La lutte de ma famille

Photo: rédaction valaisanne de Voix d’Exils.

Ou comment les soucis de procédure d’asile peuvent peser sur la vie de famille

La famille est un mot précieux et lourd de sens. C’est une expérience de vie, peut-être différente d’un contexte à un autre, mais c’est avant tout une chaîne qui traverse les générations, chacun laissant au passage les traces de sa propre existence. S’il n’y a pas de famille, la vie s’arrête ; sans famille, nous disparaîtrions aussi simplement que, jadis, les dinosaures. Nous devons donc respecter les nécessités d’une famille.

Allons droit au but: je suis Erythréenne, je vis en Suisse, mariée à un compatriote selon les lois locales depuis deux ans. De notre union est née la petite Maria, âgée de 2 ans. Mon mari dispose d’un droit de séjour depuis plusieurs années alors que mon statut personnel est toujours incertain. Depuis longtemps, la peur du renvoi et de la séparation fait partie intégrante de notre vie quotidienne. Ma fille Maria est « amoureuse » de son papa, et jalouse au point qu’elle ne me laisse même pas m’asseoir près de lui. Nous nous rencontrons seulement quand elle a faim ou quand je change ses couches. Je trouve cela très étonnant.

Dernièrement, notre « homme », mari et papa, qui cherche activement un travail, est parti en montagne pour trois petits jours de stage pratique dans un restaurant. Notre famille a ainsi vécu, à toute petite échelle, sa première séparation et ses premières souffrances. Dès le premier soir, Maria, pleine de tristesse, a refusé son repas. Le lendemain fut encore plus difficile : prostrée devant la porte dans l’attente de son héros, elle a pleuré et fait une forte fièvre au point qu’il m’a fallu aller en consultation car, à vue d’œil, elle perdait du poids. Ressentant la douleur de ma fille, j’ai aussi pleuré. Et j’ai réfléchi : si en trois jours notre douleur a été aussi forte, qu’en est-il de toutes les familles qui sont séparées depuis des années? Qu’en est-il de ceux qui constituent une famille sans même se connaître ? Il y a des enfants qui naissent et grandissent loin de leurs pères.

J’aimerais dire un grand Merci à la Suisse. Vous nous avez sauvés de l’enfer. Vous nous avez donné la vraie vie et nous avons appris le sens de l’être humain. De grâce, ne nous séparez pas.

Kokob Mehbratu

Membre de la rédaction valaisanne de Voix d’Exils