Tout le reste peut attendre

Pixabay License.

Bienvenue Sabrina

Tu es venue sur terre le 31 mars 2019 : la fin de ton odyssée utérine et le début de cette drôle d’aventure qu’on appelle la Vie… Tu arrives dans un pays bizarre, l’un des plus riches du monde, où pourtant on peut mourir à petit feu de pauvreté, d’exclusion, de solitude. Tu sais, pour les personnes étrangères, il y a en plus des choses étonnantes, des histoires de procédures, de papiers, de permis. C’est compliqué et tellement insensé, ce serait presque risible si cela ne faisait pas autant souffrir tant de personnes, alors que la seule chose digne d’attention, c’est le cadeau de ta présence.

Tu es venue, désarmée, avec la force invincible des nouveau-nés : tes yeux limpides. Bienvenue. Le Monde a besoin de toi, de tes sourires étoilés, de ton énergie et de ton amour, pour aller mieux, pour emprunter les chemins du partage et de la paix.

Ta Maman est très courageuse. Elle a souvent écrit pour Voix d’Exils, mis son cœur sur la page blanche pour expliquer, batailler, convaincre et toucher ses lecteurs. Aujourd’hui, elle a mieux à faire puisqu’elle s’occupe de toi. Les autres membres de la rédaction valaisanne de Voix d’Exils prendront le relais et continueront de témoigner de la réalité de l’asile aujourd’hui en Suisse. Ce sont des histoires de grandes personnes. Tu t’y intéresseras plus tard.

Profite de ton jour numéro Un dans les bras de ta mère, de ton père et de ta grande soeur.

On t’embrasse tous.

 La rédaction valaisanne de Voix d’Exils

 




Après la mort des idées

La lumière au bout du tunnel. Pixabay License.

S’exprimer pour rester en vie

Afkar Altmbashi est Yéménite. Elle exerçait la profession d’avocate des droits humains dans son pays. Elle a dû fuir Al-Quaïda et est en attente d’un statut de réfugiée en Suisse. Elle a récemment rejoint l’équipe de la rédaction valaisanne de Voix d’Exils et raconte comment l’écriture peut être vécue comme une renaissance.

« J’étais sûre que la pensée et l’opinion ne meurent jamais, même si les corps meurent. J’ai beaucoup douté après ma demande d’asile en Suisse. La dépression s’était installée car je croyais que je n’aurai plus la liberté d’exprimer mon opinion, alors que j’ai toujours été une combattante des droits humains.

Puis j’ai eu la surprise d’être invitée à participer à Voix d’Exils pour exprimer mes idées. A ce moment-là, j’ai senti qu’après la mort des idées, il y a une nouvelle vie pour toutes les personnes requérantes d’asile qui peuvent, avec ce média, continuer à défendre leurs idées. »

Afkar Altmbashi

Membre de la rédaction valaisanne de Voix d’Exils




L’intégration et les rêves brisés

Kokob Mebrahtu (au centre). Photo: la rédaction valaisanne de Voix d’Exils

Construire sa vie sans savoir si on va rester

Je crois que chaque être humain naît et grandit avec un rêve à réaliser. Sans savoir s’il réussira, chacun doit se mettre en route pour un long chemin. L’espoir éclairera la route, avec la capacité de faire tout ce qui peut nous permettre d’atteindre notre objectif.

Comme migrante, je pense que c’est ce qui m’a maintenue en vie durant les jours les plus difficiles et dangereux de mon voyage vers l’Europe. Tout mon esprit était tendu dans l’unique but de sauver mon souffle pour pouvoir réaliser mon rêve de vivre comme une personne humaine, respectée.

L’immigration n’est pas un problème d’aujourd’hui ; elle a toujours existé. Chaque pays sur terre en a fait l’expérience, dans le passé ou de nos jours. Chacun sait à quel point il est difficile d’abandonner derrière soi son pays, sa famille, ses amis et les personnes qui parlent la même langue que vous.

Les raisons qui poussent à l’exil peuvent varier d’une personne à l’autre mais, fondamentalement, vous partez parce que vous devez sauver votre peau.

Quand j’ai quitté l’Érythrée en 2013, j’ai emporté dans mon cœur les morceaux brisés de mes rêves. Je vis maintenant en Valais, en Suisse. J’y ai fondé ma propre famille, entourée de nouvelles traditions et de nouvelles personnes. Des années ont passé dans l’attente d’une autorisation de séjour qui n’est toujours pas venue. Mais je suis vivante. Et parce que je suis vivante, j’ai des responsabilités : celle de m’intégrer et celle de prendre soin de mes rêves. Ils ont le pouvoir de nous tenir debout et font des miracles, où que l’on soit.

On entend chaque jour que le gouvernement investit des millions pour l’intégration ; malgré cela, bien peu de choses sont réalisées concrètement. Pourquoi ? Voici comment je me représente la situation d’un migrant qui vient d’arriver dans un environnement complètement nouveau. C’est comme être devant des portes closes et chercher une issue. Pour réussir, vous avez besoin que quelqu’un vous indique quelle est la première porte que vous devez ouvrir : vous avez besoin d’apprendre la langue du pays afin de comprendre les autres autour de vous. Cette information, c’est votre assistant social qui peut vous la donner. C’est la première chose que vous avez à réaliser, le plus solidement possible. Sinon, il n’y aura pas d’intégration, pas de rêves et vous resterez dans votre chambre sombre, seul, comme sur une autre planète. Le second message, c’est de commencer votre projet d’intégration, vous construirez non seulement votre avenir mais vous contribuerez à celui du pays qui vous a sauvé la vie. On vous donne ainsi une responsabilité. Le point suivant, c’est de ne pas décourager les migrants ni de les assommer avec des règlements et des lois.

Une des choses qui freine le plus l’intégration est la durée des procédures. Cela peut prendre trois ans avant de savoir si vous avez le droit ou non de rester en Suisse. Quand l’esprit est occupé par cette inquiétude, il est très difficile de se consacrer à l’intégration et construire son avenir.

Kokob Mebrahtu

Membre de la rédaction valaisanne de Voix d’Exils

Pour aller plus loin:

« Des procédures d’asile accélérées dès le 1er mars », article paru dans Voix d’Exils le 21.02.2019

« L’intégration commence chez soi » , article paru dans Voix d’Exils le 19.11.2018

« Je passe mon temps à manger pour dominer mes problèmes », article paru dans Voix d’Exils le 15.07.2011




Interview de Dick Marty

Dick Marty au Salon du livre romand 2019. Photo: Eddietaz / Voix d’Exils

Au Salon du livre romand

Ancien procureur général, parlementaire et magistrat chargé d’enquêtes internationales auprès du Conseil de l’Europe, Dick Marty s’est engagé dans toutes ses missions avec courage et sans concessions.

Il a travaillé en tant que rapporteur dans des dossiers sensibles au Kosovo, en Tchétchénie et sur les prisons secrètes de la CIA, mais aussi en Suisse dans son rôle de procureur sur des enquêtes difficiles liées au trafic de drogues et au terrorisme.

En 2018, lors d’une longue convalescence, Dick Marty décide de réunir ses souvenirs dans un livre au titre explicite :

« Une certaine idée de la justice ».

Dans ce récit, l’auteur ose dénoncer les implications de nos démocraties occidentales dans les conflits au Moyen-Orient et ailleurs. C’est aussi un livre émouvant qui relate ses rencontres avec des victimes d’injustices partout dans le monde. Car pour Dick Marty, il ne faut jamais perdre de vue les victimes a qui l’on doit reconnaissance et réparation.

Son livre se termine par un hommage dédié aux femmes courageuses qu’il a rencontré dans ses nombreuses missions : « Les femmes qui sauront bien mieux que nous avons su le faire, œuvrer pour un monde plus juste. »

Marie-France Hamou

Contributrice à Voix d’Exils

Interview de Dick Marty

Photos de Dick Marty au Salon du livre romand 2019

 

Dick Marty au Salon du livre romand 2019. Photo: Eddietaz / Voix d’Exils

 

Dick Marty au Salon du livre romand 2019. Photo: Eddietaz / Voix d’Exils

 

Dick Marty et la rédaction de Voix d’Exils au Salon du livre romand 2019. Photo: Eddietaz / Voix d’Exils

 




Le lac de Joux

Le Lac de Joux en hiver. Photo: MHER / Voix d’Exils

La plus grande patinoire naturelle d’Europe n’est pas (encore) gelée

Tout en faisant face aux réalités de la vie d’un migrant, je cherche naturellement des occasions de détente et de récupération. Heureusement, le canton de Vaud en a beaucoup : ses montagnes, ses vallées, ses lacs, ses rivières et sa nature. Ma destination en ce mois de février était la Vallée de Joux que je visite tous les étés et tous les hivers.

Située dans le massif du Jura, la Vallée de Joux offre des vues imprenables sur les montagnes environnantes, sur ses beaux villages et lacs. Le plus grand des lacs de la Vallée est le lac de Joux, situé à 1004 mètres d’altitude. Normalement, toute sa surface de 9,5 kilomètres carrés est complètement gelée en hiver, ce qui ressemble à un endroit sur une autre planète et ce que j’avais en tout cas trouvé les derniers hivers.

Donc, j’étais là pour faire mon « rituel » annuel : marcher sur le lac. Hélas, le lac n’était pas gelé ! Et cela pourrait être encore un autre signe triste du réchauffement climatique ! Il me restait à profiter de l’occasion pour me promener au bord du lac et prendre quelques photos des vues stupéfiantes que vous trouvez dans le photo-reportage au-dessous.

MHER

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils

Photo-reportage

Le Lac de Joux en hiver. Photo: MHER / Voix d’Exils

 

Le Lac de Joux en hiver. Photo: MHER / Voix d’Exils

 

Le lac de Joux en hiver. Photo: MHER / Voix d’Exils

 

La Vallée de Joux en hiver. Photo: MHER / Voix d’Exils