« Ma mère, mon père et mon grand frère sont morts sous les tirs de roquettes »

Bombardement nocturne

Bombardement nocturne (CC BY-NC-ND 2.0) – Créateur(s) : DND

La seconde guerre civile du Libéria, en 2003, a bouleversé la vie de tout un peuple. Elle a aussi complètement anéanti la vie de Mahibra qui a perdu une grande partie de sa famille lors d’un massacre perpétré par un groupe de rebelles. Témoignage.

« Dans la nuit du 18 juillet 2003, un groupe de rebelles libériens attaque avec des machettes et des armes à feu le bâtiment où nous nous trouvions avec ma famille. Ils veulent nous voler. Ils rentrent de force, ils pillent tous nos biens et exigent de l’argent à mes parents, en plaçant sous le cou de ma jeune sœur une machette tranchante totalement rouillée. Finalement, mes parents leur donnent tout ce qu’ils détiennent comme argent et bijoux pour pouvoir nous sauver.

Durant cette même nuit, avec toute cette peur, nous quittons le bâtiment avec d’autres voisins pour nous réfugier dans la vaste enceinte de l’ambassade des Etats-Unis. Nous nous sommes rendus là-bas car, lors des guerres précédentes, beaucoup de monde y allait pour se mettre à l’abri jusqu’à ce que la situation se stabilise. D’habitude, quand les gens arrivaient dans l’enceinte de l’ambassade, ils étaient protégés des balles perdues et des bombes. Malheureusement, lors de la guerre de 2003, l’ambassade des Etats-Unis n’a pas été à la hauteur de sa réputation. Dès le début de l’attaque, elle a verrouillé son périmètre et la foule a dû forcer l’accès de l’enceinte pour s’y réfugier. Du coup, les autorités américaines ont désactivé le système antimissiles des parties occupées par la foule afin de décourager les désespérés d’y rester.

L’illusion de la sécurité
Le 21 juillet 2003, aux alentours de 10 heures du matin, les rebelles envahissent la capitale Monrovia et visent les locaux de l’ambassade américaine avec des tirs de roquettes qui tombent un peu partout dans l’enceinte du bâtiment. C’est à ce moment que la foule se rend compte que la zone où nous sommes n’est pas protégée. Tout d’un coup, un mouvement de panique gagne la foule à cause des roquettes qui s’abattent, et l’une d’entre elles tombe sur la foule blessant et tuant un grand nombre de personnes. Dans ma famille, il y a des victimes. Mon père et ma mère meurent sur place et mon grand frère est transporté à l’hôpital où il rend l’âme, le corps criblé de débris tranchants et empoisonnés.

Nous n’étions plus que deux dans ma famille : ma jeune sœur et moi. Nous sommes alors recueillis par le meilleur ami de mon père, qui nous envoie en Guinée-Conakry et nous soutiendra durant les années qui suivent.

Jusqu’à récemment, YouTube montrait des images de ce massacre. On y voyait, couché, le cadavre de ma mère ainsi que mon grand frère qu’on transportait à l’hôpital. Mais curieusement cela a été retiré d’Internet.

Depuis le jour du massacre qui a fait basculer ma vie, je me dis qu’il y a certains lieux où l’être humain se croit en sécurité alors qu’en réalité il ne l’est point. »

Mahibra, membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils