Etre jugé d’avance

Auteur: Askal Hailu

Le problème des clichés sociaux

Voici deux boucles d’oreilles : l’une est neuve et l’autre est cassée. A cause du bijou cassé, la paire sera éliminée. Que peut-on reprocher à la boucle d’oreille intacte ? Rien, hormis le fait d’être la « partenaire » de la boucle cassée.

Nous vivons tous quelque chose de similaire. Peu importe ce que nous souhaitons, nous ne sommes pas considérés comme des personnes singulières et uniques. Le jugement social fait des généralités et des catégories. On parle, par exemple, des Éthiopiens, des réfugiés, des Noirs, des Blancs, des femmes, des hommes, des Arabes, des Suisses.

Que nous sachions pourquoi ou non, que nous agissions ou pas, nous sommes jugés pour ce qu’ont fait d’autres. Parce que nous venons de la même région, les gens présument que nous « sommes les mêmes » et agissons de la même façon.

Si un des nôtres refuse de s’intégrer, même si nous n’approuvons pas son comportement, nous sommes blâmés et nous perdons la confiance du public.

À la suite de l’échec de quelques réfugiés, tous les réfugiés à venir ne devraient pas être sous-estimés ni insultés.

Chaque personne est un ambassadeur de son pays quand il vit dans un pays d’accueil.

Tout ce qu’il fait peut être nuisible ou bénéfique pour son peuple et contribuera à son image au sein de la population.

Il est de notre devoir de créer une bonne image de nous et de détruire les mauvais jugements basés sur des raccourcis. Nous devons ainsi nous employer à faire le bien, en respectant la loi, et en travaillant dur.

Dans tous les pays il y a des bons et des mauvais. Aucun peuple n’est parfait! Tous devraient s’en tenir aux mêmes valeurs : respect, confiance, politesse, entraide et empathie.

Askal Hailu

Membre de la rédaction valaisanne de Voix d’Exils

 




Manifestation de soutien aux Erythréens réfugiés en Suisse

pixabay.com / CC0 Creative Commons

Opinion – Pourquoi je serai à Berne le 18 mai prochain

Je suis Erythréenne, je vis en Suisse, protégée par le peuple et le gouvernement suisse. Comme à tant de mes compatriotes, vous m’avez donné un abri, un air pur pour respirer, une paix à vivre.

Nous venons de très loin, nous avons vécu des épreuves terribles au cours de notre voyage vers la liberté : la traversée de la mer Méditerranée, mais aussi les passeurs, les marchands d’organes et les terroristes qui ont coupé le cou de tant de nos frères devant nos yeux.

Aujourd’hui, nous entendons que la Suisse veut changer sa politique vis-à-vis des Erythréens car l’intention du SEM est de lever l’admission provisoire de quelque 3200 ressortissants Erythréens.

Pourquoi ?

Croyez-vous que nous avons choisi de passer à travers tout cet effrayant parcours juste pour découvrir le monde ?

Non, la réponse est définitivement NON. Nous avons tout supporté parce que nous avions l’espoir d’un lendemain. Même si le monde est plein de gens sans cœur, nous avions l’espoir de trouver des gens au grand coeur en Suisse.

Nous, les Erythréens, nous nous inquiétons ; nous sommes passés par tant de souffrances. Qu’est-ce qui a changé dans votre façon de penser? Vous nous avez acceptés, aidés et maintenant vous voulez nous renvoyer. Jusqu’où ? En enfer? Je crois qu’il y a un malentendu. Nous n’allons jamais retourner vers le cercueil qui nous attend là-bas. Nous aimons mieux mourir ici et reposer en paix.

Mais nous voulons vivre, nous intégrer ici en Suisse, ce pays que nous considérons comme le nôtre. Pour vous convaincre, vous expliquer, vous rencontrer, je serai à Berne, le vendredi 18 mai, avec mes frères et sœurs Erythréens.

Venez à notre rencontre !

Kokob Mebrahtu

Membre de la rédaction valaisanne de Voix d’Exils




La dame avec le chien

CC0 Creative Commons

 

Réflexion sur l’exil, le vieillissement et l’intégration

J’ai travaillé dur pendant 35 ans et j’étais tellement immergé dans mon travail que j’ai rarement pensé à mon âge. J’ai aimé mon travail: l’enseignement. Mais les choses ont tourné à l’envers tout d’un coup, et un tsunami féroce m’a jeté violemment sur d’autres rives.

Au camp de réfugiés, j’étais dans un combat constant avec toutes les visions de mon passé. Les tentatives de les chasser par divers moyens: la méditation, le yoga … n’ont abouti à rien. Etant un passionné de lecture, je fréquentais les bibliothèques publiques qui offrent un endroit calme et tranquille pour les lecteurs ainsi que pour faire la sieste ! Ces bibliothèques étaient très bien, comme une cuisine pleine de nourriture appétissante et de délices, mais qu’il était interdit pour moi de manger. Les étagères étaient remplies de toutes sortes de livres et de publications principalement en français, une langue que je ne connaissais pas, sauf quelques mots et expressions qui subsistaient encore dans ma mémoire d’un passé lointain. Je ressemblais beaucoup à un aveugle tâtonnant dans une pièce remplie de meubles. Ironiquement, pendant ma pratique en tant que professeur d’anglais, j’ai bourré la tête de mes étudiants au fil des ans de conseils sur la façon d’apprendre une langue étrangère. Maintenant, je me retrouve perdu.

Je me souviens encore d’un incident qui m’est arrivé il y a quelques temps. Un jour, alors que j’étais en train de lire dans un parc tranquille, j’ai senti que quelque chose reniflait ma main. Je l’ai retirée instinctivement et me suis retrouvé face à un chien qui aboyait sur moi, suivi immédiatement par un flot de mots en français d’une dame en colère, la propriétaire du chien. Ce que je pouvais comprendre était: « Le chien ne vous mangera pas! » Si j’avais bien connu le français, je lui aurais dit « Je sais Madame! Mais votre chien aurait pu me mordre! » Nous avons tous deux manqué de quelque chose : moi la langue, elle quelques manières.

Néanmoins, la pensée de mes prochains cours de français – donnés aux réfugiés dans le cadre du programme d’intégration – me remontait parfois le moral. Comme une lumière à la fin du tunnel. Je voyais tous les jours beaucoup d’étudiants dévaler la route du foyer principal, se dirigeant vers école, et je me demandais pourquoi mon nom ne figurait pas dans la liste ! Puis, un jour, mon assistante sociale m’a dit plutôt doucement, pour le faire sonner de manière moins douloureuse: «L’établissement encourage les jeunes réfugiés à s’intégrer, non des personnes de votre âge ». Un frisson m’a traversé le corps. Comme le temps passe vite ! Les psychologues affirment que les enseignants sont les plus exposés aux effets traumatiques du vieillissement dès qu’ils quittent leur emploi ou prennent leur retraite. Mais, ce n’était pas ce que je ressentais. Ce n’était pas la réalisation que je vieillis. C’était quelque chose de plus poignant, de plus angoissant. Si j’avais été ici il y a 20 ans, les choses auraient été bien différentes ! Complètement différentes ! Mais, il n’y avait pas de temps pour l’apitoiement sur soi et les sentiments pathétiques. J’avais terriblement besoin de ces cours; sinon, j’allais me « désintégrer » en un rien de temps entre les quatre murs de ma petite chambre.

Heureusement, le mot « motivé », un terme couramment utilisé ici, est venu à mon secours. J’étais motivé ! J’ai donc commencé mes cours intensifs avec de nombreux jeunes réfugiés qui parlaient toutes les langues sauf le français, et bon nombre d’entre eux étaient « démotivés » !  quand même, au début de chaque cours, le mot « âgé » remplaçait « motivé », et je devais lutter à nouveau pour que mon nom soit inclus dans les listes. Fait intéressant, le responsable des cours, une personne très gentille de mon âge plaidait en faveur des « règles », alors que je demandais une « exception ». Puis, comme pour me réconforter, il me disait que lui aussi allait partir à la retraite très bientôt ! Quel réconfort !

Pourtant, je dois admettre que « la vieillesse » avait au moins un « avantage »! J’ai été élu à chaque fois comme un « délégué » de la classe, pas tellement pour mes compétences, mais par respect que les étudiants africains et asiatiques ont encore pour les cheveux gris ! De plus, les enseignants étaient prévenants et l’un d’entre eux a fait quelques remarques agréables au sujet de l’âge de 60 ans, en disant qu’il s’agissait de la période de maturité, de détente et de vacances …!

Enfin, je sais bien que «  la motivation » et « la vieillesse » ne vont pas de pair en ce qui concerne le « marché du travail ». Néanmoins, je sais aussi que la clé à « l’intégration », au sens large du terme (culturel, social et psychologique), est l’acquisition des compétences linguistiques du pays, que la personne soit âgée ou jeune, sinon l’incident ci-dessus de la dame avec le chien sera l’alternative.

Hayrenik Dono

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils




« Il faut profiter des compétences et des savoir-faire différents qui peuvent amener une richesse aux entreprises »

Photo: rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils.

Interview de Monsieur Jean-Nathanaël Karakash, conseiller d’Etat en charge du département de l’économie et de l’action sociale du canton de Neuchâtel.

Le 20 octobre dernier, la rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils est allée à la rencontre de Monsieur Jean-Nathanaël Karakash afin de mieux comprendre la politique d’intégration des personnes migrantes vivant dans le canton de Neuchâtel.

Voix d’Exils: Dans le mémento statistique neuchâtelois 2017, nous avons trouvé qu’il y a 7,2 % des personnes à l’aide sociale dans le canton de Neuchâtel, alors qu’il y en a 3,2 % au niveau Suisse. Pouvez-vous nous expliquer cette différence importante ? Comment gérez-vous cela ?

Monsieur Jean-Nathanaël Karakash: Une partie de cette différence s’explique par l’organisation de notre système social et une autre partie traduit une réalité sociale. A Neuchâtel, il y a un système simple qui ne comprend que l’aide sociale et pas d’autres aides préalables comme l’aide au logement ou des prestations complémentaires pour les familles qui existent dans les autres cantons. Des personnes se retrouvent donc dans les statistiques de l’aide sociale même quand elles ne touchent qu’un très petit montant.

Après, il est vrai que les cantons romands ont une situation moins bonne que la moyenne suisse. Plusieurs facteurs expliquent cela : les difficultés sociales se concentrent dans les villes et le canton de Neuchâtel est le plus urbain derrière Bâle-Ville et Genève. De plus, en Suisse romande, on a une consommation plus importante des prestations qui existent et moins recours par exemple à la famille en cas de problème.

Avez-vous des projets pour améliorer cette différence ?

Améliorer les statistiques ne m’intéresse pas. Il faut changer la situation en profondeur. Eviter par exemple qu’un assistant social soit mobilisé automatiquement quand une personne a besoin d’aide financière sans avoir d’autre problème. Mais la vraie amélioration vient par l’accès au travail. D’ailleurs, le chômage a diminué depuis une année et il y a une reprise économique dans le secteur de l’industrie de notre canton.

Comment favoriser l’emploi des réfugiés pour les rendre plus autonomes et mieux valoriser leurs compétences ? Comment leur donner cette place en Suisse ?

C’est une question qu’on se pose tous les jours parce que c’est un véritable enjeu. En Suisse, l’intégration passe avant tout par le travail. Le marché du travail comme il est organisé est malheureusement peu favorable aux réfugiés. Les employeurs publient une annonce et reçoivent de nombreuses postulations. Ils recherchent un profil particulier et éliminent les dossiers qui ne comportent pas le bon titre ou le bon diplôme. Les compétences des personnes qui arrivent dans le cadre de l’asile sont rarement bien documentées. A moins de réussir à créer un contact direct avec un employeur, les personnes sont donc en difficultés avec ce système.

C’est paradoxal, parce que j’entends beaucoup d’employeurs qui me disent qu’ils ne trouvent pas certaines compétences chez les jeunes ici comme la persévérance, la débrouillardise ou la capacité de se projeter dans quelque chose de différent. Les gens venus dans le cadre de l’asile en Suisse ont toutes ces compétences pour arriver jusqu’ici. On réfléchit à comment valoriser des expériences qui ne sont pas certifiées par des diplômes. Ici, après 11 années d’études, on est non qualifié et on commence à se former pour travailler. On doit arrêter de penser que les personnes arrivées dans le cadre de l’asile vont rattraper ces 11 années d’études et ensuite faire une formation et un diplôme suisse avant de trouver un travail. Il faut, au contraire, profiter des compétences et des savoir-faire différents qui peuvent amener une richesse aux entreprises. On va essayer de changer le monde du travail ici plutôt que de changer chaque personne qui arrive ici. Il faut faire un bout de chemin dans les deux sens. Mais cela prend du temps.

Nous avons deux propositions à vous faire. La première est que le Service de la cohésion multiculturelle (COSM) axe davantage son offre de services sur des cours professionnels et l’aide à la recherche de places d’apprentissage. Qu’en pensez-vous ? 

Ce n’est pas une bonne idée de réserver des places d’apprentissage pour un public cible comme les requérants d’asile ou les personnes qui ont des problèmes de santé et qui sont à l’assurance-invalidité etc. La stratégie d’intégration professionnelle du canton est la suivante : avoir une phase de préparation à l’intégration professionnelle dans les différents secteurs qui accompagnent les publics dans les domaines de l’aide sociale, de la migration, du pénitentiaire etc. Et que tout converge vers une documentation des compétences et des besoins de la personne. Ensuite, il y a un accompagnement par le Service de l’emploi qui lui est en contact avec les employeurs. C’est la transformation qu’on est en train de mener.

Ensuite, on a un problème de moyens au COSM. La Confédération verse un forfait unique de 6000 francs pour une personne qui reçoit un permis F ou B pour l’aide à l’intégration. Tous les cantons se battent pour tripler ce montant, ce qui sera encore assez limité. Ce que nous souhaiterions, c’est combiner l’apprentissage de la langue à un stage professionnel préparatoire pour permettre une intégration plus rapide dans le monde du travail.

Notre deuxième proposition : soutenir un programme comme Voix d’Exils qui permet de connaître les idées, les pensées des réfugiés. Qu’en pensez-vous ?

Le programme existe avec notre soutien intégral.

Comment faire pour que les employeurs engagent davantage de permis N, permis F et permis B et pas seulement les permis C ?

Il y a un débat aujourd’hui au niveau national sur l’existence du statut d’admis provisoire qui est perçu comme précaire par les employeurs à cause de son nom. Pour eux, c’est un défi d’accueillir quelqu’un qui va peut-être repartir. Mais aujourd’hui, les procédures s’accélèrent ce qui va aider. Le principal problème est vraiment d’arriver à changer la façon dont les postes de travail sont ouverts et valoriser les compétences différentes des gens qui arrivent dans le cadre de l’asile. Il y a un grand travail de sensibilisation à faire.

On parle peu des personnes qui réussissent à s’intégrer dans un emploi et qui aident leur entreprise à apporter plus d’ouverture à ces démarches. Il faudrait creuser cette piste. Dans le cadre de l’asile, on ne doit pas travailler dans une logique d’origine mais dans une solidarité interculturelle pour ouvrir les employeurs à engager des personnes avec un statut différent.

On va terminer avec notre dernière préoccupation : pourquoi les réponses aux demandes d’asile prennent-elles autant de temps? Serait-il possible d’accélérer les procédures ? De les raccourcir ?

Oui, c’est possible d’avoir une procédure d’examen accélérée et c’est ce qui se passe avec la réorganisation du domaine de l’asile. Maintenant, j’espère qu’on accélérera autant les décisions positives que les décisions négatives. Ce qui fait durer les procédures c’est aussi les recours déposés, parfois pour des dossiers qui n’ont plus aucune chance. C’est une perte de temps pour tout le monde, même si on comprend que chacun cherche à saisir sa chance jusqu’au bout.

Vous avez répondu bien clairement à nos questions, merci. Mais surtout Neuchâtel a une politique très positive en matière d’asile, les requérants sont heureux de vivre ici.

C’est vrai qu’on a une belle politique dans le canton de Neuchâtel, ce qui ne nous empêche pas de chercher à continuer à nous améliorer et à vivre le plus positivement possible quelque chose qui est difficile pour vous. Si on peut être une terre d’accueil et que vous vous sentez accueillis et bien j’en suis heureux.

Propos recueillis par :

La rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils

L’interview du conseiller d’Etat M. Karakash vue de l’intérieur

Photo: rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils

Immersion dans les coulisses de la rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils peu avant et pendant l’interview de M. Jean-Nathanaël Karakash, conseiller d’Etat en charge du département de l’économie et de l’action sociale du canton de Neuchâtel

Nous sommes fiers, tous les sept membres de la rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils. Nous nous sommes donnés rendez-vous, en ce jour du 20 octobre 2017 à 15h précises, pour aller interviewer M. Karakash,  « notre »  conseiller d’Etat, car c’est lui qui est en charge de l’asile dans le canton de Neuchâtel.

Tout le monde est à l’heure. Il pleut, mais nous ne le sentons pas. Nous marchons jusqu’au Château du Conseil d’Etat, un peu excités. Comme avant un examen, nous sentons une certaine tension monter.

Serons-nous à la hauteur ? Khaldoon répète ses questions à voix basse. Cismacil nous montre son appareil photo, il est prêt. Revan articule à haute voix ses paroles d’introduction. Leana vérifie encore une fois l’enregistreur. Rafika et Marie-France chuchotent, plaisantent, ça détend…

Le lien se tisse

Dans le Château du Conseil d’Etat c’est beau, ça impressionne. Nous sommes accueillis par une secrétaire qui nous fait patienter quelques minutes. Monsieur Karakash arrive, le sourire aux lèvres en nous serrant la main.

Nous sommes dans son bureau, vaste, magnifique. Nos yeux se promènent du plafond aux fenêtres en se régalant de la hauteur et de la beauté du lieu.

Il nous propose à boire, il plaisante, sourit, nous met à l’aise.

Nous nous présentons. Nous sommes : avocat, étudiant, journaliste, enseignant, venant de Syrie, de Somalie, d’Irak, d’Algérie et de Suisse.

Très attentif, il raconte spontanément d’où il vient. Il nous décrit le chemin de son père, Grec de Turquie qui à l’âge de dix ans migre avec sa famille à Genève pour finalement devenir pasteur au Val de Travers ! Il connaît de l’intérieur le chemin de vie de la migration. Le lien est tissé.

« Le coût des mots »

L’interview se passe très bien. Il trouve que nos questions sont pertinentes, documentées, il apprécie.

Un de nos rédacteurs voulait lui transmettre quelque chose de plus personnel à la fin de notre rencontre. M. Karakash accepte, écoute très concentré.

« Je suis venu de Syrie en Suisse. Tous mes amis et les personnes que je connaissais avant me posent la même question : pourquoi est-ce que je ne parle pas assez ? Parce que pour moi, les mots m’ont coûté très cher.

J’ai passé 17 ans de ma vie en prison. Je ne parlais plus. Voix d’Exils m’a redonné confiance pour pouvoir à nouveau m’exprimer. C’est la première fois que je réussis à dire ce que j’ai dans le cœur et dans la tête librement, sans avoir peur d’être puni. Le fait d’être assis ici à côté de vous est presque un miracle, quelque chose d’impossible en Syrie. Là-bas, un responsable de votre niveau est comme un dieu, inaccessible. Merci de tout cœur. »

Nous sommes tous émus.

Nous prenons congé de M. Karakash chaleureusement.

En sortant du château, nous sommes encore plus fiers. Nous nous félicitons tous. Nous rions, nous sommes complétement détendus !

La rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils

 

 




Le Refugee Food Festival offre la chance à des chefs cuisiniers migrants de révéler leurs talents

La Buvette des Bains sert les assiettes nigérianes. Photo: rédaction vaudoise de Voix d’Exils

Cuisine, découverte, partage et intégration : les leitmotivs d’un festival original et novateur

L’Association Food Sweet Food en collaboration avec le l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés (le HCR) a organisé la première édition Suisse du « Refugee Food Festival » qui s’est tenue du 11 au 15 Octobre 2017 à Genève. Ce festival a mobilisé cinq restaurants qui ont confié leurs cuisines à des chefs réfugiés migrants pour faire découvrir au public des plats traditionnels de leur pays.

Le Refugee Food Festival a débuté en France il y a maintenant trois ans et 2017 marque la première édition Européenne. Le festival s’est tenu cette année dans des grandes villes comme : Paris, Athènes, Madrid, Amsterdam, Rome, Milan. Une édition spéciale pour Noël se tiendra du 18 au 24 décembre à Strasbourg. Cet événement culinaire célèbre les saveurs des cuisines du monde. Cette initiative novatrice et originale rencontre un franc succès. Des chefs cuisiniers réfugiés sont accueillis par des restaurants locaux pour concocter et servir des repas traditionnels l’espace d’un service. Du 11 au 15 octobre, ce sont cinq adresses genevoises qui ont confié leurs cuisines à des chefs et des cheffes d’origines syrienne, érythréenne, sri lankaise, tibétaine et nigériane.

 

L’assiette nigériane proposée aux bains des Pâquis

Le jeudi 12 octobre, la rédaction vaudoise de Voix d’Exils s’est rendue à la buvette des Bains des Pâquis pour déguster les plats concoctés par le chef Nigérian Timothy Desmond Eze. Sur le coup de midi, la buvette s’est très vite remplie. « L’assiette nigériane » était ajoutée au menu et mise sur un pied d’égalité avec les autres plats. Le cuisinier invité dans le cadre du festival a proposé deux plats typiquement nigérians: l’un à base de poulet et l’autre végétarien. Les deux plats ont régalé les visiteurs, car plus de 600 assiettes ont été servies pour le plus grand plaisir du public.

La Buvette des Bains. Photo: rédaction vaudoise de Voix d’Exils

Promouvoir la cuisine comme moyen d’intégration professionnelle

Un des buts que poursuit le festival est de favoriser par la cuisine l’accès à l’insertion professionnelle de personnes réfugiées. Il mobilise donc des cuisiniers confirmés ou en voie de confirmation, qui ont fait le pari de la cuisine pour s’insérer dans leur pays d’accueil. Il a vocation à fédérer une communauté de volontaires et de restaurateurs qui s’engagent dans différents pays à promouvoir l’insertion professionnelle de personnes réfugiées dans le milieu de la restauration. Chaque Refugee Food Festival est ainsi un tremplin vers l’emploi pour les chefs qui ont l’opportunité de démontrer leurs talents.

Julia Dao interviewée par Lamine. Photo: rédaction vaudoise de Voix d’Exils.

Changer le regard sur les réfugiés

Un autre objectif du festival est de contribuer à faire évoluer les regards sur le statut de réfugié, en améliorant la compréhension de leur statut, en valorisant les chefs qui y participent ainsi que le patrimoine culturel qu’ils ont à partager. Le festival vise à montrer que derrière la « crise des réfugiés », il y a des femmes et des hommes qui ont des talents, des métiers, des savoir-faire qui ne demandent qu’à être révélés pour contribuer à enrichir leur pays d’accueil. Cette initiative citoyenne défend un état d’esprit positif, valorisant, vertueux, allant à l’encontre de discours parfois misérabiliste ou de perceptions anxiogènes de l’arrivée de réfugiés.

Timothy Desmond Eze en cuisine. Photo: rédaction vaudoise de Voix d’Exils

Rencontres culturelles, culinaires et humaines

Le Refugee Food Festival est également un moment convivial et fédérateur, car la cuisine est une formidable porte d’entrée sur le monde et sur l’autre. Elle permet de rassembler des citoyens de tous horizons autour d’un bon repas avec des menus savoureux, originaux, qui sont concoctés avec de bons produits. Ce moment convivial et fédérateur se retrouve aussi dans les cuisines, lorsque les cuisiniers réfugiés rencontrent le personnel des restaurants qui les accueillent et qu’ils mettent en commun leurs savoir-faire culinaires.

Mylène et Lamine

Membres de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils

« Triomphe de l’ananas » ou « Être ou ne pas être » – commentaire

Les habitués des Bains des Pâquis ont eu l’opportunité de découvrir la cuisine nigériane. « L’assiette nigériane » était présentée sous deux

formes : pour les omnivores et pour les végétariens. Le plat végétarien a eu le plus de succès. L’ananas, exposé solennellement sur l’assiette, excitait l’imagination et incitait à aller voir le cuisinier.

Timothy Desmond Eze. Photo: rédaction vaudoise de Voix d’Exils

A première vue, c’est un homme avec un charisme digne du pirate Long John Silver, le personnage de fiction du roman de Robert Louis Stevenson « L’Île au trésor », devant lequel (pour être bien accueillis) on devait chanter :

“Fifteen men on the dead man’s chest

…Yo-ho-ho, and a bottle of rum!”

Mais, en réalité, on a découvert que Timothy Desmond Eze est un jeune homme modeste, souriant et ouvert, très loin de Long John Silver. Et si décrire la vie actuelle de Timothy revenait à poser la question « Être ou ne pas être ? » Être un cuisinier en Suisse ou ne pas l’être ? Pour ce Nigérian, c’est une question essentielle, parce qu’il ne perd pas l’espoir de pouvoir vivre de son métier en Suisse.

Mylène

Interviews des organisateurs de l’édition genevoise du Refugee Food Festival sur Radio Django

Julia Dao et Brice Ngaramba interviewés par Lamine à Radio Django. Photo: rédaction vaudoise de Voix d’Exils

Le 17 octobre 2017, Voix d’Exils a invité les deux organisateurs du Refugee Food Festival de Genève : Brice Ngaramba, porteur du projet, et Julia Dao, responsable communication du bureau Suisse du HCR, pour un interview sur les ondes de la Radio Django.

Vous pouvez écouter l’interview en cliquant ici

Lamine