Des ponts culturels


Le rôle des enfants dans le processus d’intégration des familles migrantes vivant dans le canton de Vaud
Les enfants migrants jouent un rôle souvent sous-estimé, mais crucial, dans l’intégration de leurs parents dans la société d’accueil. Leur contribution permet une adaptation plus rapide et plus fluide dans un environnement parfois complexe et incompréhensible. Cet article explore la manière dont ces enfants peuvent, consciemment ou non, devenir des acteurs clés dans ce processus.
Généralement perçus comme des personnes vulnérables ayant besoin de protection, les enfants ont également des compétences précieuses pour accélérer l’intégration de leur famille. Par leur immersion rapide dans le système éducatif et leurs interactions avec des pairs locaux, ils comprennent plus rapidement les codes sociaux et culturels. Comme l’écrit Brigitte Mayoraz, enseignante à la Haute Ecole Pédagogique du canton de Valais, dans son mémoire de fin d’étude sur le rôle de l’enfant migrant dans la relation parents-enseignants « …dès que les enfants entrent à l’école, le processus d’adaptation des familles s’accélère… ».
De plus, l’apprentissage des langues est souvent plus facile pour les enfants. Leur capacité à acquérir de nouvelles langues, notamment le français, permet à leurs parents d’utiliser leurs compétences linguistiques pour mieux s’intégrer, et ce, à travers un rôle de médiateur linguistique, culturel, voire même communautaire.
Intermédiaire linguistique
Dans le canton de Vaud, les enfants migrants jouent un rôle fondamental en tant que traducteurs pour leurs parents. En effet, de nombreuses familles rencontrent des difficultés pour apprendre le français, une langue essentielle dans le processus d’intégration. Les enfants, en particulier ceux qui sont scolarisés, aident leurs parents à comprendre les documents administratifs, les échanges avec les institutions, voire à traduire les échanges lors des visites chez le médecin ou dans les commerces.
Doriane*, devenue adulte, raconte son expérience : « Lorsque ma mère a pris des cours de français, je l’ai parfois aidée à faire ses devoirs. Il m’est souvent arrivé de faire cela, j’accompagnais mes parents à l’école de mes petits frères et sœurs et leur traduisais ce que les professeurs disaient, ou je répondais aux appels pour eux alors qu’ils étaient à côté de moi et leur expliquais ce qui était demandé. » Ce rôle de traducteur est fréquent dans les familles migrantes et représente un atout majeur pour les parents dans leurs démarches quotidiennes.
Selon les propos de Celsius Nsengiyumva, responsable des foyers EVAM de Féchy, Gollion et Crissier dans le canton de Vaud : « Certains enfants servent de traducteurs lors de démarches nécessitant la communication en langue du pays d’accueil comme dans les magasins, chez les médecins ou à la Poste quand ils y vont avec leurs parents ainsi que dans la traduction des documents administratifs et ordonnances médicales, etc. ».
Des intermédiaires culturels
Outre la langue, les enfants aident également leurs parents à naviguer entre les différences culturelles. Ils servent de ponts entre les cultures, permettant une meilleure compréhension des normes sociales du pays d’accueil. Ces enfants, exposés dès leur plus jeune âge à la culture suisse, influencent souvent les mentalités de leurs parents. Comme le souligne Doriane, « Mes parents ont beaucoup été influencés par la culture de la Suisse. On a souvent eu des discussions autour des différences culturelles, notamment au sujet des vêtements, des bonnes manières en public ou en famille, de la façon dont on traite les animaux, etc.
Ce rôle d’intermédiaire culturel contribue à une adaptation des parents à la culture du pays d’accueil, ce qui est essentiel pour une intégration réussie. Les enfants, en adaptant leurs comportements et valeurs, aident à faciliter le processus de socialisation des adultes en réduisant les tensions et les incompréhensions.
Des médiateurs communautaires
En outre, les enfants peuvent également jouer un rôle de médiateurs entre leurs parents et la communauté, en facilitant leur participation à des activités sociales ou communautaires. Bien que cela soit souvent difficile pour certains d’entre eux, notamment à cause de la barrière de la langue et de l’isolement social, leur présence dans des espaces communs peut créer des liens et faciliter les échanges. Comme le souligne Celsius Nsengiyumva : « la présence des enfants dans des foyers ou hébergements collectifs renforce une bonne cohabitation entre les habitants et les habitantes car l’expérience montre que dans les structures où il n’y a que des jeunes célibataires, on assiste fréquemment à des conflits. Par contre, si ces jeunes sont mélangés avec des familles qui ont des enfants, ces conflits diminuent ou tout simplement disparaissent. » Ce phénomène montre que les familles avec enfants sont souvent mieux intégrées et créent des dynamiques de soutien mutuel qui sont bénéfiques à la fois pour les enfants et les adultes. A cela s’ajoute que cela permet au personnel de ces foyers de travailler dans un climat plus stable pour accompagner les bénéficiaires dans le processus d’intégration. De plus, toujours selon Celsius Nsengiyumva, « Les enfants font encore davantage pour leurs parents. Ils contribuent à élargir leur réseau social, rythment leurs journées : il y a l’école, les repas à préparer, les habits à laver, les jeux, etc. En cela, ils donnent un sens à la vie de leurs parents. » Ces enfants, par leur présence et leur soutien, deviennent des piliers sur lesquels leur famille peuvent s’appuyer pour réussir leur intégration dans la société suisse.
En somme, les enfants des personnes migrantes jouent un rôle essentiel dans l’intégration de leurs parents. Leur contribution, à travers la médiation linguistique, culturelle et communautaire, facilite grandement l’adaptation des familles migrantes qui vivent dans le canton de Vaud. Toutefois, ce rôle peut parfois mettre les enfants dans une situation délicate, où les responsabilités qui leur incombent peuvent prendre une place trop importante dans leur vie au détriment de leur propre bien-être. Ainsi, l’aide qu’ils apportent aux parents dans leur processus d’intégration comporte des risques. Il est donc important que ce rôle soit équilibré et que des structures d’accompagnement adéquates soient mises en place pour garantir un équilibre entre leur rôle d’aidants et leurs besoins en tant qu’enfants.
*Prénom d’emprunt
Freddy NIYONZIMA
Membre de rédaction vaudoise de Voix d’Exils
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Bonjour, c’est vrai que les enfants occupent un lieu spécial dans les foyers de personnes migrants et bien sur dans la société que les accueille. Je remercie a Dieu, la joie de chaque enfant que je trouve à l’école de mes enfants parce que ceci nous permet de nous approcher a les parents de une façon plus facile. Un article intéressante.
Cecilia Gonzalez
Bonjour, c’est vrai que les enfants occupent un lieu spécial dans les foyers et bien sur dans la société que les accueille. Je remercie a Dieu, la joie de chaque enfant que je trouve à l’école de mes enfants parce que ceci nous permet de nous approcher a les parents de une façon plus facile. Un article intéressant.
Cecilia Mura