« J’ai nonante ans et je vois aujourd’hui une Suisse riche de ses étrangers »

Photo: Voix d’Exils

L’ouverture et le dynamisme ne sont pas réservés à la jeunesse, c’est un état d’esprit ! La preuve : des personnes âgées sont venues à la rencontre des requérants d’asile en formation au Centre du Botza, en Valais le 14 novembre dernier. C’est Paulina, à la fois requérante d’asile et retraitée, qui leur a soufflé cette très bonne idée.

« Bienvenue au Botza ! », c’est par ces mots que Madame Virginie Disero accueille les résidents du foyer de jour Chantovent de Martigny. Elle présente ensuite la structure de façon succincte : « Nous accueillons ici les candidats à l’asile du canton du Valais, pour un accompagnement dans la voie de l’intégration. Ils reçoivent des cours de français et peuvent fréquenter plusieurs ateliers de formation pour se préparer à entrer dans la vie active. Le pavillon que vous visitez aujourd’hui est celui de l’économie domestique : il comprend une garderie d’enfants, une buanderie et un atelier de couture. Pour la petite histoire, Paulina, votre résidente, s’est formée ici, c’était la vedette de nos défilés de mode » (rires et applaudissements dans l’assistance).

La convivialité de la pause-café favorise la conversation et rapproche naturellement les visiteurs du jour et les apprenants, offrant de belles images de rencontres transgénérationnelles et métissées. Voix d’Exils a recueilli la pensée des uns et des autres.

Photo: Voix d’Exils

Voix d’Exils (VDE): Madame Fabienne Lepori, vous dirigez le Foyer Chantovent. Pouvez-vous nous le présenter ?

Fabienne Lepori: Chantovent est un foyer de jour pour personnes âgées. Nous nous donnons la mission d’éloigner nos résidents de la solitude et de l’ennui, en leur proposant un programme d’animation adapté. Être accueillis ici, en toute quiétude, est une belle découverte.

VDE: Une sortie, c’est bénéfique pour vos résidents mais pourquoi avez-vous choisi le Botza ?

Paulina, qui fréquente notre foyer, aime la couture et cela lui tenait à cœur de nous faire découvrir ce lieu où elle a été formée. A cela s’ajoute le fait que nos résidents sont très ouverts à l’idée de faire des expériences nouvelles. Ils se sont montrés intéressés à rencontrer cette population issue de l’immigration, pour se faire une opinion personnelle et, pourquoi pas, casser une certaine image que nous avons des étrangers.

Photo: Voix d’Exils

Le Botza vu par nos visiteurs

VDE à Paulina (résidente du Foyer de jour): C’est un peu grâce à vous cette visite …

Paulina (rires) : Je suis tout simplement contente. Au foyer, je fais beaucoup de petits travaux de couture, des tabliers et bien d’autres choses et, interrogée sur mes capacités, je leur ai parlé de ce centre où j’ai tout appris. Et aujourd’hui, nous sommes là. C’est formidable !

VDE  à Messieurs Jimmy Martinetti et Albert Hasler: Après cette visite, quelles sont vos pensées ?

Jimmy Martinetti: Avant notre venue ici, je ne savais pas qu’un centre comme celui-ci existait. Voir ces étrangers formés ici par mon pays est fabuleux. Je pensais que les demandeurs d’asile restaient cantonnés dans des maisons à ne rien faire. Là, je viens de voir autre chose que ce que j’ai toujours entendu sur les étrangers. Je crois que bien formés ils ne seront pas moins bons que les autres…

Robert Hasler: J’ai vu des gens qui veulent apprendre et partager un idéal de vie. Ceci est bénéfique pour eux et pour nous. C’est la première fois que je suis en contact avec eux et je vois autre chose. Vous savez, j’ai nonante ans et je vois aujourd’hui une Suisse riche de ses étrangers.

Photo: Voix d’Exils

Confidence pour confidence

VDE à Madame Marie-Christine Roh, collaboratrice au Centre du Botza: Après avoir entendu les impressions de vos visiteurs, que ressentez-vous?

Marie-Christine Roh : C’est la première fois que nous avons une visite de personnes âgées. Généralement, nous recevons des groupes de jeunes et des étudiants qui s’intéressent à la question de la migration. Ça me fait plaisir d’entendre ces paroles positives sur les migrants et notre centre de formation. Nous sommes persuadés que ce que nous faisons ici a du sens et de la valeur, maintenant, il faut que la population en prenne conscience. À cet égard, ces personnes âgées vont nous aider à nous faire connaître, car elles vont en parler autour d’elles, à leurs enfants et leurs petits-enfants. De plus, elles parlent vrai et disent les choses comme elles le pensent.

La rédaction valaisanne de Voix d’Exils