S’alimenter sainement et freiner l’exode rural au Togo

Photo: Eddietaz / Voix d’Exils

 Le dossier de la rédaction : les migrants entrepreneurs

Simone Ameko-Schneiter, une migrante togolaise du canton de Vaud, a créé sa société anonyme – Pure Natural Foods (PNF) – pour commercialiser en Suisse des produits d’alimentation biologique à base du souchet : un tubercule racine. Ses produits visent à répondre aux besoins de personnes qui apprécient une alimentation saine, de celles souffrant de différentes maladies ou encore des sportifs.

De nos jours, nous sommes de plus en plus conscients de l’influence que la nourriture peut avoir sur notre santé. Ceux qui préfèrent le mode de vie sain choisissent la nourriture saine. D’un autre côté, ceux qui ont des problèmes de santé ont déjà un choix limité de nourriture. La nourriture saine implique non seulement des aliments riches en nutriments, mais aussi la production biologique. Grâce à un étiquetage spécial, on peut trouver ce type de nourriture auprès des grands distributeurs. Ils sont également vendus dans les petits magasins spécialisés, dont l’un est situé dans un quartier calme de Renens, village situé dans l’ouest de Lausanne. Sa propriétaire – Simone Djatougbé Ameko-Schneiter – m’a raconté l’histoire du développement de son entreprise.

Simone Ameko-Schneiter

Madame Ameko-Schneiter, originaire du Togo, est en Suisse depuis 2004. Après une formation de cheffe de projets en relations internationales, elle a travaillé dans différentes organisations et entreprises, dont Nestlé. Passionnée par l’entrepreneuriat, Madame Ameko-Schneiter a aussi toujours été impliquée dans le développement des différents projets. Déjà en 2009, elle a lancé sa première entreprise au Togo en acquérant un domaine agricole pour y cultiver la cacahuète. Parallèlement, Madame Ameko-Schneiter a toujours songé à créer un projet agricole qui aurait autant d’importance en Suisse qu’en Afrique. Elle voulait répondre au besoin d’une alimentation saine en Suisse et, en même temps, participer à freiner l’exode rural au Togo.

L’idée s’est cristallisée en 2016, et l’entrepreneuse a créé sa deuxième entreprise en Suisse : Pure Natural Foods (PNF) avec sa marque de produits « Back to Roots ». Elle a financé son entreprise par ses propres ressources et par un emprunt bancaire pour acquérir l’équipement sans recevoir d’assistance de l’Etat ou d’autres organisations en Suisse. Madame Ameko-Schneiter se réfère à son intégration comme un facteur qui lui a permis de s’aventurer dans l’entrepreneuriat en Suisse. Son réseau relationnel lui a fourni les informations nécessaires au bon moment, ce qui a rendu les démarches au départ difficiles plus abordables.

 

Pure Natural Food et les produits « Back to Roots »

 

Photo: Eddietaz / Voix d’Exils

 

PNF est une société anonyme (SA), ce qui convient aux entreprises qui ont des besoins en capitaux élevés et où la responsabilité financière des actionnaires est limitée à leurs investissements. PNF loue ses installations et possède des machines de production, d’étiquetage et de réfrigération. Madame Ameko-Schneiter a une employée et envisage d’en engager d’autres dans les prochaines étapes du développement de l’entreprise. Sa famille proche et ses amis l’aident beaucoup dans le fonctionnement de PNF.

L’entreprise commercialise des produits à base du souchet. Mme Ameko-Schneiter est l’importateur et le distributeur exclusif de la gamme biologique des produits « Back to Roots » en Suisse. Sans conservateurs, sans gluten et sans lactose, ces produits se composent de souchet nature, la farine, les flocons, les snacks, l’huile, ainsi que la boisson « Horchata » produite par pression du souchet à froid dans les locaux de PNF. Cette boisson est un substitut au lait et aux boissons végétales.

Madame Ameko-Schneiter fait la promotion de ses produits en participant à des festivals et des foires, ainsi qu’en distribuant ses brochures. Les clients de PNF se composent de personnes cœliaques, intolérantes au lactose ou au gluten, de diabétiques, de sportifs, et de tous ceux qui préfèrent l’alimentation saine, en Suisse. Les entreprises et indépendants agro-alimentaires, la restauration spécialisée, et la restauration des milieux hospitaliers sont également intéressés par les produits de PNF pour les incorporer dans leurs propres produits.

 

Défis et projets

 

Photo: Eddietaz / Voix d’Exils

 

Madame Ameko-Schneiter fait face à un manque de financement couplé à un manquede main d’oeuvre, surtout dans le domaine de la recherche et du développement. Forte de persévérance et de volonté, elle fait presque tout le travail elle-même : du développement de la stratégie à la commercialisation. Afin d’y parvenir, elle a participé à des programmes de formation. De plus, l’entrepreneuse collabore avec Emotion Food Company à Lausanne et la Haute école spécialisée en Valais pour le développement de ses produits.

Madame Ameko-Schneiter prévoit le développement d’autres produits dérivés du souchet et la présence de toute la gamme dans les magasins, ainsi que l’éventuel élargissement de l’entreprise. Elle prévoit aussi la création d’un village écologique autosuffisant dans sa ferme au Togo : un ensemble de projets, y compris de formations.

MHER

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils




Tout miser sur son entreprise

Chiheb Benrich. Photo: rédaction vaudoise de Voix d’Exils

Le dossier de la rédaction : les migrants entrepreneurs

D’origine tunisienne, Chiheb Benrich est établi dans le canton de Vaud depuis 1998 où il a créé Pamir Prestations : une société de courtage de services financiers spécialisée dans les assurances. En tant qu’intermédiaire, la société offre les services des plusieurs compagnies financières et sert jusqu’à 10’000 clients en Suisse romande.

Le secteur des services financiers est très complexe et dynamique en Suisse. Particulièrement, dans le domaine des assurances, il existe une grande diversité en termes de prix et de couverture offerts par de nombreuses compagnies dans toutes les branches. Le choix du client dans une telle diversité est souvent facilité grâce aux courtiers qui vendent de nombreuses options d’assurances. Ces intermédiaires offrent à leurs clients la possibilité de comparer et de choisir ce qui convient le mieux à leurs besoins. J’ai eu la chance de rencontrer le Directeur de Pamir Prestations : Chiheb Benrich, à son bureau, où il m’a parlé de son parcours et de son métier.

D’employé à entrepreneur

M. Benrich est tunisien, en Suisse depuis 1998. Pour avoir de meilleures opportunités dans le pays d’accueil, il a étudié la sociologie de la communication à l’Université de Fribourg. Quand au travail après ses études, M. Benrich a gardé ses options ouvertes et s’est finalement retrouvé dans une entreprise de courtage d’assurances. Pour développer ses compétences dans le secteur des assurances, il a suivi des cours spécialisés parallèlement à son travail.

A travers des années de travail, M. Benrich a développé son intérêt fort pour le domaine du courtage de services financiers. Son expérience lui a permis de développer ses propres activités entrepreneuriales déjà en 2007. Et en 2010, M. Benrich a finalement lancé son entreprise de courtage d’assurances : Pamir Prestations. Il avait mis de l’argent de côté tout au long de son travail précédent, ce qu’il a utilisé pour financer sa start up. Il n’a jamais reçu d’assistance de l’Etat ou d’autres organisations.

A part son occupation entrepreneuriale, M. Benrich est aussi membre du Parti socialiste. Il est actif dans la vie politique et administrative de Chavannes-près-Renens, la commune dans le district de l’ouest lausannois où il habite avec sa famille. Elu par les citoyens pour la législature 2016-2021, comme tous les conseillers communaux de Chavannes-près-Renens, M. Benrich s’occupe de la gestion de la commune au niveau du budget et des comptes.

Pamir Prestations et ses services

Pamir Prestations (Pamir) est organisé sous la forme juridique d’une société à responsabilité limité (Sàrl) ce qui convient aux petites et moyennes entreprises où la responsabilité financière des personnes impliquées est limitée à leurs investissements (capital). L’entreprise est un intermédiaire d’assurance non lié à une compagnie d’assurance et est enregistrée auprès de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA).

Pamir loue des installations de bureau à Ecublens, une commune située dans le district de l’ouest lausannois. L’entreprise emploie entre 3 et 5 spécialistes en courtage d’assurances, dont un basé à Genève et un autre en Valais. M. Benrich collabore également avec un réseau de professionnels afin de fournir des services dans tous les autres domaines de la gestion financière.

Les clients de Pamir sont des privés et des entreprises de Suisse romande. Les offres générales pour tous les clients sont : les assurances et les conseils en prévoyance, ainsi que la gestion de dettes et les conseils pour le financement de différents projets. En outre, il y a les services liés à la déclaration d’impôt pour les clients privés ; et les services liés à la création, la fiscalité, la comptabilité et la gestion pour les entreprises.

Pour se faire connaître, l’entreprise distribue des flyers et fait sa promotion lors d’événements d’importance régionale. De plus, les bonnes relations de M. Benrich lui permettent de bénéficier d’un solide réseau d’apporteurs d’affaires.

Faire face aux défis et regarder au-delà

Être un joueur de taille modeste sur le terrain très concurrentiel de la finance constitue l’une des principales difficultés que M. Benrich a dû surmonter. Pour améliorer sa compétitivité, l’entreprise fait partie d’un regroupement de trois associés : des entreprises de courtage d’assurances. Les associés se rencontrent régulièrement pour définir leur stratégie commune. Notamment, ils négocient avec les compagnies d’assurances, décident des aspects de leurs offres et de leurs relations avec les clients, etc.

Pamir est au service d’environ 10’000 clients, dont 1’500 sont des fidèles. L’entreprise propose et conclut des contrats en représentant les principales compagnies d’assurances en Suisse. A l’avenir, M. Benrich poursuit l’ambition de développer davantage ses services de conseils financiers et de gestion fiduciaire.

MHER

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils

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Essayer jusqu’au succès

Photo: rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils

Le dossier de la rédaction: les migrants entrepreneurs

Les difficultés rencontrées en tant qu’étranger et le drame d’avoir perdu une jambe n’ont pas su venir à bout de l’espoir de Hassan.

Hassan Ibrahim Mohamad, d’origine kurde d’Irak, est né à Dhok dans une famille engagée en politique. Il a un frère et quatre sœurs. Quand il était enfant, il a perdu une jambe à cause d’une mine. Il a fait 6 ans d’école. Ensuite il a appris le métier de coiffeur chez son oncle. Puis il a dû quitter son pays pour des raisons politiques. Il vit à aujourd’hui à Neuchâtel depuis 14 ans où il a développé ses activités. Il parle 5 langues : le kurde, l’arabe, le turc, le français et l’allemand.

Nous l’avons rencontré dans son salon à Neuchâtel pour lui poser quelques questions sur son parcours.

Voix d’Exils : Depuis votre arrivée en Suisse, qu’avez-vous fait ?

Hassan Ibrahim Mohamad : Quand je suis arrivé en Suisse en 2003, je ne connaissais personne et je ne parlais pas le français. Après un séjour dans un premier centre en Suisse, j’ai été envoyé aux Verrières dans le canton Neuchâtel dans un centre de premier accueil. J’y suis resté 6 mois et on ne pouvait pas sortir à cause de la neige et des intempéries. J’ai demandé à mon assistant qu’il me prête une tondeuse en lui disant que j’étais coiffeur. A partir de ce moment, j’ai pu pratiquer mon métier gratuitement dans le centre pour passer le temps. Après j’ai été transféré à Corcelles dans un appartement. Quelques fois j’allais chez des amies pour leur faire une coupe de cheveux à prix réduit.

Comment vous est venue l’idée de devenir un coiffeur indépendant ?

J’ai réfléchi et j’ai constaté que j’avais les capacités et l’expérience pour améliorer ma situation. Au début, j’ai cherché sans succès jusqu’au moment où j’ai trouvé par hasard un fauteuil de coiffeur dans un petit local dans un magasin de vêtements à Neuchâtel et je l’ai loué. J’ai travaillé là et j’ai eu très vite beaucoup de clients. Après, grâce à mon meilleur ami Kamaran, j’ai trouvé un salon à la Chaux-de-Fonds que j’ai loué en 2007. À partir de ce moment je suis devenu indépendant. On a bien travaillé et on a eu beaucoup de clients et c’est ainsi que j’ai appris le français. En 2010, j’ai ouvert un nouveau salon à Neuchâtel mais, en 2011, comme j’étais fatigué par les déplacements, j’ai cédé le salon de la Chaux-de-Fonds à mon ami Jalal. Au début, j’avais trois fauteuils donc trois employés et maintenant j’en ai cinq et cette année j’ai ouvert une entreprise de déménagements et de nettoyages qui s’appelle SRL (NDLR : Grâce à ses succès dans ses activités, Hassan a pu embaucher neuf personnes : cinq coiffeurs et quatre déménageurs.)

Photo: rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils

 

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontré ?

Mon grand souci c’était de ne pas parler français et c’est pour cela que je ne trouvais pas de travail.

Quel est votre conseil pour les nouvelles personnes migrantes qui arrivent en Suisse ?

Premièrement, il faut savoir parler la langue du pays, c’est la clé qui ouvre toutes les portes du travail et qui montre nos capacités, et grâce à ça on peut s’intégrer dans la société Suisse.

Que pensez-vous de la Suisse ?

J’ai beaucoup voyagé en Europe mais c’est en Suisse que j’ai ressenti le plus de sécurité. La Suisse est un petit pays mais grand à l’intérieur. La Suisse a de très beaux paysages et elle a des habitants fidèles aux valeurs du pays.

Est-ce que vous avez déjà pensé à retourner dans votre pays d’origine ?

Au début j’ai réfléchi, et j’ai pensé repartir quand mon pays serai en paix mais j’ai deux enfants qui sont nés en Suisse. Quand je vais en vacances pour trois semaines dans mon pays d’origine, mes enfants demandent toujours : « Papa, quand est-ce qu’on rentre à la maison ? » La Suisse est leur pays.

Je considère moi aussi la Suisse comme mon pays, car elle m’a donné tous mes droits. Je resterai fidèle à la Suisse, je ne la laisserai jamais.

Revan Noori

Membre de la rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils




Ilona Sultanova : l’ambassadrice de la culture kirghize à Genève

Ilona Sultanova. Photo: Photo: Mayoke Photography http://mayoke-photography.com/

Ilona Sultanova. Photo: Mayoke Photography http://mayoke-photography.com/

Le dossier de la rédaction : les migrants entrepreneurs

Ilona Sultanova, une migrante à Genève, a créé son entreprise individuelle pour promouvoir et faciliter les échanges culturels entre son pays d’origine : le Kirghizstan et la Suisse. En cours de développement, ses activités comprennent la vente de produits traditionnels kirghizes, ainsi que l’organisation d’ événements et de voyages culturels.

En mai dernier, quelque chose de fascinant s’est passé dans un coin de la vielle ville de Genève : l’inauguration d’une boutique de produits textiles exotiques dans « Petit Palais », un institut de beauté. L’institut – spécialisé dans les services de soins de la peau et de beauté – a intégré la boutique en la considérant comme un atout précieux pour ses activités. L’équipe de l’institut, des femmes fabuleuses d’origines russe, polonaise, et suisse alémanique, ont proposé à leur nouvelle collègue Ilona Sultanova de se joindre à leurs efforts pour offrir des produits et des services diversifiés aux femmes. Dans l’atmosphère festive des collaboratrices chaleureuses de l’institut et leurs visiteuses, il y avait des conversations captivantes durant toute la journée. Les discussions portaient sur une variété de sujets : de la beauté et la mode, en passant par la culture et la migration. L’idée qui prévalait les échanges était que le monde se porterait mieux si les valeurs et la diversité des cultures de l’humanité étaient partagées par tous. Et ce jour-là, il y avait Mme Sultanova avec une grande expérience de partage de sa culture faisant le pas suivant dans sa mission.

Photo: Ilona Sultanova

Photo: Ilona Sultanova

Ilona Sultanova et Kyrgyzway

Originaire du Kirghizistan, Ilona Sultanova est en Suisse depuis 2000. Économiste de formation, elle s’est lancée dans l’aventure de l’entrepreneuriat en 2013. Son entreprise s’appelle Kyrgyzway. L’idée centrale de la mission de Kyrgyzway est de promouvoir et faciliter les échanges culturels dans un esprit de coopération et de solidarité. L’esprit d’entreprise est venu à Mme Sultanova par besoin d’autonomie, par la passion pour la créativité, et par l’opportunité d’avoir accès aux ressources spécifiques de la culture kyrgyze et à des marchés diversifiés. Avant de lancer son entreprise, elle avait déjà une expérience initiale dans la gestion de comptes et dans l’enseignement culturel. Elle avait travaillé dans une entreprise de gestion de fortune et avait déjà donné des cours de danse orientale. Ensuite, il s’agissait d’une évolution lente mais sûre du développement de ses produits et services à leur commercialisation.

Kyrgyzway est une entreprise individuelle: une forme juridique comprenant peu de règles et aucun capital de base minimum est nécessaire, ce qui convient pour le mieux aux activités de Mme Sultanova. Actuellement, elle n’a pas d’employés et, au besoin, elle collabore avec des partenaires pour gérer ses affaires. Ces partenaires et employés doivent être indépendants, intuitifs, confiants, joyeux et ouverts : ce sont les seuls critères d’engagement qu’elle applique. Elle loue aussi des installations pour organiser ses activités. Pour financer son entreprise, Mme Sultanova s’appuie sur ses propres ressources.

Les produits et les services de Kyrgyzway

L’entreprise propose trois lignes de produits et services : (1) les produits textiles modernes vendus à Genève et faits main au Kirghizstan selon des traditions ancestrales, y compris : des vêtements, écharpes, accessoires, décorations intérieures, etc ; (2) des événements culturels, artistiques, et des formations organisés à Genève et au Kirghizstan, y compris : des projections de films documentaires, conférences, expositions de photos, performances de danse, concerts avec la participation d’artistes suisses et kirghizes, cours et stages de développement personnel, etc ; et (3) Voyages touristiques culturels organisés au Kirghizstan et dans d’autres pays d’Asie centrale.

Mme Sultanova réalise la promotion commerciale de ses produits et services à travers des journées de vente dans divers marchés, des expositions, des publicités sur l’Internet et, évidemment le bouche-à-oreille. Ses clients sont variés. Ce sont majoritairement des femmes qui habitent la région genevoise pour les produits textiles et les cours, et l’ensemble marché européen s’agissant de ses offres d’événements et voyages culturels.

Photo: Ilona Sultanova

Photo: Ilona Sultanova

Faire face aux défis et regarder au-delà

Quant aux démarches administratives et juridiques, pour Mme Sultanova c’était relativement facile à se mettre à son compte à Genève. Mais, elle rencontre aussi des difficultés telles que faire connaître ses produits et services, le manque de revenus, et le manque à gagner. La confiance en soi et en la vie l’aident à surmonter ces défis. Se relever à chaque fois c’est ce qu’elle fait, et des modèles d’entrepreneurs qui réussissent la guident sur son chemin. Kyrgyzway n’a pas encore reçu d’aide d’organisations publiques ou autres. Mme Sultanova a reçu le soutien de femmes entrepreneures locales sous la forme de conseils, d’inspirations et de mise en relation avec un réseau de partenaires potentiels. Elle a aussi réussi à conclure des partenariats avec quelques entreprises commerciales ainsi que des services d’Etat, avec notamment le Ministère de la culture, de l’Information et du tourisme du Kirghizstan.

A ce jour, Mme Sultanova a réussi à vendre avec succès ses produits au niveau de la boutique. En quelques jours, tous les produits ont été écoulés et elle a dû passer des commandes plus important pour renflouer son stock. Elle a également réussi à développer un partenariat original avec les divers acteurs qui gravitent autour de son entreprise. Cette collaboration aide et soutient les femmes artistes créatrices de produits au Kirghizstan. Du côté de ses services, elle a obtenu des accès privilégiés à certaines infrastructures genevoises et kirghizes lui permettant d’organiser de nombreux événements ainsi que deux visites culturelles par an. Mme Sultanova envisage déjà les prochaines étapes du développement de Kyrgyzway : la création d’une marque de produits textiles faits main de qualité et de renom originaires du Kirghizstan et l’ouverture d’un bureau à Genève avec une salle d’exposition et un centre de méditation et de danse.

MHER

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils

 

 




Les facteurs qui favorisent l’entrepreneuriat des personnes migrantes

CC0 Public Domain

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Le dossier de la rédaction: les migrants entrepreneurs

La Suisse a une histoire séculaire et fascinante d’entrepreneurs migrants qui ont contribué profondément au développement de diverses industries importantes de l’économie du pays. Actuellement, un nombre croissant de migrants créent des entreprises en Suisse, et ce phénomène a besoin d’attention pour voir comment il se rapporte aux processus d’arrière-plan.

Différentes études réalisées ces dernières années montrent que les facteurs tels que : les droits accordés par les autorités suisses, la capacité de répondre aux besoins d’un groupe ethnique, l’intégration, les difficultés sur le marché du travail, la capacité de prendre des risques et les conditions dans le pays d’accueil, déterminent l’activité entrepreneuriale des migrants.

Le Dr. Etienne Piguet de l’Université de Neuchâtel aborde les différents aspects actuels du sujet dans son article Les Entrepreneurs Issus de la Migration en Suisse (pages 4-5). Il affirme que les entrepreneurs migrants contribuent toujours de manière significative à l’économie et aux emplois en Suisses après les décennies de ralentissement qui ont suivi la Seconde Guerre Mondiale. Et ce ralentissement était directement lié à l’insuffisance des titres de séjour accordés aux migrants.

En expliquant les motivations des migrants pour l’entrepreneuriat, Dr. Piguet distingue trois types de circonstances qui les conduisent à la création d’entreprises : la Spécificité, la Convergence, et le Désavantage. La Spécificité est à la base du « ethnic-business », c’est-à-dire que les produits ou les services de l’entreprise sont destinés à une clientèle d’une culture ou d’un groupe spécifique dans un réseau de solidarité. Cela semble intéressant mais reste insignifiant selon l’auteur. Parmi les trois facteurs mentionnés, la Convergence et le Désavantage sont les principaux à approfondir pour saisir l’entrepreneuriat des migrants.

La Convergence est le résultat de l’intégration des migrants qui graduellement disposent de plus de ressources et d’un meilleur statut. Ils ont alors les mêmes opportunités et sont aussi capables de créer des entreprises que les autochtones Suisses. Les similitudes entre les entrepreneurs migrants et suisses comprennent leur répartition par secteur d’activité, niveau de formation, âges et genres. Le Désavantage est par contre lié aux difficultés que rencontrent les migrants sur le marché du travail telles que la discrimination ou le manque de diplômes reconnus, qui les amènent à l’emploi indépendant. Ainsi, l’entrepreneuriat n’est pas toujours un choix délibéré car la proportion d’anciens chômeurs parmi les entrepreneurs est beaucoup plus élevée chez les migrants que chez les suisses.

Pierre Cormon d’Entreprise Romande, le journal bimensuel de la Fédération des Entreprises Romandes de Genève, dans son dossier Ces Étrangers Qui Créent des Entreprises en Suisse constate que depuis le début des années 2000, les migrants créent proportionnellement davantage d’entreprises que les Suisses: 9,1% des migrants de première génération et 8% des migrants de deuxième générations, respectivement, contre 5% des suisses en 2013. Et les migrants créent de plus en plus d’entreprises: 32,9% des nouvelles entreprises en 2013 contre 22% en 2000. M. Cormon soutient que les migrants sont plus entreprenants, car ils sont plus disposés à prendre des risques que les suisses qui préfèrent généralement le travail dépendant avec un salaire assuré. Et les entrepreneurs migrants prennent des risques dans une certaine mesure parce qu’ils rencontrent davantage de difficultés sur le marché du travail relativement plus souvent que les entrepreneurs suisses, comme déjà considéré ci-dessus.

L’auteur identifie deux autres ensembles de facteurs qui expliquent l’esprit entrepreneurial des migrants. Le Dynamisme et la Tolérance au Risque au-dessus de la moyenne sont les plus importants et généralement caractérisent les migrants qui surmontent des obstacles pour venir et s’établir dans un pays étranger. Cette sélection de ces capacités, également essentielles pour l’entrepreneuriat, devient éventuellement responsable de l’envie plus forte chez les migrants de créer une entreprise que chez les locaux du pays d’accueil. Finalement, les Conditions propices à la création d’entreprises dans ce pays offrent aux entrepreneurs migrants la possibilité et l’opportunité d’agir.

Pour résumer, il convient de noter que la Convergence, le Désavantage, et le Dynamisme et la Tolérance au Risque présentés ci-dessus sont les facteurs les plus importants qui expliquent l’esprit d’entreprise des migrants. Maintenant, nous pouvons avoir un regard plus détaillé sur les entrepreneurs migrants en Suisse qui ont réussi à développer une entreprise autour d’une idée et à surmonter les défis dans une série de portraits qui suivront cet article.

MHER

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils