Il y a cinquante ans, plus de 300 Algériens étaient tués à Paris
19 janvier 2012 2 Commentaires
Durant le mois d’octobre dernier, de nombreuses associations de défense des migrants, des syndicats et des partis politiques ont manifesté à Paris pour célébrer le 50ème anniversaire de la répression de la manifestation du 17 octobre 1961 qui fut appelée par le Front de Libération Nationale algérien (FLN). Retour sur un épisode sensible de l’histoire française contemporaine.
Le 17 octobre dernier, des manifestants se sont rassemblés sur le lieu du massacre à la Gare Saint-Charles. Ils scandaient « Ni vengeance, ni repentance, mais justice de la vérité et réconciliation des peuples : c’est ainsi que nous construirons une nouvelle fraternité franco-algérienne. ».
Une manifestation réprimée dans le sang
Pour mémoire, il y a cinquante ans, plus de 300 Algériens étaient tués dans la « Bataille de Paris » qui opposait le FLN - lequel visait alors à contrôler toute la population algérienne vivant dans la région parisienne – à la police parisienne menée par le préfet Papon. Le soir du 17 octobre 1961, plus de 30 000 Français musulmans d’Algérie se rassemblèrent. Hommes, femmes, enfants, ils étaient là pour protester, à l’appel de la Fédération de France du FLN, contre un couvre-feu nocturne qui leur était imposé depuis le 5 octobre. Les organisateurs avaient vivement conseillé aux manifestants de rester calmes et dignes en cas de provocation de la police.
Le Général de Gaulle, alors le chef de l’État, avait donné carte blanche à Maurice Papon pour interdire la manifestation. Et la répression de la police fut extrêmement féroce. Personne à ce jour n’a pas pu faire un bilan définitif de cette nuit tragique. Les autorités dénombrèrent 3 morts contre plus de 300 selon certains historiens. A cela s’ajoute que plus de 500 personnes auraient été renvoyées en Algérie.
Campagne de signatures
A l’occasion de cette commémoration, le site français d’information Mediapart a publié 17 textes d’écrivains (lire le texte de Kateb Yacine ci-dessous) remémorant la répression sanglante de la manifestation des Algériens. Un épisode qui a également inspiré de nombreux films dont certains ont été réalisés en partenariat avec l’association au Nom de la Mémoire : « Octobre à Paris », de Jaques Panijel, « Ici on noie les Algériens », de Yasmina Adi, « Le silence du fleuve », de Mehdi Lallaoui et Agnès Denis.
L’association Au Nom de la Mémoire et le site d’information Mediapart ont lancé une campagne de signatures et ont publié une pétition sur internet pour la reconnaissance officielle de la tragédie du 17 octobre 1961 à Paris. « La répression policière de cette protestation non violente est une des pages les plus sombres de notre histoire », peut-on lire sur le site. « Longtemps dissimulée à l’opinion et désormais établie par les historiens, elle fut féroce : onze mille arrestations, des dizaines d’assassinats dont de nombreux manifestants noyés dans la Seine, tués par balles, frappés à mort. Le massacre de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 fait partie de notre histoire. En partenariat avec l’association Au Nom de la Mémoire, Mediapart lance, à l’aube du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, cet appel pour « une nouvelle fraternité franco-algérienne. ».
Oruce Gunes
Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils
Infos:
Pour signer la pétition: http://blogs.mediapart.fr/edition/17-octobre-1961/article/121011/appel-pour-la-reconnaissance-officielle-de-la-tragedie-d
Pour voir la vidéo: http://www.mediapart.fr/content/le-silence-du-fleuve
Pour en savoir plus: http://www.17octobre61.org
« Dans la gueule du loup » de Kateb Yacine
Peuple français, tu as tout vu
Oui, tout vu de tes propres yeux.
Tu as vu notre sang couler
Tu as vu la police
Assommer les manifestants
Et les jeter dans la Seine
La Seine rougissante
N’a pas cessé les jours suivants
De vomir à la face
Du peuple de la Commune
Ces corps martyrisés
Qui rappelaient aux Parisiens
Leurs propres révolutions
Leur propre résistance
Peuple français, tu as tout vu
Oui, tout vu de tes propres yeux.
Et maintenant vas-tu parler ?
Et maintenant vas-tu te taire ?
Extrait de Kateb Yacine Mémoire d’une communauté, éditions Actualité de l’immigration, Amicale des Algériens en Europe, Montreuil, 1987.

HARKIS LES CAMPS DE LA HONTE:
lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news
En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. A l’époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l’Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l’ isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un seul aujourd’hui se décide à parler.
35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.
Sur radio-alpes.net – Audio -France-Algérie : Le combat de ma vie (2012-03-26 17:55:13) – Ecoutez: Hocine Louanchi joint au téléphone…émotions et voile de censure levé ! Les Accords d’Evian n’effacent pas le passé, mais l’avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)
Interview du 26 mars 2012 sur radio-alpes.net
Ah oui et la France veut enseigner la vertu et la démocratie à d’autres pays, c’est vraiment se foutre de la gueule du monde