi que le soutien de la société, sont cruciaux. Il est nécessaire d’accompagner aussi bien les enfants que les parents, afin qu’aucun membre de la famille ne se retrouve seul face aux difficultés rencontrées. Il s’agit alors de trouver ensemble une nouvelle voie pour construire des relations familiales saines et harmonieuses.
Dans cette optique, une thérapie familiale ou un suivi psychologique individuel peuvent s’avérer particulièrement précieux. De plus, passer du temps en famille reste primordial : jouer ensemble, organiser des pique-niques, se promener, regarder des films ou échanger sur des sujets d’intérêt commun permettra de renouer les liens et d’apaiser les tensions.
Les efforts visant à construire de nouvelles relations sécures doivent venir des deux côtés. Toutefois, la responsabilité incombe principalement aux adultes. Ils disposent d’une maturité psychologique plus solide, et doivent donc davantage faire preuve de tolérance, de patience et de souplesse dans l’adaptation aux changements liés à la nouvelle vie familiale. Il est important qu’ils restent cohérents dans leurs décisions et s’appuient sur leur propre expérience, afin d’aider chacun à trouver sa place dans cette nouvelle dynamique familiale.
En toutes circonstances, l’amour et le respect doivent rester au cœur des relations familiales. Il faut toujours garder à l’esprit cette idée : « Nous changeons de pays, mais pas de famille ».
Olena Onyshchak
Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils



