Formation, emploi, intégration

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Interview de Madame Anne Poffet, responsable du Bureau d’Insertion Professionnelle du Canton du Valais

 « Nous y arriverons »-« Wir schaffen das ». Tel fut l’engagement d’Angela Merkel, chancelière de la République allemande, quand elle ouvrit ses frontières, en septembre 2015, à près d’un million de réfugiés. Madame Anne Poffet, responsable du Bureau d’Insertion Professionnelle (BIP) à Sion, dans le Canton du Valais, exprime la même volonté de réussir, face à la rédaction valaisanne de Voix d’Exils venue à sa rencontre. Là s’arrête la comparaison. Car après, à chacune ses responsabilités et ses armes face aux hommes, au temps et à l’espace.

Voix d’Exils : Pouvez-vous nous présenter le BIP ?

Madame Anne Poffet : Le BIP est un bureau d’insertion professionnelle mis en place à l’intention des personnes relevant du droit d’asile en Valais. Nous sommes installés dans des bureaux au centre-ville de Sion depuis une année et demi, et regroupés en deux structures : le Service promotion de la Croix-Rouge Valais qui s’occupe des personnes avec un permis de réfugié F ou B et la plateforme emploi de l’Office de l’asile qui s’occupe des permis N ou F admission provisoire. Nous sommes six collaborateurs à plein temps pour aider et accompagner toutes ces personnes de l’asile à trouver du travail.

Photo: rédaction valaisanne de Voix d’Exils. Anne Poffet (deuxième depuis la gauche) entourée des rédactrices et rédacteurs de la rédaction valaisanne

VE : Quelles sont les opportunités offertes ici ?

A.P : Il y a des différences selon le permis que vous avez : pour les permis N, en premier emploi, il y a six domaines d’activités autorisés: la santé, l’agriculture, l’économie domestique, l’hôtellerie-restauration, la boucherie, et la boulangerie. Attention, il n’est pas possible de passer par une agence de travail temporaire pour un premier emploi. Le premier travail doit être une activité lucrative (le bénévolat ou la participation à un programme de formation ne sont pas pris en considération).

Les permis F, F réfugiés et B sont autorisés selon leurs compétences à exercer dans tous les domaines d’activité sans restriction.

Je tiens à signaler que chez nous, en Suisse et en Valais, 75% des embauches se font grâce au réseau. C’est pour ça qu’il est important de faire des stages, pour rencontrer des gens, se faire des contacts.

VE : Avec un CFC est-on sûr d’avoir un travail ?

A.P : Non, mais c’est une bonne clé. Le salaire sera plus élevé pour une personne qui a un CFC que pour une personne qui n’en a pas.

VE : Comment peut-on demander le soutien du BIP ?

A.P : La demande de soutien au BIP passe toujours par l’assistant(e) social(e). Ce dernier doit vérifier certains critères avant d’inscrire son client au BIP. Il doit notamment voir s’il y a des possibilités de garde d’enfants pour les familles monoparentales, vérifier que le niveau de langue est suffisant (minimum A2), que la personne n’a pas de problèmes de santé physique ou psychique empêchant l’exercice d’une activité lucrative et que la personne est motivée et proactive dans son insertion professionnelle

VE : Est-il possible de trouver du travail en dehors du canton, le BIP s’implique-t-il ?

A.P : Nous avons le mandat d’aider les personnes qui habitent en Valais et qui veulent travailler en Valais. Pour travailler à l’extérieur du canton, avec un permis B, les démarches seront plus faciles qu’avec un N. Dans tous les cas, les administrations cantonales sont impliquées et c’est le canton de l’employeur qui prend la décision finale; le BIP aidera le candidat à remplir les papiers nécessaires.

VE : Y a-t-il une limitation d’âge pour accéder à certaines formations ?

A.P : il n’y a pas de limitation d’âge. Il y aura toujours un niveau de maîtrise de la langue selon les études à entreprendre. On exigera au moins le niveau B1 pour le CFC. Pour l’Université : B1, B2, voire C1. La principale difficulté, pour une personne plus âgée, c’est de se rendre compte que les cours vont vite, et qu’elle sera assise sur les bancs aux côtés de personnes bien plus jeunes !

VE : Pouvez-vous nous parler de la collaboration entre le BIP et l’EVAM de Lausanne par rapport à la formation dans le domaine de la santé?

A.P : Oui, l’EVAM propose un Certificat d’auxiliaire de santé sur 6 mois spécialement pour les personnes migrantes. Jusqu’ici, deux ou trois places par session sont réservées aux candidats valaisans et, en échange, les Vaudois peuvent obtenir des places dans les formations en Valais, notamment dans l’agriculture.

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VE : Peut-on devenir son propre patron ?

Mme A.P : Pour les permis N, ce n’est pas possible en premier emploi. Et pour les permis F et B, il faut faire une demande spéciale accompagnée d’un business plan cohérent. qui sera soumise au Service Industrie, Commerce et Travail. Le futur entrepreneur ne recevra cependant pas d’argent du bureau ou de l’assistance, il doit investir son propre argent.

VE : Y a-t-il déjà un bilan de votre action ? Des statistiques ?

A.P : Il est difficile de parler du bilan du BIP. Il serait plus juste de parler du bilan global de tout l’Office de l’asile, car l’intégration professionnelle est une priorité actuellement. Tous les collaborateurs, qu’ils soient assistants sociaux, professeurs de français, responsables d’ateliers de formation sont, à leur mesure, des agents d’insertion. Mais voici quelques chiffres: 85% des personnes suivies par le BIP et la Croix-Rouge Valais ont été placées dans des entreprises pour des stages, et plusieurs ont trouvé un emploi fixe. C’est très encourageant.

Une grande partie de notre travail reste consacrée à informer les patrons et les employeurs potentiels – car certains ne connaissent pas toujours bien ce que nous faisons – afin de construire avec eux de solides liens de confiance.

Les efforts de l’équipe du BIP sont en train de changer les perspectives des requérants d’asile en Valais. Ce constat fait, il ne faut pas oublier qu’il répond à une demande fondamentale des requérants eux-mêmes : comme n’importe quel être humain, chacun a envie de se réaliser à travers un travail.

La rédaction valaisanne de Voix d’Exils

Ps: depuis notre entretien, la Confédération a fait passer l’aide à l’intégration des migrants de 6’000 CHF à 18 000 CHF par individu (réfugiés et admissions provisoires)




Le petit ange de la Ghouta

Source: https://www.alarabiya.net

Fragment de l’horreur de la guerre en Syrie
A quel point le sujet est déprimant, quand le stylo s’abstient d’écrire entre vos doigts. Et les mots vous échappent, quand vous en avez besoin. C’était mon sentiment quand je voulais raconter ce que j’avais vu à la télé. Un journaliste syrien interrogeait un petit garçon qui avait traversé la Ghouta assiégée, près de la ville Damas en Syrie. Ses vêtements étaient déchirés. Il était couvert de poussière : sa maison s’était effondrée suite à l’explosion d’un missile aveugle tiré par un pilote russe qui ne se souciait pas des enfants.Le journaliste lui posait beaucoup de questions, telles que : « Comment es-tu arrivé là ? Ta famille est où ? Peux-tu comprendre mes questions ? » L’enfant regardait vers le bas, ne répondait pas, et le journaliste déjà pensait que le garçon était muet. Ensuite, le garçon a levé ses yeux fatigués et a dit : « j’ai faim ».

Les quelques mots sortis de la bouche de cet ange m’ont fait beaucoup pleurer. Entre les larmes et la douleur, dans ma mémoire, je suis revenu dans le passé. Là, je me souviens lorsque j’étais assis à côté de mon père sur le balcon de notre maison. Puis, mon père décide d’ouvrir la boîte de ses souvenirs devant moi et dit :

« Quand j’étais jeune comme toi, mes amis et moi, nous avions voulu hisser le drapeau syrien au lieu du drapeau français (la France occupait notre pays à cette époque). Alors qu’on avait presque accompli cette aventure, un soldat français nous a vus. Nous avons fui rapidement, et les soldats nous pourchassaient. Ils étaient prêts à nous attraper quand nous sommes entrés un cimetière à proximité. Soudainement, les soldats se sont arrêtés à l’entrée. Ils ont entouré le lieu et sont restés là jusqu’au soir. Leur commandant a demandé à nos parents de nous convaincre de quitter le cimetière avant la tombée de la nuit. Les négociations avec les parents n’ont pas duré longtemps étant donné que nous étions des jeunes garçons et l’armée d’occupation avait de bonnes manières. »

C’est à ce stade que l’histoire de mon père se termine. Je reviens à la réalité. Heureusement pour mon père, il n’a pas entrepris son aventure héroïque à l’époque de Bachar et Poutine. Je pense au petit ange de la Ghouta. Ils ont tué toutes les belles choses que tu aimes, ils t’ont déraciné et ont enregistré ton nom dans le convoi de réfugiés qui ne finit jamais. Quant à moi, je veux écrire avec mes larmes sur la tombe de ta famille : « la neutralité dans la guerre entre les faibles et les forts n’est pas neutre mais est un soutien aux forts ».

Khaldoon HAWALEY 

Membre de la rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils

 

 

 




Enfants migrants et risques psychologiques

Photo: Eddietaz/ Voix d’Exils

Rencontre avec Bernard Hunziker, psychologue au Service Universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent du CHUV

Lorsqu’on parle de migration, on parle souvent de personnes adultes, de mineurs non accompagnés, mais très rarement des enfants migrants accompagnants leurs parents migrants. Quels sont les problèmes psychologiques que ces enfants qui ont grandi dans un pays d’accueil sans connaître leur pays d’origine peuvent rencontrer ? Pour en parler, nous accueillons Bernard Hunziker, psychologue et responsable pour les MNA au Service Universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent du CHUV. Une interview menée par Anush lors du Grand Direct de Radio Django du 16 mai 2018 à écouter ici.

La rédaction vaudoise de Voix d’Exils

Photos de l’événement signées Eddietaz / Voix d’Exils

Photo: Eddietaz/ Voix d’Exils

 

Photo: Eddietaz/ Voix d’Exils

 

Photo: Eddietaz/ Voix d’Exils

 

Photo: Eddietaz/ Voix d’Exils

 




Quel accès aux formations supérieures pour les requérants d’asile ?

Photo Eddietaz / Voix d’Exils.

Le projet Perspective-études de l’UNES

L’Union des étudiant-e-s de Suisse (l’UNES) a lancé le projet « Perspective-études » pour faciliter l’accès aux études supérieures des requérants d’asile en Suisse. Rencontre avec Giulia Stanchieri , membre du projet, sur Radio Django lors de l’émission du 27 mars dernier.

Pour écouter l’émission, cliquer ici

La rédaction vaudoise de Voix d’Exils




A mes héros

Photo: Eddietaz / Voix d’Exils

De la part d’un petit Suisse à qui les requérants donnent de belles leçons…

Mes chères Voix d’Exils,

N’y voyez par cette appellation aucune intention de ma part de vous réduire à un programme de l’EVAM. Au contraire, il s’agit de vous élever au rang de la représentation que je me fais de vous. Vous êtes les voix dont le monde a besoin : vous rédigez, filmez, parlez : vous créez des œuvres au nom de toutes les personnes sur les chemins de l’exil. Jour après jour, je vous côtoie et vous découvre. Sous un nouvel angle grâce à vous, je goûte à l’humour, parfois l’allégresse, tantôt la joie et parfois la tristesse. Mais avant tout, ce sont des personnes que je découvre, des héros malheureusement inconnus.

C’est la raison pour laquelle j’estime qu’il est temps à mon tour de m’ouvrir à vous, après maintenant plusieurs mois passés à vos côtés. Cette lettre est pour vous, faites-en l’usage que vous souhaitez. Ce sont mes remerciements, une humble contribution au travail que l’on abat ensemble.

Ma venue à l’EVAM se traduit par des ruptures. Une rupture avec un monde de représentations préfabriquées, une rupture avec une certaine perception des requérants d’asile, une rupture avec une interprétation prématurée de ce que vous vivez. Mes chères Voix, vous avez brisé les plus ridicules stéréotypes derrière lesquels la Suisse se cache ; par votre force et votre détermination, vous détruisez l’image de l’être profiteur et la remplacez par celle du travailleur. Vous m’avez convaincu de l’immense apport dont bénéficie cette société par votre présence ; vos contributions sur le site internet reçoivent moins du dixième de l’attention qu’elles méritent, et vous produisez, par pudeur ou humilité, moins de la moitié de ce que vous êtes capables d’exprimer. Finalement, vous m’avez ouvert les yeux et permis de relativiser. Votre situation parfois précaire, les difficultés que vous devez surmonter et les ressources que vous déployez rendent mes problèmes insignifiants, mes efforts dérisoires.

Ma venue à l’EVAM se traduit par des rencontres. J’ai rencontré des hommes et des femmes. J’ai rencontré des jeunes fougueux, de vieux sages, des personnes dans la force de l’âge. J’ai rencontré des personnes qui sont venues seules, d’autres entourées de proches. J’ai rencontré des journalistes, des enseignants, des scientifiques, des cadres, des artistes et j’en passe. J’ai rencontré des papiers qui vous sont remis et appelés permis ; ils prennent parfois une couleur blanche et plus rien n’est acquis. J’ai rencontré des amis, des connaissances et des inconnus. Mais derrière toutes ces étiquettes, j’ai avant tout rencontré des personnes, des êtres humains, et parmi les plus beaux et les plus forts qu’il m’a été donné de croiser. Les étiquettes doivent être arrachées et les masques tomber : vous êtes mes héros au quotidien.

Ma venue à l’EVAM se traduit par des émotions. Il existe sept émotions universelles et je pense être passé par toutes avec vous. La surprise m’a gagné lorsque vous m’avez fait part de bribes concernant votre passé. Jamais je ne m’attendais à rencontrer des gens aussi brillants que vous, jamais je n’imaginais les épreuves que vous avez traversées. J’ai connu le dégoût pour le traitement qu’il vous arrive de subir, et le mépris envers ceux qui vous l’infligent. Celui-ci s’est parfois transformé en colère lorsque j’étais dans un mauvais jour ou ressentais de profondes injustices. Puis d’autres fois, la tristesse prenait le dessus, je me sentais abattu et aussi utile que la plante verte sur la fenêtre : je donnais peut-être un petit sourire ou un peu d’oxygène, mais je restais décoratif. Cinq des émotions sont définitivement considérées comme négatives. La surprise peut aller dans les deux sens, selon l’interprétation qu’on en fait. La dernière est la seule définitivement positive et c’est celle que je partage le plus souvent avec vous mes chères Voix : la joie. Malgré vos difficultés, votre statut, vos circonstances de vie, vous trouvez toujours en vous la force de rire, l’envie de communiquer vos espoirs, et le désir de partager votre joie. Je le répète, vous êtes mes héros.

Ce texte se terminera par cet appel : mes chères Voix, mes héros, montrez-vous. Produisez, publiez et faites-vous entendre. Partagez vos expériences, aiguisez votre esprit critique, détruisez les représentations erronées des Suisses et faites taire les préjugés.

Merci pour tout.

K.