Une chorale favorisant l’intégration des enfants ukrainiens
La culture constitue une composante importante de l’identité personnelle, car elle influence la formation de la personnalité et devient l’environnement dans lequel une personne grandit, se développe et s’intègre dans la société. C’est pourquoi les personnes ukrainiennes qui se sont retrouvées en Suisse, en raison de la guerre dans leur pays, se sont mises à créer leurs centres de jour, leurs théâtres, leurs chorales. Parmi ces dernières, le chœur IvAlive, à découvrir ci-dessous.
Viktoriia Golosna, co-organisatrice et directrice artistique de la chorale d’enfants IvAlive, se souvient des débuts de ce collectif vocal durant l’été 2023, à la veille de la fête de l’indépendance de l’Ukraine. Les premières répétitions improvisées ont eu lieu avec la participation de seulement trois filles. Chanteuse d’opéra, musicologue et pédagogue expérimentée, Viktoriia Golosna revient sur les commencements du projet : « Former un collectif, c’est comme faire naître et grandir un être humain. Moi, comme une mère, je mets mes connaissances, mon expérience et mon amour dans chaque enfant qui rejoint la chorale. En réalité, personne ne sait quel potentiel l’Univers a placé en chacun d’eux. Je suis sincèrement heureuse quand un enfant s’épanouit grâce au chant collectif. »
Chanter pour se reconstruire
La chorale comprend des enfants venus de villes détruites par l’agresseur, de territoires occupés, et qui font partie de familles nombreuses dont des membres défendant l’Ukraine. Beaucoup de ces enfants n’avaient jamais suivi de formation vocale ou musicale et se trouvaient dans des états psychologiques variés à cause de leur expérience de la guerre. Les cours de chant ont notamment été suivis par des enfants ayant des besoins particuliers.
En montant sur scène et en faisant face à divers publics, les enfants de la chorale ont appris à surmonter la peur, l’anxiété, la honte et le manque d’estime de soi. Aujourd’hui, ils se sentent confiants sur n’importe quelle scène. Partout où ce collectif d’enfants se produit – dans des salles de concert, des églises, des universités, des clubs ou en plein air – les voix des choristes révèlent la richesse inépuisable de la culture ukrainienne, suscitent de longs et chaleureux applaudissements et trouvent ainsi un écho sincère dans le cœur des auditeurs.
À présent, le collectif réunit près de trente choristes. Le répertoire du chœur s’est considérablement élargi et, par sa complexité, n’a plus rien à envier à celui des ensembles vocaux adultes. Il comprend des œuvres classiques et contemporaines : des chants traditionnels de Noël et du Nouvel An, des chansons sur l’enfance et sur leur terre natale, ainsi que des œuvres interprétées en différentes langues comme « On écrit sur les murs », « Bird of Pray » ou encore « Ode an die Freude ».
Des talents révélés et accompagnés
Pour certains enfants, le collectif est devenu un tremplin pour des études vocales et musicales approfondies, tandis que pour d’autres, c’est l’occasion de poursuivre leur éducation musicale commencée en Ukraine. Ainsi, grâce à la chorale, Sofiia Omelian, 7 ans, est entrée à l’École de Jazz et de Musique Actuelle de Lausanne il y a deux ans. Sur décision de ses professeurs, après un an d’études, elle a été transférée directement en troisième année. En janvier 2025, elle a participé à sa première représentation en tant que violoniste dans un groupe musical. Celui-ci a enchanté les Lausannois en interprétant la pièce « Shchedryk » du célèbre compositeur ukrainien Dmytro Leontovych, connu dans le monde entier sous le nom de « Carol of the Bells » (« Le Chant des Cloches »).
Yelyzaveta Kozachynska, 11 ans, a quant à elle commencé à prendre des cours de harpe dans une école de musique ukrainienne à l’âge de 5 ans. Elle a participé à de nombreux concours nationaux et à un concours international en Bulgarie, où elle a remporté de nombreux prix. Actuellement, en plus de la chorale IvAlive, la jeune musicienne continue d’apprendre à jouer de la harpe sous la direction d’une professeure suisse.
Dès sa plus tendre enfance, Veronika Shchenova, 14 ans, a étudié le violon, le piano et le chant dans une école de musique ukrainienne pour enfants à haut potentiel intellectuel. En Suisse, parallèlement à la chorale, elle apprend la batterie, joue dans un groupe de rock et participe à un projet de la Haute École de Musique de Lausanne.
La choriste Zoia Shevchenko, 15 ans, a étudié dans une école de musique ukrainienne pendant sept années, se spécialisant dans le chant académique et le piano. Elle s’est produite en concert avec ses propres chansons et a remporté des prix lors de concours choraux nationaux. En Suisse, à côté de la chorale, elle participe aux prestations musicales d’un ensemble scolaire et d’un groupe de rock. En plus du chant, elle joue aussi du piano, de la guitare électrique, de la basse et elle danse également lors de ses spectacles. L’année dernière, Zoia a atteint les demi-finales du concours « Swiss Voice Tour » en interprétant les chansons ukrainiennes « Mon Kyiv » et « Où es-tu maintenant ».
En mai 2025, la visite des jeunes Ukrainiens au village de l’Eurovision à Bâle s’est transformée en un programme culturel inoubliable. Les choristes ont eu l’occasion de rencontrer les membres du groupe « Ziferblat » et d’interpréter ensemble la chanson du concours. Ils ont également pu se promener dans la fan zone et échanger avec l’équipe de tournage de la télévision publique ukrainienne Suspilne, dont le reportage s’est conclu sur une note d’optimisme : « Les futurs représentants de l’Ukraine à l’Eurovision sont déjà prêts ».
Une communauté unie par la voix
Le chant collectif est un acte social. Il ne s’agit pas seulement de chanter ensemble : les répétitions régulières, les voyages communs pour des concerts et les performances sur scène peuvent créer une connexion forte, source d’émotion et de bonheur. Cette expérience partagée, qui condense effort, beauté et plaisir, est une façon de s’exprimer et est le point de départ d’une relation durable.
Grâce aux études de textes, au chant collectif, à la communication et aux loisirs communs, le chœur joue un rôle positif dans la formation d’identités des jeunes personnes migrantes et dans leur processus d’intégration. Les chansons unissent les enfants au public et l’effort commun devient un outil d’adaptation sociale complémentaire à d’autres environnements et activités, comme l’éducation scolaire, la formation musicale ou le sport.
Un grand message de gratitude aux fondateurs de la chorale, aux mécènes, à la directrice artistique et, bien sûr, aux choristes talentueux et travailleurs, qui apportent de la joie à leurs auditeurs et spectateurs pour la troisième année consécutive.
Alla Kyrda-Omelian
Contributrice externe à Voix d’Exils




