Le journal de #MadameÉtrangère

Auteure: Madame Etramgère

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Découvrez les épisodes du 17 avril au 22 mai 2017

Découvrez chaque semaine, sur le profil Facebook de Voix d’Exils, les pensées farfelues, parfois brutes mais toujours sincères de Madame Étrangère, une requérante d’asile vivant dans le Canton de Vaud.

Auteure: Madame Etrangère

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Mercredi 17 mai 2017

****Je ne suis pas****

Je suis allée en formation. (J’ai l’impression que j’étudierai toute ma vie.)

La formation dure environ quatre heures. Une groupe de migrants, un prof et parfois un collaborateur ou un stagiaire. Et chaque fois, tout le monde se présente. Cette fois, j’ai fait une découverte inopinée. Que c’est difficile de se présenter par la négative. « Vous êtes …? » « Je NE suis Pas… » Et quoi dire après ?

Soit tu présentes une longue liste de ce que tu n’es pas (tu n’es pas un homme, tu n’es pas un héros, tu n’es pas malade et même tu n’es pas OVNI, etc.), soit tu fais des grimaces en ajoutant des gestes bizarres pour couvrir la fin de la phrase « Je ne suis pas … »

Au cours, il y avait un nouveau visage. Une jeune femme, probablement une stagiaire, qui à la question du prof « Vous êtes… ? » a répondu « Je ne suis pas… » en faisant de grands yeux à notre intention. Chacun d’entre nous voulait l’encourager, chacun comprenait que ce n’est pas facile de se présenter par la négative. Mais c’est possible. Il suffit d’oser prononcer ce que tu veux dire réellement.

« Je ne suis pas une migrante »

« Je ne suis pas eux »

L’important c’est de ne pas oublier de bien articuler.

 

Auteure: Madame Etrangère

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Jeudi 18 mai 2017

****J’ai toujours trahi****

J’ai reçu une chaleureuse lettre de la marque de cosmétiques Yves Rocher. Cette entreprise m’a adressé « Un grand merci pour ces deux années de fidélité ». J’ai été bouleversée. Car étant en relation avec cette marque, je l’ai toujours trahie avec des concurrents : le matin et la nuit, sur la plage et sous la douche, dans le bureau et chez moi, devant la télé et face au miroir. J’ai toujours été infidèle et malgré ça Yves Rocher m’a dit « Merci pour ces deux années de fidélité ». Je suis sincèrement touchée.

S’il y a la nécessité de se marier, il faut se marier avec « Yves Rocher».

 

 

Auteure: Madame Etrangère

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Vendredi 19 mai 2017

****Il a une âme****

Il pleut. Je suis dans le bus N°6.

L’anxiété se tapit derrière chaque arbre, chaque virage, chaque bâtiment et dans chaque voiture…

Un jour le 6 se souviendra qu’il est un être humain, qu’il a une âme et qu’elle est éternelle, et lui, sale et fatigué, s’exaspérera, éteindra ses freins et se dirigera au bout du monde.

Au diable !

 

Auteure: Madame Etrangère

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Dimanche 21 mai 2017

****L’une des règles pour être un bon migrant****

Hier j’étais à une fête où un homme a fait des efforts pour expliquer à la migrante que je suis ce qu’est la société et comment il faut se conduire dans le monde civilisé.

  • Madame, il y a toujours des conversations sur n’importe quel sujet : les vacances, le vélo, la bande dessinée « Les Aventures de Tintin », etc.
  • Et il faut savoir tenir des sujets de conversation.

J’ai aussi voulu proposer des sujets, par exemple «L’influence de Le Corbusier sur l’architecture moderne » ou « Le retour en actualité de l’Existentialisme». Mais je n’ai rien dit parce que …

… L’une des règles pour être un bon migrant: c’est de savoir se taire.

Ne dis rien. Il ne faut décevoir personne. Un migrant existe pour se faire civiliser.

 

Auteure: Madame Etramgère

Auteure: Madame Etrangère

Lundi 22 mai 2017

****Ça explose la tête****

Je me suis réveillée tôt et…

Tiens, tiens, tiens, qui est venu ! L’herpès ! Bisous trois fois. Comment vas-tu ? Fatigué ? Merci, moi aussi. Oui, comme d’habitude j’ai mal dormi. Oui, oui… Ce n’est pas bien. Mais, écoute, grâce à ça et ma fatigue tu viens me voir régulièrement. Quoi de neuf ? Rien de nouveau… Pas d’autorisation de travail, pas de permis… « Rouge et noir – pas d’espoir ». Et aussi, tu sais, tout le monde se plaint, se plaint, se plaint… ça explose la tête.

L’Autochtone  – Oh, cet étranger ! Je ne peux pas faire bon ménage avec lui, il sent mauvais. C’est dégoutant !

L’Etranger – Oh, cet Autochtone ! Il se mouche pendant qu’il ingère son repas. Ça me dégoute !

L’Extra-terrestre – Ouf, ces deux ! Partager le même espace, jamais ! Ils font pipi et caca. C’est écœurant !

Et seule La Punaise de lit est contente d’eux. Parce qu’elle aime tout le monde.

 

 

 

 




Les femmes des ruines en Syrie

Photo: rédaction neuchâteloise de Voix d'Exils

Photo: rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils

Des destins broyés dans l’ombre de la guerre

 « La main qui berce l’enfant est la main qui dirige le monde » William Ross Wallace.

Lorsque la guerre se termine, les généraux se réunissent, se serrent la main et boivent des toasts, alors que la femme seule attend son fils martyr.

Luma Anadani est une femme syrienne arabe, avocate à Alep en Syrie. Elle est restée en prison neuf ans, c’était terrible.

Elle m’a raconté qu’en Syrie, le nombre de femmes tuées par la douleur est plus grand que le nombre d’hommes tués à la guerre. Mais la seule différence est qu’elles ne sont pas dans les statistiques.

En Syrie, 23’500 femmes ont été tuées durant la guerre selon le Syrian network for human rights .

En prison, 4240 femmes souffrent de la peur de la torture et du viol. Le viol n’est pas seulement une réaction des soldats en colère, mais aussi une stratégie politique. En effet, ils utilisent la menace du viol de la femme pour faire parler le mari, afin de l’humilier.

Luma a essayé de cacher les larmes qui coulaient de ses yeux, et a dit : « Des rêves germent au milieu des décombres et l’amour danse sur les blessures de la guerre. Comme « Les femmes des ruines », qui ont repris les villes en main et ont entrepris leur déblaiement et la reconstruction du pays en Allemagne après la deuxième guerre mondiale, les femmes en Syrie construiront une belle patrie qu’elles aiment et qui les aime. »

Les femmes kurdes ont fondé des associations et organismes civils et militaires de femme. Par exemple :

Unités de protection de la femme (YPJ) (organisation militaire)

Union des femmes kurdes de Syrie (HJKS)

C’est pourquoi j’ai interviewé une femme kurde syrienne. Au cours de mon entretien avec une activiste dans la société civile (N. H.) qui vit actuellement en Suisse, voici ce qu’elle m’a dit :

« J’ai terminé l’école malgré tous les obstacles qui ont été imposés par les gouvernements pour la scolarisation des Kurdes. J’ai terminé mes études à l’université et ensuite, j’ai travaillé avec l’organisation du Croissant Rouge (Croix Rouge).

Je travaillais dans le domaine du soutien psychologique pour les victimes de la guerre et/ou de viol. Je n’ai fait aucune différence entre les personnes touchées, qu’elles soient arabes ou kurdes. Je crois que la liberté et la démocratie sont la seule façon de réaliser le rêve du peuple kurde pour l’amener sur le chemin de l’indépendance et de la dignité. »

Elle a soupiré, puis a continué ainsi : « Au cours de mon travail avec les victimes de viol en particulier, j’ai vu la taille des pressions subies par ces victimes au niveau social et de la sécurité. Comme exemple, voici l’histoire de Manal, 19 ans, une fille qui a été arrêtée à l’université suite à des accusations de manifestations contre le régime syrien. Elle est restée en prison pendant huit mois, puis elle a été libérée.

Elle a alors dû faire face à deux types de difficultés. La première est la souffrance liée au souvenir du viol subi en prison. La deuxième est la souffrance due au regard de sa famille sur une femme violée. Son frère et son père étaient honteux, ils avaient l’impression d’avoir perdu leur honneur. En plus, elle a été abandonnée par son fiancé.

La dernière fois que je l’ai rencontrée, Manal m’a dit, des larmes dans les yeux : «  Je suis encore en prison, la famille et la société ont pris la place du geôlier. ».

Le lendemain, j’ai entendu dire que Manal avait sauté du balcon depuis le quatrième étage pour mettre fin à sa vie. Par ce geste, elle a envoyé un message à chacun sur l’injustice finale. L’histoire de Manal est finie, mais la tragédie en Syrie continue. »

Alors, n’oublions jamais l’histoire de Manal, mais gardons son message dans nos cœurs. Le peuple syrien n’a pas besoin d’armes pour être libre, mais il a besoin d’efforts de la société civile pour l’aider à la libération des esprits avant tout.

Hawaley Khaldoon

Membre de la rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils

 




Petit guide pour vous intégrer facilement où que vous soyez

Photo: rédaction valaisanne de Voix d'Exils

Photo: rédaction valaisanne de Voix d’Exils

Les conseils avisés de Mostafa

Avez-vous déjà déménagé dans un nouveau lieu ou dans un nouveau pays ? Avez-vous connu le sentiment inconfortable d’être séparé des autres à cause d’une langue, d’une culture ou d’un mode de vie différent? Si oui, vous êtes au bon endroit, car j’ai réfléchi aux mesures qui permettent d’atteindre un bon niveau d’intégration. Suivez le guide !

En sociologie, on appelle intégration le processus ethnologique qui permet à une personne ou à un groupe de personnes de se rapprocher et de devenir membre d’un autre groupe plus vaste par l’adoption de ses valeurs et des normes de son système social. Voici quelques paramètres qui peuvent influer sur la capacité d’intégration d’une personne.

La langue

La langue est l’une des composantes les plus importantes de l’intégration; c’est la langue qui vous aidera à réaliser beaucoup d’autres projets liés à une intégration réussie ; sans elle, vous n’êtes pas en mesure d’entrer en contact avec les gens, vous ne pouvez pas prendre connaissance de la culture et vous aurez de grandes difficultés à trouver du travail. Apprendre la langue de son pays d’accueil est un défi des plus difficiles à relever ; il faut consentir du temps et des efforts mais on peut y parvenir si on fait preuve de volonté ; il suffit de consacrer quelques heures par jour à apprendre de nouveaux mots et un peu de grammaire.

L’information

Obtenez autant d’informations que vous le pouvez sur la culture, les personnes, leurs goûts et dégoûts, car certaines choses peuvent être considérées comme bonnes dans votre pays alors qu’elles sont comptées comme mauvaises dans la nouvelle société ou vice versa. Adressez-vous, pour réunir ces informations, à des personnes elles-mêmes intégrées avec succès dans la société. Les professeurs qui enseignent la langue du pays d’accueil aux réfugiés sont des personnes très bien placées pour transmettre des informations-clés à leurs élèves, leur montrer comment communiquer et ainsi les aider à s’intégrer. Les élèves apprendront la langue beaucoup plus rapidement s’ils parlent avec les gens.

Le permis de séjour

 Il est vrai qu’il existe des limites sur le marché du travail si l’on ne dispose que d’un permis N ou F, ce qui peut être vu comme un obstacle à l’intégration. La première chose à faire, c’est de l’accepter au lieu de se demander sans fin pourquoi ? Concentrez-vous sur ce que vous pouvez faire et vous trouverez une bonne solution. Personnellement, j’ai même pris ces limites comme un encouragement à apprendre la langue, connaître la culture et trouver des amis. En outre, il existe de nombreuses possibilités de formations auxquelles vous pouvez vous inscrire pour vous préparer à accéder au marché du travail, le moment venu, dans les meilleures conditions. Et pourquoi ne pas travailler comme bénévole ? Cela vous permettra de gagner une expérience très utile.

Le plan

Une carte géographique nous permet de trouver notre chemin. Pour l’intégration, c’est la même chose : si vous n’avez pas de plan, vous pouvez vous perdre très facilement. Réfléchissez à des objectifs : décidez, par exemple, où vous voulez être dans une année, à quel niveau devrait être votre français, combien d’amis vous voulez, etc. Ensuite, décidez d’un plan mensuel et enfin d’un plan quotidien et mettez-le en œuvre. J’en ai fait l’expérience moi-même; ne pas avoir de plan peut être néfaste pour le processus d’intégration, car sans savoir quand commencer et quoi faire, vous serez toujours perdant.

Le réseau social

Les éléments mentionnés ci-dessus sont essentiels pour une intégration réussie. Je connais des personnes qui ne parlent pas bien le français, qui n’ont aucun ami (hors de leur communauté) et pas de travail après vingt ans de séjour. J’en connais d’autres qui ont achevé leur intégration en moins d’un an. Décidez de la catégorie à laquelle vous voulez appartenir.

Je vous recommande aussi vivement de trouver au moins un bon ami, car vous rencontrerez bientôt ses amis et les amis de ses amis et, avant de le réaliser, vous aurez beaucoup plus d’amis que vous ne pouvez l’imaginer.

Une dernière chose que j’aime conseiller, si vous aimez le sport, c’est de chercher dans votre quartier une équipe de football, une équipe de volley ou d’autres sports ; si vous demandez à participer, il y a de grandes chances qu’on vous accepte, comme je l’ai fait : je suis maintenant membre de l’équipe d’aviron de ma région. C’est amusant et j’ai trouvé beaucoup de bons amis parmi mes équipiers.

Beaucoup d’autres l’ont fait, alors pourquoi pas vous? Mettez-vous en route sur le chemin de l’intégration. Vous constaterez rapidement des progrès et je suis sûr que vous serez surpris de l’efficacité de ces simples suggestions.

Mostafa

Membre de la rédaction valaisanne de Voix d’Exils




Des compétences trop souvent perdues

 

 CC0 Public Domain

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En tant que refugiée, ma vie dans le centre de premier accueil a été pleine d’aventures et pleine de souvenirs. J’ai rencontré des gens qui viennent des quatre coins du monde pour demander l’asile en Suisse. Ces personnes-là viennent avec des profils différents et des qualifications différentes avec quoi ils espèrent trouver un travail pour gagner leur vie.

Dans les centres de premier accueil, les requérants passent leurs premiers mois avant d’être transférés en deuxième accueil, où ils peuvent aussi parfois obtenir directement un permis B. Ce temps d’attente dans le centre m’a permis de connaître leurs profils et leurs intentions, et ce qu’ils espèrent faire ici.

Le premier obstacle pour eux, c’est la langue. Malgré qu’ils aillent à l’école pour apprendre le français (des cours sont dispensés dans les centres), ils aimeraient apprendre vite le français et, en parallèle, travailler afin de mieux assimiler la pratique du français. Hélas, la majorité des cours ne sont dispensés que le matin et l’après-midi. Découragés, ils restent sans rien faire.

La plupart de ces gens qui viennent de Syrie, d’Erythrée, de Somalie et du Sri Lanka n’ont pas fait des études supérieures, mais ont déjà travaillé dans leurs pays d’origine dans des métiers manuel comme : menuisiers, maçons, mécaniciens, serruriers, etc.

CC0 Public Domain

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J’ai vu une émission sur le savon d’Alep qui se fabrique en France et est distribué dans toute l’Europe. Le savon d’Alep à base de laurier et d’huile d’olive est très connu depuis plus de 3000 ans. L’idée est venue à un réfugié syrien en France qui s’appelle Hassan Harastani et qui a travaillé dans son entreprise familiale avant la guerre de Syrie. Après, il a été obligé de fuir les bombardements et il s’est installé à Paris avec sa famille. Il a monté sa fabrication de savon d’Alep made in France. Depuis cette émission, je n’arrête pas de penser aux compétences de tous les requérants que j’ai connu, car ils m’ont parlé de ce qu’ils ont fait auparavant dans leur pays ; surtout quand un sri lankais m’a parlé de son travail de serrurier d’art et son rêve de continuer son même chemin. Il y avait aussi un syrien qui était menuisier spécialisé en marqueterie traditionnelle. Ces gens ont un grand besoin de redonner une vie à ces artisanats traditionnels pour faire connaître leur identité et leur culture à travers leurs métiers, comme on a vu avec le maître savonnier qui est devenu un grand compétiteur a côté des grandes marques en Europe.

Je ne veux pas citer tous les métiers qui peu à peu se perdent, mais je suis certaine que s’ils pouvaient transmettre le savoir qu’ils ont dans leurs mains, ils pourraient trouver une place dans la société suisse, garder leur dignité, et ne pas seulement être des consommateurs de l’aide sociale. Tous seraient gagnants.

Rafika Koudri

Membre de la rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils

 




Les facteurs qui favorisent l’entrepreneuriat des personnes migrantes

CC0 Public Domain

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Le dossier de la rédaction: les migrants entrepreneurs

La Suisse a une histoire séculaire et fascinante d’entrepreneurs migrants qui ont contribué profondément au développement de diverses industries importantes de l’économie du pays. Actuellement, un nombre croissant de migrants créent des entreprises en Suisse, et ce phénomène a besoin d’attention pour voir comment il se rapporte aux processus d’arrière-plan.

Différentes études réalisées ces dernières années montrent que les facteurs tels que : les droits accordés par les autorités suisses, la capacité de répondre aux besoins d’un groupe ethnique, l’intégration, les difficultés sur le marché du travail, la capacité de prendre des risques et les conditions dans le pays d’accueil, déterminent l’activité entrepreneuriale des migrants.

Le Dr. Etienne Piguet de l’Université de Neuchâtel aborde les différents aspects actuels du sujet dans son article Les Entrepreneurs Issus de la Migration en Suisse (pages 4-5). Il affirme que les entrepreneurs migrants contribuent toujours de manière significative à l’économie et aux emplois en Suisses après les décennies de ralentissement qui ont suivi la Seconde Guerre Mondiale. Et ce ralentissement était directement lié à l’insuffisance des titres de séjour accordés aux migrants.

En expliquant les motivations des migrants pour l’entrepreneuriat, Dr. Piguet distingue trois types de circonstances qui les conduisent à la création d’entreprises : la Spécificité, la Convergence, et le Désavantage. La Spécificité est à la base du « ethnic-business », c’est-à-dire que les produits ou les services de l’entreprise sont destinés à une clientèle d’une culture ou d’un groupe spécifique dans un réseau de solidarité. Cela semble intéressant mais reste insignifiant selon l’auteur. Parmi les trois facteurs mentionnés, la Convergence et le Désavantage sont les principaux à approfondir pour saisir l’entrepreneuriat des migrants.

La Convergence est le résultat de l’intégration des migrants qui graduellement disposent de plus de ressources et d’un meilleur statut. Ils ont alors les mêmes opportunités et sont aussi capables de créer des entreprises que les autochtones Suisses. Les similitudes entre les entrepreneurs migrants et suisses comprennent leur répartition par secteur d’activité, niveau de formation, âges et genres. Le Désavantage est par contre lié aux difficultés que rencontrent les migrants sur le marché du travail telles que la discrimination ou le manque de diplômes reconnus, qui les amènent à l’emploi indépendant. Ainsi, l’entrepreneuriat n’est pas toujours un choix délibéré car la proportion d’anciens chômeurs parmi les entrepreneurs est beaucoup plus élevée chez les migrants que chez les suisses.

Pierre Cormon d’Entreprise Romande, le journal bimensuel de la Fédération des Entreprises Romandes de Genève, dans son dossier Ces Étrangers Qui Créent des Entreprises en Suisse constate que depuis le début des années 2000, les migrants créent proportionnellement davantage d’entreprises que les Suisses: 9,1% des migrants de première génération et 8% des migrants de deuxième générations, respectivement, contre 5% des suisses en 2013. Et les migrants créent de plus en plus d’entreprises: 32,9% des nouvelles entreprises en 2013 contre 22% en 2000. M. Cormon soutient que les migrants sont plus entreprenants, car ils sont plus disposés à prendre des risques que les suisses qui préfèrent généralement le travail dépendant avec un salaire assuré. Et les entrepreneurs migrants prennent des risques dans une certaine mesure parce qu’ils rencontrent davantage de difficultés sur le marché du travail relativement plus souvent que les entrepreneurs suisses, comme déjà considéré ci-dessus.

L’auteur identifie deux autres ensembles de facteurs qui expliquent l’esprit entrepreneurial des migrants. Le Dynamisme et la Tolérance au Risque au-dessus de la moyenne sont les plus importants et généralement caractérisent les migrants qui surmontent des obstacles pour venir et s’établir dans un pays étranger. Cette sélection de ces capacités, également essentielles pour l’entrepreneuriat, devient éventuellement responsable de l’envie plus forte chez les migrants de créer une entreprise que chez les locaux du pays d’accueil. Finalement, les Conditions propices à la création d’entreprises dans ce pays offrent aux entrepreneurs migrants la possibilité et l’opportunité d’agir.

Pour résumer, il convient de noter que la Convergence, le Désavantage, et le Dynamisme et la Tolérance au Risque présentés ci-dessus sont les facteurs les plus importants qui expliquent l’esprit d’entreprise des migrants. Maintenant, nous pouvons avoir un regard plus détaillé sur les entrepreneurs migrants en Suisse qui ont réussi à développer une entreprise autour d’une idée et à surmonter les défis dans une série de portraits qui suivront cet article.

MHER

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils