Droit international et valeurs démocratiques ou pétrole?

Le chef de la commission d’une circonscription en Azerbaïjan explique à des électeurs âgés comment voter. Auteur: Carpeblogger /flicker.com.

La démocratie à intensité variable : le match Suisse Azerbaïdjan

En Azerbaïdjan, il n’y a pas de vrai processus électoral comme celui que j’ai pu observer dernièrement en Suisse. Tout est mensonge, tout est spectacle!

Le 19 octobre dernier, des élections ont eu lieu en Suisse. J’ai regardé de nombreuses interviews à la télévision ; j’ai lu beaucoup d’articles et d’informations dans les journaux et les médias en ligne. J’ai été témoin d’une véritable compétition électorale, d’une concurrence loyale, d’une campagne électorale progressiste.

Oui, j’ai assisté à un processus électoral normal. Mais…

Dans mon pays, ce processus électoral n’existe pas depuis des années et il n’y a vraiment pas d’élections comme en Suisse. Le gouvernement actuel de l’Azerbaïdjan a transformé le pays en un grand théâtre et les élections en grande représentation. Tout est mensonge, tout est spectacle. Les citoyens n’ont pas le choix. Bien entendu, la Constitution contient des dispositions sur le droit des citoyens de choisir leurs représentants et d’être élus. Mais le gouvernement ne respecte pas ses propres lois. De facto, les citoyens ont été privés de ces droits.

Depuis des années, le gouvernement manipule le vote et falsifie les élections. La violence policière est utilisée contre les personnes qui revendiquent leurs droits. Des centaines de personnes ont été arrêtées ou enlevées. Des milliers de personnes ont été victimes de violence et de vandalisme. Les prisons sont également des machines de torture, des dizaines de personnes y sont mortes. Les arrestations illégales et la torture sont les caractéristiques de tous les régimes autoritaires et des dictatures.

Tout cela se passe sous les yeux des grandes nations du monde qui parlent de valeurs démocratiques. Les pays démocratiques du monde ne font que regarder. Oui, ils regardent seulement, il n’y a pas de réaction appropriée. Après tout, les droits de l’homme sont violés de manière flagrante. Après tout, les institutions actuelles ne respectent pas les obligations internationales ni les normes du droit international et les droits de l’homme sont violés de manière flagrante. Face à cela, le monde démocratique reste silencieux.

La question qui se pose, c’est : pourquoi ce silence ?

L’Azerbaïdjan est un pays riche en champs de pétrole et de gaz. C’est l’un des principaux exportateurs d’énergie en Europe et dans le monde.

Peut-être que c’est la raison?

Non, c’est peut-être la réponse?

Samir Murad

Membre de la rédaction valaisanne de Voix d’Exils

 

 

 




La responsabilité du journaliste et de l’écrivain en Azerbaïdjan

Flikr.com (CC BY-NC-ND 2.0), Concours scolaires | Liberté d’expression / Dessin gagnant #3 / Collège Saint-Yves de Mordelles (35), 3ème Ouessant

Continuer à écrire pour protéger le monde

Être écrivain ou journaliste en Azerbaïdjan, ma chère patrie, est très dangereux. On peut vous emprisonner, j’en ai fait l’expérience personnellement.

En Azerbaijan, on peut vous tuer à cause de vos écrits, comme l’ont été le journaliste et rédacteur en chef Elmar Hüseynov tué en 2005 et l’écrivain et journaliste Rafig Tagi décédé quatre jours après une attaque à l’arme blanche dont il a été victime dans la nuit du 19 novembre 2011. L’arrestation ou l’emprisonnement devient alors une chance pour les survivants.

Mais que cela ne vous empêche pas de continuer à écrire. Parce que vous aimez votre patrie, parce que votre pays est malade et que ses douleurs sont vos douleurs. Si vous renoncez à parler et à écrire sur ces douleurs et ces problèmes, la maladie ne guérira jamais. C’est un axiome : les maladies cachées ne guérissent pas.

Dans des sociétés comme l’Azerbaïdjan, les autorités n’aiment pas la liberté de la presse, la dissidence et la vérité. C’est un deuxième axiome : tous les dictateurs, les corrompus et les fanatiques du monde sont des ennemis de la liberté d’expression, des idées différentes et de la vérité. Pour eux, l’ennemi doit être tué et anéanti.

L’écriture est un métier fait pour les gens courageux. L’écrivain ou journaliste est toujours dans l’opposition, offre des alternatives, cherche l’innovation.

Dans des pays comme l’Azerbaïdjan, les autorités n’apprécient jamais la nouveauté. Les dictateurs et les régimes autoritaires ne reconnaissent pas aux gens le droit de choisir. Pour eux, le citoyen est un esclave et un esclave n’a qu’un seul droit : celui d’obéir.

L’écriture est l’une des plus grandes découvertes de l’humanité. Croyez-moi, sans cette découverte, peut-être que la terre et l’humanité auraient été détruites. Réfléchissez : la presse, la littérature et les écrivains en général font la promotion des droits de l’homme, de la démocratie, de la liberté économique et de la paix. Ils le font dans un monde affligé par la corruption, des régimes autoritaires, des dictatures, des guerres… jusqu’à la menace d’armes nucléaires qui peuvent être mises en action à tout moment.

Les écrivains impartiaux et honnêtes s’engagent contre le mal et se placent à l’avant-garde de la lutte.

Les menaces de persécution, d’emprisonnement ou de mort sont autant de risques qu’ils acceptent consciemment. Et c’est l’une des vérités les plus indéniables du monde que l’humanité a grand besoin de tels sacrifices.

Le monde est notre maison. Il est du devoir de toute personne responsable de protéger le monde avec amour.

Samir Murad

Membre de la rédaction valaisanne de Voix d’Exils




Catastrophe nucléaire, exode et reconstruction

Monument de la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine commémorant la catastrophe survenue le 26 avril 1986. Auteur: Amort 1939 / Licence pixabay / pixabay.com

« Quand je vais à Tchernobyl, j’entends les oiseaux chanter ! »

Le 26 avril 1986, le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, explose lors d’essais techniques. L’accident provoque des radiations 400 fois plus élevées que celles libérées par la bombe nucléaire lancée sur Hiroshima, au Japon, en 1945. Quelques 350 000 personnes sont évacuées. Parmi elles, la jeune Natalia Omelchenko, 13 ans à l’époque. 33 ans après la catastrophe, elle a accepté d’accorder une interview à Voix d’Exils.

Alors qu’il s’agit de l’accident le plus grave de l’histoire de l’industrie nucléaire civile, l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) nie la gravité des faits, pendant plusieurs semaines, à sa population tout d’abord ainsi qu’à la communauté internationale. 1,5 million de personnes vivent alors dans les zones contaminées par l’explosion du réacteur 4 de la centrale de Tchernobyl.

Bien qu’il n’y ait pas de chiffres clairs, l’accident nucléaire aura un impact majeur sur la population de la région, tant sur le plan physique (mortalité, maladies) que psychologique (stress dû aux évacuations massives).

Malgré les fortes radiations, les habitants de la ville de Tchernobyl, dont Natalia Omelchenko et sa famille, ne seront évacués que plusieurs jours après le désastre. Aujourd’hui, Natalia vit à Bila Tserkva, ville du centre de l’Ukraine, située à 260 km de sa ville natale et de la Centrale nucléaire, elle est mariée et a deux filles adultes. Aujourd’hui, elle accepte de donner à Voix d’Exils son témoignage sur ce vécu douleureux.

Voix d’Exils : Natalia, quels sont vos souvenirs de ce jour-là ?

Natalia Omelchenko : C’était la nuit, je dormais. Soudain, je me suis réveillée à cause d’une explosion. Le matin, comme d’habitude, je suis allée à l’école et mes parents sont partis travailler. Personne ne nous disait rien.

Que s’est-il passé les jours suivants ?

J’ai continué d’aller à l’école pendant une semaine. Au fil du temps, mes camarades de classe étaient toujours plus nombreux à ne plus venir à l’école. Leurs parents les emmenaient hors de Tchernobyl. Ensuite, avec mon frère, nous sommes devenus les uniques enfants dans la ville. Je me souviens qu’il y avait des représentants des autorités locales qui passaient dans chaque maison, chaque logement. Ils distribuaient des pilules iodées et du lait à titre de protection contre les radiations.

Avez-vous ressenti quelque chose de bizarre au niveau de votre santé pendant ces jours-là ?

Lors de mon premier retour à Tchernobyl, 10 ans après la catastrophe, je me suis souvenu que j’avais une sensation bizarre dans la gorge, comme si je m’étouffais.

Quand avez-vous été évacués ?

Six jours après l’explosion, on nous a demandé d’aller à la gare routière pour prendre l’un des bus affrétés par les autorités pour se rendre dans une autre région. Ma mère m’a dit que nous partions pour trois jours seulement. Il était strictement interdit d’emporter des animaux. Notre chien nous a été confisqué. D’autres gens qui avaient des animaux, les enfermaient dans leur maison en croyant qu’ils les quittaient pour quelques jours. On peut seulement imaginer le destin de tous ces animaux…

Où vous êtes-vous rendus après avoir quitté Tchernobyl ?

On nous a amenés avec mes parents et mon frère à Borodianka. C’est une petite ville à une centaine de kilomètres de Tchernobyl. Les représentants des autorités visitaient chaque maison qui semblait inhabitée, ils cherchaient les propriétaires et leur demandaient s’ils pouvaient loger temporairement des réfugiés. Ensuite, en été, les autorités ont organisé des vacances à la mer à Odessa pendant 3-4 semaines pour les enfants de Tchernobyl. Nous avons dû nous séparer de nos vêtements et de nouveaux vêtements nous ont été offerts.

Avez-vous reçu de l’aide de l’État ?

Oui, l’État a donné aux familles exilées un appartement et de l’argent pour acheter des meubles et des vêtements.

33 ans se sont passés depuis la catastrophe, êtes-vous revenue à Tchernobyl et avez-vous la nostalgie de votre ville natale ?

Bien sûr, la première fois que j’y suis retournée, c’était 10 ans après la catastrophe. C’était très émouvant. Je ressens une très grande nostalgie lorsque je pense à ma ville natale. J’y retourne une fois par année pour visiter les tombes de mes proches. Je vais toujours voir notre maison avec le jardin envahi par les arbres et les mauvaises herbes. A chaque fois, mes souvenirs remontent, j’éprouve des émotions, des sentiments mitigés, bizarres, voir un malaise. Et les larmes me viennent toujours aux yeux.

Natalia Omelchenko devant sa maison à Tchernobyl. Auteur: Voix d’Exils

Connaissez-vous la sériée télévisée « Tchernobyl » qui est sortie récemment ?

Oui, j’ai même commencé à la regarder, mais j’ai abandonné très vite car je n’arrivais pas à supporter la douleur psychique que je ressentais à la vue de certaines images, surtout celles qui montrent des animaux, des chiens, des chats qui sont abattus.

Savez-vous que la zone d’exclusion de Tchernobyl bat actuellement tous les records de visites touristiques ? Que vous inspire ce type de tourisme ?

Je le prends de façon tout à fait positive. L’entrée dans la zone d’exclusion coûtait environ 35 francs suisses par personne, mais après la sortie de la série Tchernobyl ça doit sûrement coûter plus cher… Il y a des guides qui s’occupent des touristes. Dans la ville de Tchernobyl, il y a même des auberges où on peut se restaurer et dormir.

Quand vous allez à Tchernobyl, vous n’avez pas peur des radiations ?

Non, pas du tout, et puis les radiations ne couvrent pas toute la région de façon uniforme. Il y a des taches radioactives ici et là. La végétation est abondante. Il n’y a pas de voitures ni d’usines polluantes. L’air est pur. Des oiseaux chantent. A Bila Tserkva, la ville où j’habite aujourd’hui, j’ai souvent mal à la tête, mais à Tchernobyl, jamais.

Cette catastrophe a-t-elle eu un impact sur votre santé ?

Bien sûr, j’ai notamment des problèmes avec mes os et ma colonne vertébrale.

Merci beaucoup, Natalia, pour cet entretien très intéressant. Pour conclure, on peut donc affirmer que la vie continue, malgré tout, après une telle catastrophe ?

Tout à fait ! Merci beaucoup à vous aussi.

L’état actuel de la maison de Natalia Omelchenko à Tchernobyl avec le jardin envahi par les arbres et les mauvaises herbes. Auteur: Voix d’Exils

Valmar

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils




« Si j’ai quitté mon pays, c’est pour parler librement »

Jamal Bugti, membre de la rédaction valaisanne de Voix d’Exils. Photo: Voix d’Exils

Portrait de Jamal Bugti, rédacteur de Voix d’Exils

Les lecteurs et lectrices fidèles de Voix d’Exils ont probablement repéré sa signature au bas d’articles vibrants consacrés au Baloutchistan et aux violations des droits de l’homme au Pakistan. Madeline Heiniger, du Journal du Centre Suisses-Immigrés à Sion, sensible à son engagement politique, a eu l’excellente idée de lui consacrer récemment un portrait, qui a été publié dans le numéro 22 du journal paru en hiver 2018, que nous reprenons ci-dessous.

Mme Madeline Heiniger : Jamal Bugti, pouvez-vous vous présenter?

Jamal Bugti : Je viens du Baloutchistan, l’une des quatre provinces du Pakistan. Je suis en Suisse depuis 2012 et j’ai reçu un permis F qualité réfugié en juillet 2018. Toute ma famille est aujourd’hui en Afghanistan: ma femme et nos trois enfants qui ont entre douze et cinq ans, mes parents, mes frères. Ils ont été reconnus comme réfugiés par l’UNHCR, et ils pourront venir en Suisse si ce pays les accepte. Pour le moment, c’est encore difficile de les recevoir ici. Il faudrait un appartement assez grand, un travail.

Mme M.H : Quels problèmes avez-vous rencontrés dans votre pays?

J.B. : Nous avons quitté le Pakistan en raison de problèmes politiques. Je suis parti seul pour la Suisse, parce que j’étais pauvre et qu’il y avait trop de dangers pour emmener toute la famille. Ma femme était enceinte quand j’ai dû fuir. La petite ne m’a jamais vu, je lui parle au téléphone. Le Baloutchistan est une région très riche en ressources naturelles comme le gaz naturel, le charbon, etc. mais le gouvernement s’en saisit et la province reste très pauvre. On manque d’écoles, d’hôpitaux… Je faisais partie d’un mouvement qui demande l’indépendance et un retour des richesses naturelles pour la population. Mais l’armée a été envoyée, elle prend les hommes qui luttent contre le gouvernement et les fait disparaître. On retrouve parfois les corps. Notre tribu avait des revendications, mais l’armée force les gens au silence et ceux qui parlent disparaissent.

Mme M.H: Vous pourriez être tranquille, ici en Suisse, mais vous continuez votre combat politique…

J.B: Je lutte encore depuis la Suisse, bien sûr. Je participe à des manifestations à Genève, nous allons devant les Nations Unies, j’utilise Facebook. Je suis très engagé. Non… je ne peux pas être tranquille, ici, sachant ma famille là-bas. Je suis humain, j’ai le cœur avec ma femme et mes enfants, ma famille. Je vois aussi sur Facebook ce qui se passe là-bas. Les femmes manifestent dans la rue contre le gouvernement parce que leurs maris ont disparu. Ici, les médias n’en parlent pas. J’ai beaucoup d’amis là-bas et je vois leurs photos sur les réseaux sociaux. Je ne prends plus contact avec eux: comme je prends part à des manifestations ici, ce serait dangereux pour eux. Jamal Bugti montre une photo de femmes manifestant dans la rue au Baloutchistan, ainsi qu’une autre qui le touche beaucoup: c’est une fillette au regard réprobateur qui porte contre elle la photo de son papa disparu. Quand je vois ces photos, ça me touche. Si je restais tranquille ici, tout ce que je vis là ne servirait à rien. Si j’ai quitté mon pays, c’est pour pouvoir parler librement, manifester, m’adresser à l’ONU. Là-bas, je devais rester silencieux, je suis ici pour lutter. Quand ma femme et mes enfants seront ici, je pourrai être un peu tranquille. Mes frères peuvent s’occuper de mes parents. Mais ma femme et mes enfants, c’est ma responsabilité. Et la vie est difficile pour eux.

Mme M.H. : Il vous arrive de regretter d’être parti?

J.B. : Oui, parfois. Je ne savais pas que ça allait durer comme ça. Je pensais que la séparation pourrait durer, peut-être deux ans, mais pas si longtemps. J’ai fait recours pour obtenir un permis B. Mon fils me dit au téléphone: c’est quand qu’on vient chez toi, papa?

Madeline Heiniger

Article paru dans le journal du Centre Suisses-Immigrés

Pour approfondir le sujet:

Réfugiés politiques, article paru initialement dans le numéro 22 du journal du Centre Suisses-Immigrés en hiver 2018

Une révolte méconnue, article paru dans Voix d’Exils le 24 janvier 2018

Les disparitions forcées, article paru dans Voix d’Exils le 15 novembre 2018

«Nous existons pour aider les migrants à faire usage de leurs droits», article paru dans Voix d’Exils le 6 janvier 2015

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زارع الأمل

Père Frans van der Lugt. source : Facebook / Couvent des pères Jésuites

الأب فرانس فان دِر لُوخت (١٩٣٨-٢٠١٤)

يصادف اليوم السابع من نيسان / أبريل ٢٠١٨ مع الذكرى السنوية الرابعة لاغتيال الأب فرانس فان دِر لُوخت Frans van der Lugt ، الكاهن اليسوعي الهولندي الأصل البالغ من العمر ٧٥ عاما, والذي كرّس أكثر من ٥٠ عاما من حياته لخدمة الشعب السوري. ولِد فرانس في هولندا في عام ١٩٣٨ في أسرة ثريّة من المصرفيين. دَرَس اللاهوت والفلسفة والعلاج النفسي واللغة العربية، ثم انتقل إلى سوريا في عام ١٩٦٦ ليعيش هناك بقية حياته.

قُتِلَ الأب فرانس بوحشّية من قبل رجل مسلح مُلثّم في ٧ نيسان / أبريل ٢٠١٤ صباحاً, في دار الآباء اليسوعيين بحي بستان الديوان، في حمص- سوريا.

الحصار

عندما اندلعت الحرب في البلاد في آذار / مارس ٢٠١١، وقعت مدينة حمص القديمة, بما في ذلك الحي المسيحي في بستان الديوان حيث يقع دار الآباء اليسوعيين , في أيدي المتمردين الإسلاميين , ولكن سرعان ما حوصرت من قبل الجيش السوري.

اختار الأب فرانس البقاء في المنطقة المحاصرة الواقعة تحت القصف المتبادل اليومي ونيران القناصة، ليتقاسم معاناة ومحنة المسيحيين والمسلمين على السواء. يقول فرانس: « حبّيت الشعب السوري كتير.. شاركتو بأشيا جميلة وتلقيت من فيض الشعب. هلا بنشوف انه هل الشعب عم يتعذب .. بحب اكون معه حتى نحضر مع بعضنا المخاض والعبور والولادة الجديدة « .

خلال الحصار الرهيب الذي دام ٣ سنوات حتى أيار/ مايو٢٠١٤, مُنعت جميع الإمدادات والمساعدات، ولم يُسمح للأشخاص بالدخول أو الخروج. كان فرانس يجوبُ شوارع وأزقة الجَيب المُحاصر على دراجته أو سيراً على الأقدام محاولاً الوصول إلى المصابين، والمرضى والذين كانوا يعانون من صدمات نفسية ليقدم لهم الدعم، المشورة النفسية وبعض الخبز والزيتون والبرغل، إذا ما أمكن توفيرها.

قام الأب فرانس بإيواء العائلات النازحة من مسلمين ومسيحيين التي هجّرهم القصف والدمار في دار الآباء اليسوعيين، وسجّل عددا من أشرطة الفيديو يطالب المجتمع الدولي بمعالجة المأساة الإنسانية في المنطقة المحاصرة بشكل عاجل. يقول الأب هلال « لقد أصبح دار الآباء اليسوعيين مركزاً للمصالحة بفضل الأب فرانس ».

شافعة الرفاعي، أمٌ مسلمة نازحة وَجدتْ ملجأً مع أطفالها في دار اليسوعيين, أفادت لوكالة فرانس برس:  » كان يُزوّدنا بالمواد الغذائية وحليب الأطفال ويُقيم أنشطة للأطفال ويقدم لهم الحلويات والهدايا … ».  أفاد رجل آخر لمراسل صحيفة ديلي ستار « أخذ الأب فرانس والدي المريض على دراجته إلى المشفى الميداني على الرغم من القصف » . لم يُميَز فرانس مطلقاً بين الأديان: «أنا لا أرى مسلمين أو مسيحيين، أرى قبل كل شيء بشراً  «

الطبيب النفسي والمُمارِس المتمرس لرياضة اليوغا والزن « التأمل البوذي »

قبل سنوات من بداية هذه الحرب المُروعة، مئات من الناس من حمص وأماكن أخرى في سوريا كانوا يأتون إلى دار اليسوعيين في بستان الديوان طلباً للمساعدة والمشورة. « كطبيب نفسي ومُمارِس مُتمرس للرياضات الروحية, ساعد أبونا فرانس المئات, لم يسبق له أن رفض أحداً », يقول عبد المسيح, طبيب نفسي من أصل سوري يعيش في لوزان, سويسرا، مضيفاً : » لقد شاركتُ ولمدة سنوات في مختلف أنشطته الشبابية. كنت مندهشاً كيف كان بمقدوره أن يجد دائما الوقت الكافي ليُصْغي بصبرٍ وتأنٍ إلى الجميع على الرغم من جدول أعماله المكتّظ جداً. ربما كان ينام ساعتين أو ثلاث ساعات يومياً. كان رجل دين استثنائي بكل معنى الكلمة! »

المسير « إلى الأمام »

كان فرانس يعشقُ سوريا. في عام ١٩٨١ نظّم أول مَسير أو رحلة على الأقدام كما كان يسميها أحياناً. كان يتم المَسير في الصيف أو في الشتاء، عبر الصحراء السورية والمناطق الجبلية والريفية، ويستمر ثمانية أيام في السنة. كان الهدف منه اكتشاف جمال الطبيعة السورية وعيش تجربة لا تُنسى من المشاركة والتضامن. يقول الأب فرانس » في نهاية كل مسير بنكتشف إنو مافي حدا ما بينحب« . لمدة ثلاثين عاماً متتالية، قاد المُشاركين في المسير عبر الطرقات الوعرة مردداً شعاره المعروف والمحبوب « إلى الأمام ». شارك في هذه الفعالية آلاف الشبان من جميع الأديان ومن كل أنحاء سوريا. كان يبدو, وهو في سن متقدمة, أكثر حيوية ونشاط من الشباب. المشاركون في المسير كانوا يستمدون منه القوة والقُدرة على التحمّل.  » أبونا فرانس كان مرشداً روحياً وأباً للجميع » تقول مروة، شابة من سكان بستان الديوان لغاية عام ٢٠١١، تعيش حالياً في فيينا، النمسا.

الأرض

في عام ١٩٩١، شارك الأب فرانس في تأسيس مشروع الأرض، على مساحة ٢٣ هكتار من الأراضي الزراعية في ضواحي حمص على صلة بالقرى المسيحيّة والإسلاميّة المجاورة. مشروعٌ ضخم غير مسبوق للتنمية الريفية والاجتماعية يهدف إلى إعادة تأهيل الأشخاص ذوي الإعاقة العقلية، ومكافحة نزوح السكان من الريف والهجرة، فضلا عن توفير مكان كملاذ روحي للحوار بين الأديان (انظر الفيديو أعلاه). الاسم نفسه ذات مغزى « الأرض »، فهو يؤكد على ارتباط الإنسان بالأرض والبيئة كعامل موحد للجميع دون تمييز.

زارِع الأمل

في مجتمع مُنقسم عرقياً ودينياً، ساعد الأب فرانس على بناء الجسور وإيجاد أسس مشتركة تقوم على القيم الإنسانية. تقول مُنتهى التي شاركت ولفترة طويلة في نشاطات فرانس المتعددة ، وتعيش حالياً في لوزان: « كان نموذجاً مختلفاً من رجال الدين, متواضع، مثقف وغير نمطي. أحبّ مرافقة الناس العاديين وتكلمَ لغتهم, « العربية العامية ». كان لديه الشجاعة لفتح النوافذ والسماح للهواء النقي بالدخول! لهذا السبب كان محبوب جداً من قبل الشباب ».

دمّرتْ الحرب جميع مشاريع فرانس ولكنها لم تُدمِّر أبداً إيمانه وتفانيه لخدمة الشعب السوري. كان قد توصل إلى سلام مع نفسه ومع الله, وبقي صادقاً لدعوته في مساعدة المحتاجين وبناء جسور المصالحة والسلام.

البذور التي زرعها رُبّما تستغرق وقتاً طويلاً لتنمو في بلدٍ مزقته ٧ سنوات حربٍ مروعة وأعمال عنفٍ وكراهية . مع ذلك, فإن الكثير منها قد نمت بالفعل في أوروبا )انظر الفيديو المرفق حول مسير فرانس في هولندا,( وسوريا وفي أنحاء أخرى من العالم، كما هو الحال مع منتهى، وعبد المسيح، وشافعة ومع مروة ,التي اختتمت شهادتها بتأثُرٍ بالغ : « أبونا فرانس مصدر إلهامي وسبب اندماجي هنا في النمسا. هو مَن جعلني ما أنا عليه الآن! »

هايرنيك دونو

http://www.bbc.com/news/magazine-27155474

Informations

La version française de l’article: Le semeur d’espoir publié le 28 mars 2017 dans Voix d’Exils

The English version of the article The hope giver published on the 3th of April 2017