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Mon dernier Noël en Syrie

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Noël en Syrie
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Photo: Hayro, membre de la rédaction vaudoise de Voix d'Exils

Le dernier Noël en Syrie (2010) Photo: Hayro, membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils

Mes derniers souvenirs de la magie des festivités de Noël en Syrie

La fin de chaque mois d’octobre et la venue de novembre et de décembre ont toujours été une période d’une importance particulière pour ma famille. C’était l’arrivée d’un événement que nous avions tous attendu avec impatience: la déclaration informelle de la saison de Noël chez nous en Syrie!

Ma femme, mais surtout mes deux enfants insistaient chaque fois pour que nous commencions les préparatifs pour la période de Noël dès novembre. Moi-même, tout en sentant la même excitation que mes enfants, protestais d’abord, en prétendant qu’il était un peu tôt. Une protestation qui s’avérait vaine!

En fait, ils avaient toutes les raisons d’être si enthousiastes. C’était une occasion pour la famille d’échapper aux soucis quotidiens de l’année en vivant dans un pays merveilleux et imaginaire issu de notre propre création.

Les préparatifs signifiaient beaucoup de travail à accomplir. Tout d’abord, je devais parvenir à apporter du grenier le grand arbre de Noël artificiel et les nombreuses boîtes de diverses tailles, contenant des décorations et les ornements. Une partie d’entre eux avaient été minutieusement fabriqués par ma femme à travers les années. Comme des accessoires, de jolies petites lanternes, des nativités, des couronnes de différentes formes et matériaux, des décorations à l’effigie du Père Noël etc. Chacun apportait des souvenirs doux et chers du passé.

La décoration de l’arbre prenait deux, parfois trois jours et était surtout faite par moi-même, mais pas loin des yeux attentifs des enfants qui me pressaient avec leurs exigences incessantes, telles que «Papa, accroche-ça là, remplace cela avec ça, cela ne va pas ici».

Photo: Hayro, membre de la rédaction vaudoise de Voix d'Exils

Le dernier Noël en Syrie (2010). Photo: Hayro, membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils

En fait, il fallait que tous les ornements, boules, cloches, pommes de pins, bateaux, céramiques, flocons de neige soient bien ajustés et équilibrés sur l’arbre. Puis, avant la touche finale, les lumières de Noël dorées et rouges devaient être placées symétriquement avant que, finalement, l’étoile scintillante de Bethléem soit fixée au sommet. Avec le premier scintillement des lumières sur l’arbre, je sentais que les yeux des enfants brillaient d’extase et de joie.

Ensuite, c’était au tour de ma femme de mettre la touche finale. Elle ajoutait, avec beaucoup d’amour et de soin, des accessoires différents dans chaque chambre et sur les balcons. Même les livres dans la bibliothèque et les peintures sur les murs avaient leur part de jolis petits ornements. Cependant, le rituel resterait incomplet, sans les charmantes paroles de la chanson de Bing Crosby – « White Christmas » – qui retentirait dans toute la maison en remplissant l’air de joie et de chaleur.

À la fin de Novembre, la maison s’habillait pour Noël et, immédiatement, les courses de Noël suivaient.

Bientôt, les réfrigérateurs déborderaient de diverses sortes de produits exotiques et d’aliments qui ne se manifestent qu’en décembre, et la maison sentirait les épices et herbes fortes qui mettent en valeur la saveur de la saison.

L’atmosphère de convivialité montrait en crescendo lors de la période entre Noël et la Saint-Sylvestre où tous les membres de la famille élargie et les beaux-parents se réuniraient pour se régaler et se réjouir jusqu’au petit matin.

Cette tradition familiale très chère s’est poursuivie jusqu’en 2010, année de mon dernier Noël dans mon pays la Syrie. Soit un an avant le déclenchement du cercle vicieux de la guerre destructrice qui a ruiné les maisons, divisé les familles et détruit tous les aspects de la vie.

Maintenant, Noël s’approche, il fait déjà très froid. Je marche au centre-ville de Lausanne, une des plus belles villes du monde. Les fenêtres des magasins, situés le long de la rue Saint-Laurent, se parent des décorations de Noël, l’agitation et le bruit des acheteurs est partout. Pas très loin de la place Saint-François, les cabanes en bois offrent du chocolat chaud, des châtaignes grillées et, à quelques mètres, j’entends des musiciens de rue qui chantent:

«I am dreaming of a white Christmas, just like the one I used to know»

Une chanson qui réveille immédiatement un sentiment nostalgique dans mon cœur.

Hayrenik DONO

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils

 

 

 






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