L’intégration et les rêves brisés

Kokob Mebrahtu (au centre). Photo: la rédaction valaisanne de Voix d’Exils

Construire sa vie sans savoir si on va rester

Je crois que chaque être humain naît et grandit avec un rêve à réaliser. Sans savoir s’il réussira, chacun doit se mettre en route pour un long chemin. L’espoir éclairera la route, avec la capacité de faire tout ce qui peut nous permettre d’atteindre notre objectif.

Comme migrante, je pense que c’est ce qui m’a maintenue en vie durant les jours les plus difficiles et dangereux de mon voyage vers l’Europe. Tout mon esprit était tendu dans l’unique but de sauver mon souffle pour pouvoir réaliser mon rêve de vivre comme une personne humaine, respectée.

L’immigration n’est pas un problème d’aujourd’hui ; elle a toujours existé. Chaque pays sur terre en a fait l’expérience, dans le passé ou de nos jours. Chacun sait à quel point il est difficile d’abandonner derrière soi son pays, sa famille, ses amis et les personnes qui parlent la même langue que vous.

Les raisons qui poussent à l’exil peuvent varier d’une personne à l’autre mais, fondamentalement, vous partez parce que vous devez sauver votre peau.

Quand j’ai quitté l’Érythrée en 2013, j’ai emporté dans mon cœur les morceaux brisés de mes rêves. Je vis maintenant en Valais, en Suisse. J’y ai fondé ma propre famille, entourée de nouvelles traditions et de nouvelles personnes. Des années ont passé dans l’attente d’une autorisation de séjour qui n’est toujours pas venue. Mais je suis vivante. Et parce que je suis vivante, j’ai des responsabilités : celle de m’intégrer et celle de prendre soin de mes rêves. Ils ont le pouvoir de nous tenir debout et font des miracles, où que l’on soit.

On entend chaque jour que le gouvernement investit des millions pour l’intégration ; malgré cela, bien peu de choses sont réalisées concrètement. Pourquoi ? Voici comment je me représente la situation d’un migrant qui vient d’arriver dans un environnement complètement nouveau. C’est comme être devant des portes closes et chercher une issue. Pour réussir, vous avez besoin que quelqu’un vous indique quelle est la première porte que vous devez ouvrir : vous avez besoin d’apprendre la langue du pays afin de comprendre les autres autour de vous. Cette information, c’est votre assistant social qui peut vous la donner. C’est la première chose que vous avez à réaliser, le plus solidement possible. Sinon, il n’y aura pas d’intégration, pas de rêves et vous resterez dans votre chambre sombre, seul, comme sur une autre planète. Le second message, c’est de commencer votre projet d’intégration, vous construirez non seulement votre avenir mais vous contribuerez à celui du pays qui vous a sauvé la vie. On vous donne ainsi une responsabilité. Le point suivant, c’est de ne pas décourager les migrants ni de les assommer avec des règlements et des lois.

Une des choses qui freine le plus l’intégration est la durée des procédures. Cela peut prendre trois ans avant de savoir si vous avez le droit ou non de rester en Suisse. Quand l’esprit est occupé par cette inquiétude, il est très difficile de se consacrer à l’intégration et construire son avenir.

Kokob Mebrahtu

Membre de la rédaction valaisanne de Voix d’Exils

Pour aller plus loin:

« Des procédures d’asile accélérées dès le 1er mars », article paru dans Voix d’Exils le 21.02.2019

« L’intégration commence chez soi » , article paru dans Voix d’Exils le 19.11.2018

« Je passe mon temps à manger pour dominer mes problèmes », article paru dans Voix d’Exils le 15.07.2011




Séparation… Mot familier et tragique pour les exilés

CC0 Creative Commons

CC0 Creative Commons

Le témoignage émouvant d’une femme Afghane

Il n’est pas rare que des familles soient séparées sur le chemin de la migration. Des souffrances supplémentaires se greffent alors sur une situation déjà difficile. Une femme afghane témoigne de la situation tragique qu’elle vit aujourd’hui en Suisse.

C’est l’histoire d’une mère séparée de son mari et de son fils de trois ans. Elle est jeune et a deux enfants. Elle vit dans le canton du Valais, seule avec sa fille adolescente.

En raison des conditions de vie très difficiles des Afghans en Iran, la famille décide de quitter le pays. Le mari, la femme et les deux enfants choisissent l’Europe comme point de chute. La seule façon d’y parvenir est l’immigration illégale.

Le parcours est semé d’embuches : ils ont dû traverser des montagnes et des mers dangereuses avec, sur ces routes, la souffrance comme compagne quotidienne. Mais il fallait continuer car ils n’avaient rien laissé derrière eux. Ils avaient tout perdu, tout sacrifié.

« Soit se séparer, soit pourrir en Grèce »

Lorsqu’ils arrivent en Grèce, ils sont à court d’argent. Pour continuer le voyage, il n’y a qu’une solution qui n’en est en fait pas une : se séparer. C’est aussi brutal que cela : soit se séparer soit pourrir en Grèce. Ils choisissent à contre-cœur de se séparer et décident que la mère et la fille partiront en premier puis que le père et le petit garçon les rejoindront.

Cela fait maintenant onze mois que la mère et sa fille sont en Suisse, mais le père et le fils sont toujours bloqués en Grèce.

La situation est très difficile pour le père car le petit garçon n’a que trois ans et souffre énormément de l’absence de sa mère. Depuis leur séparation, il ne parle plus. A la maternelle, il ne joue pas avec les autres enfants et reste à l’écart. De son côté, la mère passe ses journées à pleurer et s’inquiète aussi pour son mari car elle sait qu’il n’a aucune ressource pour survivre en Grèce. Elle perd parfois espoir : « J’ai peur de ne plus jamais les revoir. »

Quand le courage revient, elle se bat. Si elle gagne un peu d’argent, c’est pour son mari. Elle a aussi cherché de l’aide auprès d’organisations qui la soutienne et l’aide à exposer sa situation au Secrétariat d’Etat aux migrations. Beaucoup de lettres ont été adressées à Berne, mais la réponse tarde et l’attente continue.

La séparation : une éternité pour les enfants

Ce genre de séparation a des répercussions négatives et profondes sur la structure familiale, les comportements sexuels, la santé psychique. Il a un impact particulièrement important sur les enfants dont le développement et l’avenir sont hypothéqués.

Dans un rapport consacré aux enfants séparés*, l’organisation Action for the Rights of Children souligne la vulnérabilité particulière des enfants qui subissent une séparation : « Les enfants sont plus vulnérables que les adultes face aux maladies et aux blessures, mais les enfants séparés manquent aussi de protection physique et du soutien psychosocial et émotionnel dont ils ont besoin. Sans ce soutien, leur développement complet risque d’être interrompu ou empêché ». Et d’ajouter : « Les jeunes enfants peuvent avoir un sens du temps limité. Ainsi, un enfant séparé ne pourra peut-être pas saisir le concept de prise en charge « provisoire » sur une période de quelques jours, quelques semaines ou quelques mois et une période de deux semaines peut lui sembler être une éternité ».

Morrasa Sadeghi

Membre de la rédaction valaisanne de Voix d’Exils

*Enfants séparés, décembre 2004, Action for the Rights of Children (ARC)

 




Les transformations de la structure familiale en Europe : un défi pour l’adaptation des familles migrantes

Photo: rédaction valaisanne de Voix d'Exils

Photo: rédaction valaisanne de Voix d’Exils

Compte-rendu du séminaire sur la transformation de la famille en contextes européen et musulman contemporains de l’Université de Fribourg

L’Institut de recherche et de conseil dans le domaine de la famille (IFF) de l’Université de Fribourg a organisé dernièrement un séminaire* sur la transformation de la famille en contextes européen et musulman contemporains. Objectif numéro 1 : soutenir les familles migrantes parfois déstabilisées par les changements sociaux qui traversent leur société d’accueil.

Le séminaire s’adressait principalement à des réfugiés ayant engagé ou complété un cycle d’études supérieures dans leurs pays d’origine et pouvant jouer un rôle de transmission auprès de leurs communautés. Plusieurs membres de la rédaction valaisanne de Voix d’Exils figuraient parmi les 25 participants de 17 nationalités différentes issues des cantons de Bienne, Berne, Fribourg, Vaud, Zurich et du Valais. Voici leurs échos ramenés de Fribourg.

La fin de la famille traditionnelle ?

L’évolution culturelle en Europe a complètement bouleversé la structure et l’image de la famille traditionnelle, qui a longtemps été basée sur la formation du couple, suivie de la célébration du mariage, puis de la mise au monde des enfants. Ce n’est plus le cas aujourd’hui car plus d’un enfant sur deux naît hors mariage. Certains enfants assistent même au mariage de leurs père et mère, ce qui constitue un choc culturel pour les familles migrantes provenant des pays où le poids des coutumes est encore important.

La mère au foyer : une figure sur le déclin 

Le modèle de la femme au foyer – caractéristique de la famille traditionnelle – devient plus marginal en Europe. Aujourd’hui, la femme mène de front une vie professionnelle tout en assurant ses responsabilités familiales. Par contre, la mère au foyer, principalement en charge des tâches ménagères, reste le modèle général de la famille migrante.

De nouvelles formes de vie familiale

Alors que la famille traditionnelle est sur le déclin, de nouvelles formes de vie conjugale et familiale voient le jour : les familles monoparentales et recomposées. Le divorce ou la séparation sont devenus aujourd’hui le mode de constitution le plus commun de la famille, alors qu’au début des années 1960, en Europe, une famille monoparentale sur deux résultait du décès d’un des conjoints. Les familles recomposées, c’est-à-dire comprenant un couple et au moins un enfant issu d’une autre union se multiplient sous l’effet des séparations et des remises en ménage. Ces nouveaux modèles familiaux augmentent également au sein de la communauté migrante, ce qui laisse de nombreux points d’interrogation sur l’évolution de cette tendance.

La rédaction valaisanne de Voix d’Exils

Commentaire

Les besoins sont clairs : il est nécessaire de préparer le terrain de l’intégration des familles migrantes dans leur nouvelle société. Ce type de séminaire propose une approche intéressante : en effet, une fois formés, les participants ont en mains les outils nécessaires pour faire le pont entre leurs communautés et le pays d’accueil. Un rôle de conseil et d’accompagnement qui portera certainement ses fruits.

La rédaction valaisanne de Voix d’Exils

*Transformations sociologiques et psychologiques de la famille en Europe organisé par les professeurs Dominik Schobi, Edouard Conte et Meinrad Perrez à l’Institut de recherche et de conseil dans le domaine de la famille à l’Université de Fribourg.

 

 

 

 

 

 

 




« Harraga »

Giulio Piscitelli ©

Giulio Piscitelli ©

Ou l’enfer des chemins de la migration

« Harraga » est un mot arabe (utilisé surtout en Algérie, en Tunisie et au Maroc) signifiant « ceux qui brûlent » ou, dans son contexte moderne, un migrant voyageant sans papiers qui « brûle les frontières ». Plus précisément, le terme se réfère aux réfugiés nord-africains qui ont été forcés de fuir leurs terres indigènes traversées par les guerres ou les famines.

« Harraga » est également le nom d’un nouveau livre du photojournaliste italien Giulio Piscitelli qui, de 2010 à 2015, a documenté la lutte pour la survie des réfugiés qui tentent de migrer d’Afrique en Europe. C’est un témoignage unique en images et en mots, de la période historique que nous vivons. Une archive visuelle qui laisse une marque indélébile dans l’esprit de tous ceux qui la voient.

Harraga

182 pages en anglais

Publié par : www.contrastobooks.com

au prix de 39 euros

 

H.Dono

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils




Dublin

Auteur: Giorgi, membre de la rédaction vaudoise de Voix d'Exils

Les accords de Dublin. Auteur: Giorgi, membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils.