« Il faut profiter des compétences et des savoir-faire différents qui peuvent amener une richesse aux entreprises »

Photo: rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils.

Interview de Monsieur Jean-Nathanaël Karakash, conseiller d’Etat en charge du département de l’économie et de l’action sociale du canton de Neuchâtel.

Le 20 octobre dernier, la rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils est allée à la rencontre de Monsieur Jean-Nathanaël Karakash afin de mieux comprendre la politique d’intégration des personnes migrantes vivant dans le canton de Neuchâtel.

Voix d’Exils: Dans le mémento statistique neuchâtelois 2017, nous avons trouvé qu’il y a 7,2 % des personnes à l’aide sociale dans le canton de Neuchâtel, alors qu’il y en a 3,2 % au niveau Suisse. Pouvez-vous nous expliquer cette différence importante ? Comment gérez-vous cela ?

Monsieur Jean-Nathanaël Karakash: Une partie de cette différence s’explique par l’organisation de notre système social et une autre partie traduit une réalité sociale. A Neuchâtel, il y a un système simple qui ne comprend que l’aide sociale et pas d’autres aides préalables comme l’aide au logement ou des prestations complémentaires pour les familles qui existent dans les autres cantons. Des personnes se retrouvent donc dans les statistiques de l’aide sociale même quand elles ne touchent qu’un très petit montant.

Après, il est vrai que les cantons romands ont une situation moins bonne que la moyenne suisse. Plusieurs facteurs expliquent cela : les difficultés sociales se concentrent dans les villes et le canton de Neuchâtel est le plus urbain derrière Bâle-Ville et Genève. De plus, en Suisse romande, on a une consommation plus importante des prestations qui existent et moins recours par exemple à la famille en cas de problème.

Avez-vous des projets pour améliorer cette différence ?

Améliorer les statistiques ne m’intéresse pas. Il faut changer la situation en profondeur. Eviter par exemple qu’un assistant social soit mobilisé automatiquement quand une personne a besoin d’aide financière sans avoir d’autre problème. Mais la vraie amélioration vient par l’accès au travail. D’ailleurs, le chômage a diminué depuis une année et il y a une reprise économique dans le secteur de l’industrie de notre canton.

Comment favoriser l’emploi des réfugiés pour les rendre plus autonomes et mieux valoriser leurs compétences ? Comment leur donner cette place en Suisse ?

C’est une question qu’on se pose tous les jours parce que c’est un véritable enjeu. En Suisse, l’intégration passe avant tout par le travail. Le marché du travail comme il est organisé est malheureusement peu favorable aux réfugiés. Les employeurs publient une annonce et reçoivent de nombreuses postulations. Ils recherchent un profil particulier et éliminent les dossiers qui ne comportent pas le bon titre ou le bon diplôme. Les compétences des personnes qui arrivent dans le cadre de l’asile sont rarement bien documentées. A moins de réussir à créer un contact direct avec un employeur, les personnes sont donc en difficultés avec ce système.

C’est paradoxal, parce que j’entends beaucoup d’employeurs qui me disent qu’ils ne trouvent pas certaines compétences chez les jeunes ici comme la persévérance, la débrouillardise ou la capacité de se projeter dans quelque chose de différent. Les gens venus dans le cadre de l’asile en Suisse ont toutes ces compétences pour arriver jusqu’ici. On réfléchit à comment valoriser des expériences qui ne sont pas certifiées par des diplômes. Ici, après 11 années d’études, on est non qualifié et on commence à se former pour travailler. On doit arrêter de penser que les personnes arrivées dans le cadre de l’asile vont rattraper ces 11 années d’études et ensuite faire une formation et un diplôme suisse avant de trouver un travail. Il faut, au contraire, profiter des compétences et des savoir-faire différents qui peuvent amener une richesse aux entreprises. On va essayer de changer le monde du travail ici plutôt que de changer chaque personne qui arrive ici. Il faut faire un bout de chemin dans les deux sens. Mais cela prend du temps.

Nous avons deux propositions à vous faire. La première est que le Service de la cohésion multiculturelle (COSM) axe davantage son offre de services sur des cours professionnels et l’aide à la recherche de places d’apprentissage. Qu’en pensez-vous ? 

Ce n’est pas une bonne idée de réserver des places d’apprentissage pour un public cible comme les requérants d’asile ou les personnes qui ont des problèmes de santé et qui sont à l’assurance-invalidité etc. La stratégie d’intégration professionnelle du canton est la suivante : avoir une phase de préparation à l’intégration professionnelle dans les différents secteurs qui accompagnent les publics dans les domaines de l’aide sociale, de la migration, du pénitentiaire etc. Et que tout converge vers une documentation des compétences et des besoins de la personne. Ensuite, il y a un accompagnement par le Service de l’emploi qui lui est en contact avec les employeurs. C’est la transformation qu’on est en train de mener.

Ensuite, on a un problème de moyens au COSM. La Confédération verse un forfait unique de 6000 francs pour une personne qui reçoit un permis F ou B pour l’aide à l’intégration. Tous les cantons se battent pour tripler ce montant, ce qui sera encore assez limité. Ce que nous souhaiterions, c’est combiner l’apprentissage de la langue à un stage professionnel préparatoire pour permettre une intégration plus rapide dans le monde du travail.

Notre deuxième proposition : soutenir un programme comme Voix d’Exils qui permet de connaître les idées, les pensées des réfugiés. Qu’en pensez-vous ?

Le programme existe avec notre soutien intégral.

Comment faire pour que les employeurs engagent davantage de permis N, permis F et permis B et pas seulement les permis C ?

Il y a un débat aujourd’hui au niveau national sur l’existence du statut d’admis provisoire qui est perçu comme précaire par les employeurs à cause de son nom. Pour eux, c’est un défi d’accueillir quelqu’un qui va peut-être repartir. Mais aujourd’hui, les procédures s’accélèrent ce qui va aider. Le principal problème est vraiment d’arriver à changer la façon dont les postes de travail sont ouverts et valoriser les compétences différentes des gens qui arrivent dans le cadre de l’asile. Il y a un grand travail de sensibilisation à faire.

On parle peu des personnes qui réussissent à s’intégrer dans un emploi et qui aident leur entreprise à apporter plus d’ouverture à ces démarches. Il faudrait creuser cette piste. Dans le cadre de l’asile, on ne doit pas travailler dans une logique d’origine mais dans une solidarité interculturelle pour ouvrir les employeurs à engager des personnes avec un statut différent.

On va terminer avec notre dernière préoccupation : pourquoi les réponses aux demandes d’asile prennent-elles autant de temps? Serait-il possible d’accélérer les procédures ? De les raccourcir ?

Oui, c’est possible d’avoir une procédure d’examen accélérée et c’est ce qui se passe avec la réorganisation du domaine de l’asile. Maintenant, j’espère qu’on accélérera autant les décisions positives que les décisions négatives. Ce qui fait durer les procédures c’est aussi les recours déposés, parfois pour des dossiers qui n’ont plus aucune chance. C’est une perte de temps pour tout le monde, même si on comprend que chacun cherche à saisir sa chance jusqu’au bout.

Vous avez répondu bien clairement à nos questions, merci. Mais surtout Neuchâtel a une politique très positive en matière d’asile, les requérants sont heureux de vivre ici.

C’est vrai qu’on a une belle politique dans le canton de Neuchâtel, ce qui ne nous empêche pas de chercher à continuer à nous améliorer et à vivre le plus positivement possible quelque chose qui est difficile pour vous. Si on peut être une terre d’accueil et que vous vous sentez accueillis et bien j’en suis heureux.

Propos recueillis par :

La rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils

L’interview du conseiller d’Etat M. Karakash vue de l’intérieur

Photo: rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils

Immersion dans les coulisses de la rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils peu avant et pendant l’interview de M. Jean-Nathanaël Karakash, conseiller d’Etat en charge du département de l’économie et de l’action sociale du canton de Neuchâtel

Nous sommes fiers, tous les sept membres de la rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils. Nous nous sommes donnés rendez-vous, en ce jour du 20 octobre 2017 à 15h précises, pour aller interviewer M. Karakash,  « notre »  conseiller d’Etat, car c’est lui qui est en charge de l’asile dans le canton de Neuchâtel.

Tout le monde est à l’heure. Il pleut, mais nous ne le sentons pas. Nous marchons jusqu’au Château du Conseil d’Etat, un peu excités. Comme avant un examen, nous sentons une certaine tension monter.

Serons-nous à la hauteur ? Khaldoon répète ses questions à voix basse. Cismacil nous montre son appareil photo, il est prêt. Revan articule à haute voix ses paroles d’introduction. Leana vérifie encore une fois l’enregistreur. Rafika et Marie-France chuchotent, plaisantent, ça détend…

Le lien se tisse

Dans le Château du Conseil d’Etat c’est beau, ça impressionne. Nous sommes accueillis par une secrétaire qui nous fait patienter quelques minutes. Monsieur Karakash arrive, le sourire aux lèvres en nous serrant la main.

Nous sommes dans son bureau, vaste, magnifique. Nos yeux se promènent du plafond aux fenêtres en se régalant de la hauteur et de la beauté du lieu.

Il nous propose à boire, il plaisante, sourit, nous met à l’aise.

Nous nous présentons. Nous sommes : avocat, étudiant, journaliste, enseignant, venant de Syrie, de Somalie, d’Irak, d’Algérie et de Suisse.

Très attentif, il raconte spontanément d’où il vient. Il nous décrit le chemin de son père, Grec de Turquie qui à l’âge de dix ans migre avec sa famille à Genève pour finalement devenir pasteur au Val de Travers ! Il connaît de l’intérieur le chemin de vie de la migration. Le lien est tissé.

« Le coût des mots »

L’interview se passe très bien. Il trouve que nos questions sont pertinentes, documentées, il apprécie.

Un de nos rédacteurs voulait lui transmettre quelque chose de plus personnel à la fin de notre rencontre. M. Karakash accepte, écoute très concentré.

« Je suis venu de Syrie en Suisse. Tous mes amis et les personnes que je connaissais avant me posent la même question : pourquoi est-ce que je ne parle pas assez ? Parce que pour moi, les mots m’ont coûté très cher.

J’ai passé 17 ans de ma vie en prison. Je ne parlais plus. Voix d’Exils m’a redonné confiance pour pouvoir à nouveau m’exprimer. C’est la première fois que je réussis à dire ce que j’ai dans le cœur et dans la tête librement, sans avoir peur d’être puni. Le fait d’être assis ici à côté de vous est presque un miracle, quelque chose d’impossible en Syrie. Là-bas, un responsable de votre niveau est comme un dieu, inaccessible. Merci de tout cœur. »

Nous sommes tous émus.

Nous prenons congé de M. Karakash chaleureusement.

En sortant du château, nous sommes encore plus fiers. Nous nous félicitons tous. Nous rions, nous sommes complétement détendus !

La rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils

 

 




Le Refugee Food Festival offre la chance à des chefs cuisiniers migrants de révéler leurs talents

La Buvette des Bains sert les assiettes nigérianes. Photo: rédaction vaudoise de Voix d’Exils

Cuisine, découverte, partage et intégration : les leitmotivs d’un festival original et novateur

L’Association Food Sweet Food en collaboration avec le l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés (le HCR) a organisé la première édition Suisse du « Refugee Food Festival » qui s’est tenue du 11 au 15 Octobre 2017 à Genève. Ce festival a mobilisé cinq restaurants qui ont confié leurs cuisines à des chefs réfugiés migrants pour faire découvrir au public des plats traditionnels de leur pays.

Le Refugee Food Festival a débuté en France il y a maintenant trois ans et 2017 marque la première édition Européenne. Le festival s’est tenu cette année dans des grandes villes comme : Paris, Athènes, Madrid, Amsterdam, Rome, Milan. Une édition spéciale pour Noël se tiendra du 18 au 24 décembre à Strasbourg. Cet événement culinaire célèbre les saveurs des cuisines du monde. Cette initiative novatrice et originale rencontre un franc succès. Des chefs cuisiniers réfugiés sont accueillis par des restaurants locaux pour concocter et servir des repas traditionnels l’espace d’un service. Du 11 au 15 octobre, ce sont cinq adresses genevoises qui ont confié leurs cuisines à des chefs et des cheffes d’origines syrienne, érythréenne, sri lankaise, tibétaine et nigériane.

 

L’assiette nigériane proposée aux bains des Pâquis

Le jeudi 12 octobre, la rédaction vaudoise de Voix d’Exils s’est rendue à la buvette des Bains des Pâquis pour déguster les plats concoctés par le chef Nigérian Timothy Desmond Eze. Sur le coup de midi, la buvette s’est très vite remplie. « L’assiette nigériane » était ajoutée au menu et mise sur un pied d’égalité avec les autres plats. Le cuisinier invité dans le cadre du festival a proposé deux plats typiquement nigérians: l’un à base de poulet et l’autre végétarien. Les deux plats ont régalé les visiteurs, car plus de 600 assiettes ont été servies pour le plus grand plaisir du public.

La Buvette des Bains. Photo: rédaction vaudoise de Voix d’Exils

Promouvoir la cuisine comme moyen d’intégration professionnelle

Un des buts que poursuit le festival est de favoriser par la cuisine l’accès à l’insertion professionnelle de personnes réfugiées. Il mobilise donc des cuisiniers confirmés ou en voie de confirmation, qui ont fait le pari de la cuisine pour s’insérer dans leur pays d’accueil. Il a vocation à fédérer une communauté de volontaires et de restaurateurs qui s’engagent dans différents pays à promouvoir l’insertion professionnelle de personnes réfugiées dans le milieu de la restauration. Chaque Refugee Food Festival est ainsi un tremplin vers l’emploi pour les chefs qui ont l’opportunité de démontrer leurs talents.

Julia Dao interviewée par Lamine. Photo: rédaction vaudoise de Voix d’Exils.

Changer le regard sur les réfugiés

Un autre objectif du festival est de contribuer à faire évoluer les regards sur le statut de réfugié, en améliorant la compréhension de leur statut, en valorisant les chefs qui y participent ainsi que le patrimoine culturel qu’ils ont à partager. Le festival vise à montrer que derrière la « crise des réfugiés », il y a des femmes et des hommes qui ont des talents, des métiers, des savoir-faire qui ne demandent qu’à être révélés pour contribuer à enrichir leur pays d’accueil. Cette initiative citoyenne défend un état d’esprit positif, valorisant, vertueux, allant à l’encontre de discours parfois misérabiliste ou de perceptions anxiogènes de l’arrivée de réfugiés.

Timothy Desmond Eze en cuisine. Photo: rédaction vaudoise de Voix d’Exils

Rencontres culturelles, culinaires et humaines

Le Refugee Food Festival est également un moment convivial et fédérateur, car la cuisine est une formidable porte d’entrée sur le monde et sur l’autre. Elle permet de rassembler des citoyens de tous horizons autour d’un bon repas avec des menus savoureux, originaux, qui sont concoctés avec de bons produits. Ce moment convivial et fédérateur se retrouve aussi dans les cuisines, lorsque les cuisiniers réfugiés rencontrent le personnel des restaurants qui les accueillent et qu’ils mettent en commun leurs savoir-faire culinaires.

Mylène et Lamine

Membres de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils

« Triomphe de l’ananas » ou « Être ou ne pas être » – commentaire

Les habitués des Bains des Pâquis ont eu l’opportunité de découvrir la cuisine nigériane. « L’assiette nigériane » était présentée sous deux

formes : pour les omnivores et pour les végétariens. Le plat végétarien a eu le plus de succès. L’ananas, exposé solennellement sur l’assiette, excitait l’imagination et incitait à aller voir le cuisinier.

Timothy Desmond Eze. Photo: rédaction vaudoise de Voix d’Exils

A première vue, c’est un homme avec un charisme digne du pirate Long John Silver, le personnage de fiction du roman de Robert Louis Stevenson « L’Île au trésor », devant lequel (pour être bien accueillis) on devait chanter :

“Fifteen men on the dead man’s chest

…Yo-ho-ho, and a bottle of rum!”

Mais, en réalité, on a découvert que Timothy Desmond Eze est un jeune homme modeste, souriant et ouvert, très loin de Long John Silver. Et si décrire la vie actuelle de Timothy revenait à poser la question « Être ou ne pas être ? » Être un cuisinier en Suisse ou ne pas l’être ? Pour ce Nigérian, c’est une question essentielle, parce qu’il ne perd pas l’espoir de pouvoir vivre de son métier en Suisse.

Mylène

Interviews des organisateurs de l’édition genevoise du Refugee Food Festival sur Radio Django

Julia Dao et Brice Ngaramba interviewés par Lamine à Radio Django. Photo: rédaction vaudoise de Voix d’Exils

Le 17 octobre 2017, Voix d’Exils a invité les deux organisateurs du Refugee Food Festival de Genève : Brice Ngaramba, porteur du projet, et Julia Dao, responsable communication du bureau Suisse du HCR, pour un interview sur les ondes de la Radio Django.

Vous pouvez écouter l’interview en cliquant ici

Lamine

 

 




Employer les bons termes lorsqu’on parle de phénomènes migratoires : Un défi pour les journalistes!

Sophie Malka, responsable du journal en ligne Asile.ch attire l'attention des participantes et participants sur les enjeux des statistiques. Photo: Giorgi, membre de la rédaction vaudoise de Voix d'Exils

Sophie Malka, responsable du journal en ligne asile.ch. Photo: Giorgi, membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils.

Un glossaire à l’attention des journalistes a été débattu lors d’une rencontre à Genève

Jeudi 13 octobre 2016, des journalistes, des blogueurs, ainsi que des représentants d’associations et d’instances officielles en charge de l’accueil des migrants se sont rencontrés à Genève, à l’initiative de l’association genevoise Vivre Ensemble. Cette rencontre visait à réfléchir et débattre des termes employés par les journalistes lorsqu’ils parlent d’asile et de migration dans le but de constituer un glossaire de la migration. Retour sur cette journée enrichissante à laquelle a assisté la rédaction vaudoise de Voix d’Exils.

En 2013, l’association Vivre Ensemble lance un projet dénommé « le comptoir des médias », dont le but est de contribuer à produire une information basée sur les éléments factuels et dénudée de préjugés à propos des phénomènes migratoires. Les informations produites par divers médias suisses sont alors vérifiées afin d’éviter qu’elles soient inexactes ou susceptibles d’alimenter des idées reçues auprès du public.

Anya Klug. Photo: Giorgi, rédaction vaudoise de Voix d'Exils.

Anja Klug. Photo: Giorgi, rédaction vaudoise de Voix d’Exils.

La création d’un glossaire de la migration, soumis à la discussion des participantes et participants de la journée, est dans la continuation logique du travail entrepris par le comptoir des médias. D’emblée, Sophie Malka, responsable du journal en ligne asile.ch, souligne la connaissance parfois très approximative des journalistes des phénomènes migratoire. Face à ce constat, Vivre Ensemble a constitué un outil destiné aux journalistes afin de leur fournir des notions utiles et des contacts d’organisations pour faciliter leur travail de vérification des informations. « L’objectif [de notre démarche ndlr.] étant de ne pas stigmatiser les travaux des médias, ni d’imposer ou aseptiser un discours unique, mais de réfléchir et d’échanger sur le contenu du glossaire. Notre association est militante dans le sens qu’elle cherche à renforcer le droit des réfugiés. Nous l’assumons totalement et notre outil est l’information : l’un des piliers de la démocratie » a précisé Sophie Malka.

Des « flux » et des « stocks »

Lors de la série de conférences qui ont précédé les ateliers thématiques, Martine Brunschwig Graf, la présidente de la Commission fédérale contre le racisme, a souligné l’importance de réhumaniser le langage lorsqu’on parle de migration et d’éviter des notions comme « flux » ou « stocks ». Elle mentionne à ce titre, non sans humour, que le terme de NEM (non entrée en matière) lui avait évoqué « les fameux rouleaux de printemps » la première fois qu’elle l’avait entendu. De même, certains sujets prennent une importance exagérée et sont non contrôlés par les journalistes. Elle cite, par exemple, les moyens de communication comme les courriers des lecteurs ou les commentaires en ligne des articles qui sont « des caisses de résonnance disproportionnées faiseuses d’une opinion du café du commerce ». Un contrôle est dès lors nécessaire pour vérifier que les termes employés restent dans la légalité. En l’absence de ce contrôle, la confusion entre l’information et l’intox est, toujours selon Madame Brunschwig Graf, un risque auquel le journaliste doit savoir faire face.

Martine Bunschwig Graf

Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme. Photo: Giorgi, rédaction vaudoise de Voix d’Exils.

Une telle maîtrise passe, selon Anja Klug, directrice du Bureau du HCR pour la Suisse, par une information correcte issue d’une recherche minutieuse et complète des événements, ainsi que par l’emploi d’une terminologie correcte au niveau juridique. Anja Klug a illustré l’importance que revêtent les mots lors de la publication d’une information, en distinguant, entre autres, les termes de réfugié et migrant, qui ont des significations distinctes. Dès lors, les confondre peut poser des problèmes considérables à ces deux catégories de populations. Cependant, les mots ne sont pas seulement tributaires du champ médiatique mais également du cadre juridique. À ce titre, les termes d’illégaux et de demandeurs d’asiles déboutés nécessiteraient d’être supprimés car ils n’indiquent pas que ces personnes aient besoin de l’aide internationale. D’où l’importance du glossaire, qui aidera les journalistes à trouver un vocabulaire adéquat.

Nicolas Roget au centre évoque l'importance du tzravail des journaliste. Photo: Giorgi, rédaction vaudoise de Voix d'Exils.

Nicolas Roget (deuxième depuis la droite). Photo: Giorgi, rédaction vaudoise de Voix d’Exils.

Dominique Von Burg, président du Conseil suisse de la presse, a ajouté qu’un vocabulaire adéquat émane également du respect de la charte de déontologie journalistique en plus de la recherche de vérité et d’une information correcte. Il admet que parler de migration c’est relater de phénomènes complexes mais souligne, en même temps, le devoir de distance et de décodage des propositions politiques par les journalistes qui sont susceptibles de produire des confusions. C’est ainsi que « la droite parle plutôt de « migrants » et que la gauche parle plutôt de « réfugiés » et qu’on mélange allègrement tout » relève-t-il. Cette relation entre les médias et le politique se retrouve aussi au niveau institutionnel. Nicolas Roguet, délégué du Bureau de l’intégration des étrangers du canton de Genève, met en exergue le fait que les journalistes produisent davantage des informations utiles aux institutions au travers d’articles employant de bonnes terminologies et démontrant une compréhension du sujet et du domaine. Il gratifie aussi le travail que mène le comptoir de médias pour garantir l’équilibre et la justesse de l’information qui est très importante pour les institutions.

Dominique Von Burg. Photo: Georgi

Dominique Von Burg. Photo: Georgi, rédaction vaudoise de Voix d’Exils.

Décortiquer les statistiques et les mots 

S’en est suivi des ateliers de travail qui visaient à créer une réflexion commune sur les termes employés par les journalistes ou les chiffres produits par certaines institution dans le domaine de la migration. L’objectif final étant de contribuer à alimenter un glossaire qui serve aux journalistes à produire une information qui soit correcte, factuelle et qui n’alimente ni la peur, ni les stéréotypes sur les personnes réfugiées, en procédure d’asile ou migrantes. Un exemple de question qui initiait la réflexion d’un des ateliers était : « Réfugiés ou migrants, quel mot utiliseriez vous pour une famille syrienne fuyant la guerre, un opposant politique turc et un adolescent gambien fuyant la famine ? À mes yeux, ce sont tous des refugiés » répond une blogueuse. Mais, dans les faits, la Confédération accorderait un permis provisoire aux premiers, l’asile au second, et une non-entrée en matière au dernier.

Des ateliers studieux. Photo: Giorgi, rédaction vaudoise de Voix d'Exils

Des ateliers studieux. Photo: Giorgi, rédaction vaudoise de Voix d’Exils.

L’atelier numéro 3 animé par Sophie Malka abordait le problème des confusions pouvant résulter d’un emploi inadéquat des statistiques sur les mouvements migratoires en Suisse. Selon elle, le corps des gardes-frontières ne comptabilise pas les personnes migrantes qui résident sur le sol helvétique mais alimente ses statistiques sur la base des entrées et sorties du territoire national. Dès lors, une même personne peut tenter de franchir la frontière et être renvoyée à plusieurs reprises, ce qui semble être largement le cas à Chiasso dans le canton du Tessin. De ce fait, parler de « personnes » pour décrire des mouvement induit, selon Sophie Malka,  le lecteur en erreur, car cela conduit à une surestimation du nombre de personnes effectivement rentrées ou renvoyées de Suisse. « Le chiffre de plus de 4’000 renvois à la frontière suisse durant le seul mois de juillet de cette année qui a été avancé est en réalité biaisé. Dans les faits, environ 1’000 personnes faisant des allers et retours sur le territoire suisse auraient été renvoyées » conclut-elle.

Un procès-verbal a été établi à la fin de la journée qui nourrira le glossaire du comptoir des médias des échanges fructueux qui ont eu lieu durant toute cette journée du 13 octobre. Ce glossaire deviendra, avec un peu de chance, un véritable outil de travail et de référence pour aider les journalistes à accomplir leur devoir d’information.

Propos recueillis par :

Niangu Nginamau

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils

 




Dublin

Auteur: Giorgi, membre de la rédaction vaudoise de Voix d'Exils

Les accords de Dublin. Auteur: Giorgi, membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils.




Une université pour toutes et tous

L'Université de Lausanne. Source: Université de Lausanne.

L’Université de Lausanne. Source: Université de Lausanne.

L’Université de Lausanne offre des possibilités intéressantes de formations aux personnes migrantes 

A l’instar d’autres organisations publiques du Canton de Vaud, l’Université de Lausanne se soucie de l’intégration des étrangers et des réfugiés en son sein. Panorama des possibilités d’études qu’offre l’UNIL aux personnes migrantes.

La plupart des réfugiés et des étudiants étrangers qui arrivent dans le Canton de Vaud ne sont pas au bénéfice d’une maîtrise suffisante de la langue française qui est une des conditions pour s’inscrire à l’Université de Lausanne. Fort heureusement, une entité existe en son sein dont la mission est d’enseigner le français aux personnes qui font ou vont faire des études à l’UNIL : l’Ecole de français langue étrangère. La fréquentation de cette structure est payante et les conditions d’accès sont déterminées dans le site y afférent. L’initiation linguistique dépend du niveau d’études que veulent entamer les personnes désireuses de débuter un cursus académique. Le minimum requis pour s’inscrire au Bachelor est le niveau B1 en français et passer l’ECUS (examen complémentaire des hautes écoles suisses)

 S’inscrire à l’Université de Lausanne

Pour toute inscription, la personne migrante doit déposer sa candidature en passant par le Service des immatriculations et inscriptions à l’instar de toute personne souhaitant intégrer l’institution. La période d’inscription est limitée dans le temps et il est indispensable de respecter scrupuleusement les délais. Pour les étudiants dont les documents requis sont introuvables, la perspective d’inscription n’est point impossible. Mais, il faut en parler de manière explicite avec le Service des immatriculations et inscriptions qui appréciera chaque cas. Le tutorat et le mentorat des étudiants – natifs ou étrangers – existent dans certaines facultés, mais tout cela ne devient effectif qu’après l’inscription. Le site d’inscription est université de Lausanne.

Alternatives de programmes d’études pour les personnes migrantes à l’Université de Lausanne

Une autre possibilité pour les réfugiés d’intégrer l’Université de Lausanne est le statut d’auditeur libre. Pour devenir auditeur libre, il est nécessaire pour le candidat intéressé de s’inscrire à la faculté de son choix en remplissant quelques formalités administratives auprès du Service des immatriculations et inscriptions. Enfin, une troisième alternative intéressante pour les réfugiés sont les MOOCs : les études en ligne et les inscriptions se font directement sur le site de l’Université de Lausanne. Les MOOCs n’offrent que quelques cours, mais offrent cependant la possibilité de présenter des travaux qui seront évalués. À la fin, l’étudiant peut recevoir, moyennant une contribution pécuniaire variant selon la faculté, une attestation de participation et de réussite du programme.

L’Université de Lausanne : acteur de la solidarité internationale pour la formation des réfugiés

L’association des universités européennes, dont fait partie l’Université de Lausanne, a publié une carte pour faciliter l’intégration des réfugiés en leur sein. Il existe également l’initiative « Scholars at risk » qui offre aux réfugiés la possibilité d’obtenir une bourse internationale — doctorant ou chercheur — dont les travaux ont été interrompus à cause d’une menace de mort, d’une persécution ou tout autre fait susceptible de nuire à sa vie. Cette possibilité peut se faire par le biais de cette structure qui se trouve à New York.

Le candidat aspirant à obtenir cette bourse doit remplir les conditions suivantes : être réfugié, avoir interrompu ses études de doctorat ou de recherche et faire une demande individuelle avec toutes les preuves attestant de la véracité des études ou recherches interrompues. Pour un meilleur accès aux informations, les réfugiés peuvent consulter le site.

Infos :

Pour approfondir ce sujet intéresse est invité à consulter le site la page du bureau des immatriculations de l’université de Lausanne

Alain Tito

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils