600’000 Syriens rentrent en Syrie

le long tunnel symbolisant le retour de l’exil vers un horizon inconnu (license creative commons, CC0 1.0 universel)

600’000 Syriens déplacés sont rentrés chez eux pour retrouver leur habitat, ou ce qu’il en reste

Qu’est-ce qui pousse des personnes déplacées, arrachées de force à leur terre d’origine, à rentrer chez elles, alors que la guerre sévit encore et que ruines et désolation les attendent ?

Entre janvier et juillet 2017, environ 600 000 réfugiés Syriens déplacés sont rentrés chez eux, indique un rapport publié par l’Organisation internationale pour les migrations (l’OIM). Selon le rapport, 93% des rapatriés ont été déplacés à l’intérieur du pays et les 7% restants sont revenus de Turquie, du Liban, de la Jordanie et d’Irak. Les chiffres estimés montrent les éléments suivants :

405 420 personnes sont retournés au gouvernorat d’Alep.

27 620 au gouvernorat d’Idleb

75 209 au gouvernorat de Hama

45 300 au gouvernorat d’Ar-Raqqa

21 346 au gouvernorat rural de Damas

27 861 à d’autres gouvernorats

D’autre part, il y a toujours un pourcentage élevé de déplacements. Au cours du premier semestre de l’année 2017, environ 800 000 personnes ont été déplacées pour la deuxième ou troisième fois. Cependant, cette tendance, selon le rapport, ne peut être considérée dans le cadre d’une solution durable dans le pays.

Source : https://www.iom.int/fr/news/plus-de-600-000-syriens-deplaces-sont-rentres-chez-eux-dans-les-sept-premiers-mois-de-2017

Commentaire

« Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent. » Jean-Paul Sartre

Je ne sais pas si cette nouvelle est encourageante, mais en tant que Syrien, je sais avec certitude que les Syriens, en particulier les réfugiés, déplacés à l’intérieur et à l’extérieur, sont fatigués de ce cercle vicieux, de cette guerre qui est entrée dans sa septième année et qui a dévasté tout aspect humain. Ils ont perdu confiance en tout et tout le monde.

Trahis par la communauté internationale, abusés par les politiciens et les passeurs et exploités par la propagande sale de la guerre de toutes les parties belligérantes, ces Syriens, fiers et ingénieux, préfèrent vivre ou mourir dans les ruines de leurs maisons démolies plutôt que de supporter plus d’humiliation et d’exploitation.

Hayrenik Dono

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils




La guerre s’éternise en Afghanistan

« Il n’y a pas de paix dans la fuite ! » Auteur: Rahmat GUL

Jeudi 31 août, le secrétaire à la Défense américain Jim Mattis annonce l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan. Aux 11’000 militaires déjà présents s’ajouteraient 3900 soldats afin de « permettre aux forces afghanes de combattre plus efficacement ». Mais combattre quoi précisément ?

L’Afghanistan est un pays d’une grande importance stratégique, entouré par les pays d’Asie centrale, de l’Iran, du Pakistan et de la Chine. Il a été ravagé par la guerre durant près de quatre décennies. C’est une zone de convergence d’intérêt des superpuissances mondiales qui y interviennent pour leurs objectifs stratégiques. Les Russes l’ont d’abord envahi au début des années 1970, ce qui a causé 1,5 million de morts et 1,3 million de blessés et les Américains leur ont succédé avec leurs alliés et y ont « lutté » contre le terrorisme pendant les treize dernières années sans résultats tangibles.

Des espions étrangers érigés en gouvernants

Le seul moyen d’envahir un pays, c’est de corrompre les principales composantes de sa société: les communautés politiques, religieuses, sociales et économiques. L’Afghanistan est gangrené par les mêmes maux depuis plus de 40 ans. Les Russes ont établi et soutenu différents partis politiques et les ont ensuite utilisés pour gouverner le pays conformément à leurs intérêts. Pour les chasser, les Américains ont dû créer une armée de guerriers connue sous le nom de « guerriers gorilles », aussi appelés les Moujahidines. Les dirigeants religieux et les prédicateurs islamiques ont été repérés et choisis comme chefs des sept groupes armés qui se sont combattus. Ils ont été soutenus en permanence, directement ou indirectement, par les Américains et leurs alliés de l’OTAN dans le but de se faire une guerre dont l’objectif final leur est inconnu.

Une éducation qui se cherche

Sous la présidence de Sardar Mohammad Daud Khan, l’Afghanistan était très connu pour son rapide taux de croissance économique et son haut niveau d’éducation. Comme le système éducatif était capable d’absorber plus d’étudiants que les besoins de la population locale, les gens des pays voisins venaient à l’université de Kaboul pour suivre une  formation supérieure. Mais, malheureusement, avec les interventions des forces étrangères, le système s’est affaibli. À l’arrivée des Moujahidines, les écoles mixtes n’étaient plus autorisées. Les filles et les femmes allaient à l’école couvertes d’une burka. Avec le régime des Talibans, c’est devenu pire, la scolarisation des filles et des femmes a été totalement interdite. Depuis que Karzai a accédé au pouvoir, le système scolaire s’est beaucoup amélioré et maintenant 38% de la population a accès à l’enseignement secondaire et supérieur.

Absence d’état de droit et taux élevé de corruption

Dans un pays où coexistent 45 alliances étrangères soutenant le développement d’un pays en conflit, l’afflux de milliards de dollars pour une nation désespérée était indigeste. Ce qui rendait la plupart des membres du gouvernement, des députés, des dirigeants politiques, des juges, des responsables de la police peu motivés par la mise en œuvre et le soutien de l’Etat de droit. Tout en approuvant l’afflux en masse et en vrac de dollars, ils ont promu la culture de la corruption jusqu’à faire oublier aux Afghans la monnaie locale (l’Afghani). Par conséquence, les personnes qui ont eu accès à cette manne sont très vite devenues riches. Alors que les couches moyennes et pauvres n’ont eu d’autres choix que de participer, en spectatrices, au meurtre de leurs droits. Ils voient les gratte-ciels de luxe des chasseurs de dollars pousser comme des champignons.

Le travail des mineurs devient la normalité

Vu que la guerre continue dans le pays, les infrastructures, les systèmes éducatifs, judiciaires et de défense ont été complètement détruits. Beaucoup de chefs de famille ont été tués ou handicapés à vie, ce qui a eu pour conséquence l’explosion du travail des enfants. La misère et les ravages de la guerre qui ont fait une trentaine de millions de victimes expliquent le travail des enfants est accepté et même très demandé parce qu’il coûte moins cher. Les enfants sont actifs dans le lavage de voitures, la boulangerie, la boucherie, la couture, la construction, les travaux mécaniques etc…

De bas salaires et un taux de chômage élevé

Aujourd’hui en Afghanistan, toute la population n’a pas accès aux emplois publics parce que les postes disponibles sont vendus ou attribués par les clans plutôt que par compétence et niveau d’éducation. Le salaire minimum se situe autour de 3’000 Afghani (50$) à 10’000 Afghani (166$) alors que le coût de la vie est élevé. Ce qui pousse certains employés du gouvernement à entrer dans le système de corruption. Dans ce contexte, les jeunes diplômés ne trouvent pas l’occasion de gagner leur vie et fuient le pays ou se suicident. La population analphabète se joint aux Talibans ou Daesh parce que ceux-ci paient 10’000 Afghani par mois pour faire le Jihad.

L’émergence de nouveaux groupes terroristes : les Talibans et Daesh

L’invasion des Talibans et de Daesh est la principale menace pour la nation Afghane. Les Américains et leurs alliés ont échoués dans leur guerre en Irak et en Afghanistan. Ils justifient leur présence par le soutien à l’armée afghane dans la région. Cependant, ils visent uniquement la réalisation de leurs objectifs stratégiques initiés il y a plus de 50 ans. Ils ont établi, formé et soutenu les Taliban et Daesh par l’intermédiaire de l’agence ISI du Pakistan et les leaders Arabes. Tout en faisant semblant de les combattre en apparence. Le plus étonnant, c’est que les gens qui servent les deux groupes ne connaissent ni l’islam, ni le Coran et encore moins la prière. Par contre, ils croient que s’ils tuent d’autres personnes, ils entreront au paradis, ce qui est purement non Islamique et non humanitaire. Un verset du Coran dit : « Lorsque tu tues un innocent c’est comme si tu as tué toute l’humanité ».

La rédaction valaisanne de Voix d’Exils

Principale source:

Le Huffington Post




Séparation… Mot familier et tragique pour les exilés

CC0 Creative Commons

CC0 Creative Commons

Le témoignage émouvant d’une femme Afghane

Il n’est pas rare que des familles soient séparées sur le chemin de la migration. Des souffrances supplémentaires se greffent alors sur une situation déjà difficile. Une femme afghane témoigne de la situation tragique qu’elle vit aujourd’hui en Suisse.

C’est l’histoire d’une mère séparée de son mari et de son fils de trois ans. Elle est jeune et a deux enfants. Elle vit dans le canton du Valais, seule avec sa fille adolescente.

En raison des conditions de vie très difficiles des Afghans en Iran, la famille décide de quitter le pays. Le mari, la femme et les deux enfants choisissent l’Europe comme point de chute. La seule façon d’y parvenir est l’immigration illégale.

Le parcours est semé d’embuches : ils ont dû traverser des montagnes et des mers dangereuses avec, sur ces routes, la souffrance comme compagne quotidienne. Mais il fallait continuer car ils n’avaient rien laissé derrière eux. Ils avaient tout perdu, tout sacrifié.

« Soit se séparer, soit pourrir en Grèce »

Lorsqu’ils arrivent en Grèce, ils sont à court d’argent. Pour continuer le voyage, il n’y a qu’une solution qui n’en est en fait pas une : se séparer. C’est aussi brutal que cela : soit se séparer soit pourrir en Grèce. Ils choisissent à contre-cœur de se séparer et décident que la mère et la fille partiront en premier puis que le père et le petit garçon les rejoindront.

Cela fait maintenant onze mois que la mère et sa fille sont en Suisse, mais le père et le fils sont toujours bloqués en Grèce.

La situation est très difficile pour le père car le petit garçon n’a que trois ans et souffre énormément de l’absence de sa mère. Depuis leur séparation, il ne parle plus. A la maternelle, il ne joue pas avec les autres enfants et reste à l’écart. De son côté, la mère passe ses journées à pleurer et s’inquiète aussi pour son mari car elle sait qu’il n’a aucune ressource pour survivre en Grèce. Elle perd parfois espoir : « J’ai peur de ne plus jamais les revoir. »

Quand le courage revient, elle se bat. Si elle gagne un peu d’argent, c’est pour son mari. Elle a aussi cherché de l’aide auprès d’organisations qui la soutienne et l’aide à exposer sa situation au Secrétariat d’Etat aux migrations. Beaucoup de lettres ont été adressées à Berne, mais la réponse tarde et l’attente continue.

La séparation : une éternité pour les enfants

Ce genre de séparation a des répercussions négatives et profondes sur la structure familiale, les comportements sexuels, la santé psychique. Il a un impact particulièrement important sur les enfants dont le développement et l’avenir sont hypothéqués.

Dans un rapport consacré aux enfants séparés*, l’organisation Action for the Rights of Children souligne la vulnérabilité particulière des enfants qui subissent une séparation : « Les enfants sont plus vulnérables que les adultes face aux maladies et aux blessures, mais les enfants séparés manquent aussi de protection physique et du soutien psychosocial et émotionnel dont ils ont besoin. Sans ce soutien, leur développement complet risque d’être interrompu ou empêché ». Et d’ajouter : « Les jeunes enfants peuvent avoir un sens du temps limité. Ainsi, un enfant séparé ne pourra peut-être pas saisir le concept de prise en charge « provisoire » sur une période de quelques jours, quelques semaines ou quelques mois et une période de deux semaines peut lui sembler être une éternité ».

Morrasa Sadeghi

Membre de la rédaction valaisanne de Voix d’Exils

*Enfants séparés, décembre 2004, Action for the Rights of Children (ARC)

 




Ramadan viewed by a non-Muslim Syrian

CC0 Public Domain

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My thoughts go out to displaced Syrian families in Ramadan

As music and scents can sometimes stir powerful emotions and transport us back in time, so was the coming of Ramadan this year. It has triggered mixed emotions in me, I the non-Muslim, living hundreds of miles away from my country Syria.

Before the war, and for three decades, I lived in a multi-ethnic quarter in my home town Qamishli, Syria. My close neighbors were Arabs, Kurds, Syriacs, Armenians… people of all faiths and denominations. They lived in harmony and maintained cordial relations. I still remember, with much love, those people and miss them much.

The arrival of holy month of Ramadan each year was a unique occasion that affected all aspects of life and changed the comportment of Muslims. They would start fasting from dawn to sunset and refrain from consuming food, drinking and smoking for 29-30 days.

Nevertheless, Ramadan was not only a month of fasting and prayer but also of sharing, solidarity and conviviality. As for me, being interested in the spirituality underlying religions, it was also a unique experience. My family and I, and many other non-Muslims, were anticipating it with joy, much like most of the Syrians.

The firing of traditional Ramadan cannon shots would announce the start of the sacred month. The first day before dawn, I would be jolted out of sleep by the sound of banging drum of “al-Musaharati”, the public-waker, calling the residents to wake up for “al-suhur” the pre-dawn meal, which is followed by a period of fasting until sunset “al Maghreb”. Strangely enough, the traditional occupation of “al-Musaharati”. typical of Ramadan, though obsolete, was still in practice in some suburban districts and was made very popular, thanks to famous Syrian pre-war soap-operas.

Then, starting from noon the same day, the kitchen-work of housewives preparing dishes for “Iftar” – the meal that breaks the fast at sunset – would commence. The clattering of cooking utensils, the aroma of strong spices of home-cooked food, of baked chickens and of the pleasant local delicacies, would linger long in our building, bringing out the flavor and the spirit of Ramadan.

Before sunset prayers that signify “Iftar”, I would return home like all the residents. On my way back, I would pass the town’s bazaar. The scene there was always exceptionally curious and impressive at this time of the year. One would make his way with difficulty amidst the hustle and bustle of massive crowds very busy doing their last minutes shopping before (Iftar).  The shrill cries of street vendors and pushcart owners blocking the ways, the clacking of brass cups of the traditional liquorice and tamer-hendi sellers would be heard everywhere, while the overcrowded stores big and small, displayed all sorts of traditional Ramadan delicacies and food. The weary shoppers, all of them male as women had other culinary tasks at home, would look restless and anxious to reach home in time for breaking the fast. In the meantime, I would push my way to buy newly-baked Ramadan bread “al-Maarouk”, and some other traditional Syrian treats like Mushabak, Kamar-addin, dates… My children would never expect me to return home empty-handed.

Soon after, a shot of Ramadan canon would be heard heralding “Iftar” time. The streets would become completely deserted, stores closed and the whole town would come to a standstill. Only the loud calls for prayers from the nearest mosques would be heard and, of course, the rattling of dishes and spoons from the balconies of my neighbors. It is “Iftar”, time for gathering of families to enjoy the delightful meals and share the simple joy of Ramadan.

Immediately after “Iftar”, families would gather around the TV sets eagerly waiting for the release of the first episode of famous Syrian Ramadan soap-opera “Al-musalsalat”, which would keep the people glued to their TV sets for 30 days until the last day of the holy month.

This rich spiritual tradition of Ramadan has been swept away by the outbreak of the vicious circle of war, that has devastated families and destroyed every aspect of life in Syria.

Now, only few days are left before the end of the holy month. My thoughts go out to tens of thousands of displaced and split families, living in make-shift camps inside and outside Syria, in most dehumanized conditions, struggling to procure a simple meal for “Iftar”.

H. Dono

Membre de la redaction vaudoise de Voix d’Exils




Le Ramadan vu par un syrien non-musulman

CC0 Public Domain

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En pensée avec les familles syriennes déplacées qui fêtent le Ramadan

Comme la musique et les parfums peuvent parfois inciter émotions puissantes et nous transporter dans le temps, l’avènement du Ramadan cette année a déclenché des sentiments mélangés en moi.

Avant la guerre, et pendant trois décennies, je vivais dans un quartier multiethnique dans ma ville d’origine Qamishli, en Syrie. Mes proches voisins étaient des Arabes, des Kurdes, des syriacs, des Arméniens… des gens de toutes les confessions et dénominations. Ils vivaient en harmonie et entretenaient des relations cordiales. Je me souviens encore, avec beaucoup d’amour, ces gens qui nous manquent aujourd’hui.

L’arrivée du mois sacré du Ramadan était une occasion unique qui a touché tous les aspects de la vie et a changé le comportement des musulmans. Ils commencent à jeûner de l’aube au coucher du soleil et s’abstiennent de consommer de la nourriture, de boire et de fumer pendant 29 à 30 jours.

Néanmoins, le Ramadan n’était pas seulement un mois de jeûne et de prière, mais aussi de partage et de convivialité. En ce qui me concerne, c’est être intéressé par la spiritualité sous-jacente aux religions, c’était aussi une expérience unique. Ma famille et moi, et beaucoup d’autres non-musulmans, l’anticipaient avec joie comme la plupart des Syriens.

Le tir des canons traditionnels du Ramadan annonçait le début du mois sacré. Avant l’aube, je serais secoué par le bruit du tambour battant de « al-Musaharati », la personne qui appelle les résidents à se réveiller pour « Al-suhur », le repas avant l’aube qui est suivi d’une période de jeûne jusqu’au coucher du soleil « al-Maghreb ». Curieusement, l’occupation traditionnelle de « al-Musaharati », typique du Ramadan, bien qu’obsolète, était encore en pratique dans certains quartiers de banlieues et a été rendue très populaire, grâce aux célèbres soap-opéras syriens d’avant-guerre.

Puis, à partir de midi le même jour, le travail de cuisine des ménagères, la préparation de plats pour « Iftar » – le repas qui finit le jeûne au coucher du soleil – commencerait. Le crépitement des ustensiles de cuisine, l’arôme des épices fortes et de plats cuisinés maison, des poulets cuits au four et des spécialités locales agréables, s’attardaient longtemps dans notre bâtiment, faisant ressortir le goût et l’esprit du Ramadan.

Avant les prières du coucher du soleil qui signifient « Iftar », je retournerais chez moi comme tous les résidents. En rentrant, je passais par le bazar de la ville. La scène était toujours exceptionnellement curieuse et impressionnante à cette époque de l’année. On se rendrait difficilement au milieu de l’agitation des foules massives très occupées à faire leurs dernières minutes de shopping avant « Iftar ». Les cris aigus des vendeurs de rue et des propriétaires des charrettes à bras bloquaient les chemins, le claquement de tasses en laiton des vendeurs de réglisse traditionnel se verraient partout, tandis que les magasins, grands et petits, présentaient toutes sortes de spécialités et de nourritures traditionnelles du Ramadan. Les acheteurs, fatigués, tous des hommes, alors que les femmes avaient d’autres tâches culinaires à la maison, semblaient inquiets et désireux d’arriver à la maison à temps pour rompre le jeûne. Pendant ce temps, Je ferais mon chemin pour acheter du pain du Ramadan nouvellement cuit « al-Maarouk » et quelques autres friandises traditionnelles syriennes comme Mushabak, Kamar-Addin, des dates… Mes enfants ne s’attendraient jamais à ce que je rentre à la maison avec les mains vides.

Peu de temps après, un coup du canon du Ramadan serait entendu annonçant le temps de « Iftar ». Les rues seraient complètement désertes, les magasins fermés et toute la ville s’arrêterait. Seuls les appels forts de prière des mosquées les plus proches seraient entendus et, bien sûr, le bruit de ferraille de plats et des cuillères des balcons de mes voisins. C’est « Iftar », le temps de rassembler les familles pour profiter de délicieux repas et partager les joies simples du Ramadan.

Dès que l’« Iftar » se termine, les familles se rassemblaient autour des télévisions attendent avec impatience la sortie du premier épisode du célèbre soap-opéra syrien « Al-musalsalat » qui garderait les gens rivés sur leurs télévisions pendant 30 jours, jusqu’au dernier jour du mois sacré.

Cette riche tradition spirituelle du Ramadan a été balayée par le déclenchement du cercle vicieux de la guerre qui a dévasté les familles et a détruit tous les aspects de la vie en Syrie.

Maintenant, quelques jours restent avant la fin du mois sacré. Mes pensées vont à ces dizaines de milliers de familles syriennes déplacées et divisées, vivant dans des camps de fortune à l’intérieur et à l’extérieur de la Syrie et, pour la plupart, dans des conditions inhumaines, luttant pour se procurer un repas simple pour «Iftar».

H. Dono

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils