La Migration…

MIGRATION, هجرة,

GÖÇ, MIGRAZION,

KOÇPERI… 



J’essaie de t’écrire en kurde, mais je n’y arrive pas. J’essaie de t’écrire en turc, mais je n’y arrive pas. J’essaie de t’écrire en français, mais je n’y arrive pas. Je veux te dire dans toutes les langues mais je sais qu’il manque toujours quelque chose.

Je te cherche dans les livres d’histoire mais je ne t’y trouve pas. Tu es si vieille que personne ne se souvient de ta naissance, de ton âge et de ton nom. Comme je disais, tu es très vieille. Ton nom est différent dans chaque langue: en français MIGRATION, en arabe هجرة, en turc GÖÇ, en italien MIGRAZION, en kurde KOÇPERI… 

Selon certains, tu es une échappatoire. Selon certains, tu es la liberté et selon d’autres, tu es un emprisonnement qui vient de commencer. Tu es une grande chose tout en étant rien. 

Il y a quelque chose qu’on ne peut exprimer dans aucune langue. Tu es une chose comme ça. Est-ce que tes créateurs sont coupables ou est-ce que tu es coupable de ta présence? Le monde est séparé en trois pôles : ceux qui font migrer d’autres, les migrants eux-mêmes et ceux qui subissent la migration. Qui sont heureux parmi eux? Qui sont satisfaits de cette situation? Lesquels d’entre eux sont coupables? Tu ne le sais pas mais, selon moi, tout le monde est responsable de cette situation.

Le monde, l’humanité, nous sommes coupables de t’avoir créée et s’il y a des innocents parmi nous, ce sont ceux qui sont contraints à migrer.

N. COGALTAY

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils